À trente mètres du drapeau, un golfeur amateur peut encore sauver son par. Il peut aussi transformer un trou correctement joué en triple bogey. J’en ai fait l’expérience au Golf du Clou, avec trois approches grattées successivement. Mais cette mésaventure pose une question plus intéressante que celle de ma technique : avais-je choisi le bon coup ? Entre statistiques, témoignages d’enseignants et méthode d’entraînement, voici pourquoi la meilleure approche n’est pas toujours celle qui termine le plus près du trou.
Trois grattes après onze greens en régulation
Il y a des parties qui donnent l’impression de bien jouer au golf, jusqu’à ce qu’un seul trou vienne rappeler à quel point ce sport peut être cruel. Ce jour-là, au Golf du Clou, dans l’Ain, j’avais réussi à toucher onze greens en régulation. Mon grand jeu fonctionnait suffisamment bien pour me donner de nombreuses occasions de scorer. Pourtant, ce n’est pas un mauvais drive ou un fer complètement manqué qui allait laisser le souvenir le plus marquant de cette journée.
Au départ du trou n° 13, un par 3 d’environ 175 mètres depuis les départs blancs, j’avais choisi mon fer 4. Le contact fut particulièrement réussi, au point d’expédier ma balle une trentaine de mètres derrière le green, sur le fairway du trou n° 11. Me voilà donc avec une approche d’environ trente mètres à négocier, depuis une position légèrement descendante, au-dessus d’un green vers lequel le terrain s’inclinait.
J’ai sorti mon wedge de 50 degrés. J’ai gratté. Puis j’ai recommencé. Et encore une fois. Trois coups successifs sans parvenir à résoudre une situation qui, quelques instants auparavant, ne me semblait pas particulièrement inquiétante. Lorsque ma balle a finalement atteint le green, elle se trouvait encore à plus de huit mètres du trou. Ce par 3 s’est terminé par mon deuxième triple bogey de la journée.
À l’époque, j’avais surtout retenu une conclusion technique : il fallait travailler davantage les approches de trente mètres. Je jouais peu depuis plusieurs mois, mon petit jeu manquait d’entraînement et je savais que cette distance méritait davantage d’attention.
Avec le recul, cette explication était incomplète. Trois mauvais contacts consécutifs traduisent certainement un problème d’exécution, mais ils invitent aussi à examiner le choix initial. Pourquoi avoir conservé le même club et la même intention après un premier échec ? Existait-il une solution moins exigeante depuis ce lie ras, avec cette pente descendante ? Et surtout, quel résultat cherchais-je réellement à obtenir ?

Arnaud Garrigues : choisir un coup qui reste acceptable même lorsqu’il est raté
L’une des réflexions les plus pertinentes recueillies pour mon premier article venait d’Arnaud Garrigues. Son approche consistait à ne pas juger un coup uniquement sur ce qu’il pouvait produire lorsqu’il était parfaitement exécuté, mais également sur ce qu’il risquait de devenir lorsque le contact était imparfait.
Il formulait notamment cette observation : « Un mauvais putt sera pratiquement tout le temps meilleur qu’une mauvaise approche. »
Cette phrase ne signifie évidemment pas qu’il faut utiliser son putter depuis trente mètres dans toutes les situations. Un rough épais, un bunker à franchir ou une rupture importante de terrain peuvent rendre cette option impossible ou peu pertinente. Elle invite en revanche à comparer les conséquences d’un coup raté, plutôt que les seules qualités d’un coup réussi.
Un wedge très ouvert peut permettre de lever rapidement la balle et de contrôler sa zone d’atterrissage. Mais sur un lie ras, il impose une qualité de contact suffisante pour éviter de prendre le sol avant la balle ou de la toucher trop haut sur la face. Un club moins ouvert, joué avec une trajectoire plus basse, peut parfois réduire cette exigence. Quant au putter, lorsque la surface le permet, il élimine une partie des difficultés liées au contact avec un wedge.
La décision ne consiste donc pas à déterminer quel club est théoriquement le plus précis. Elle consiste à rechercher le coup dont la dispersion et les erreurs restent compatibles avec l’objectif de score.
C’est une distinction fondamentale. À trente mètres, réussir une approche à un mètre du drapeau est agréable. Mais si cette ambition augmente sensiblement le risque de laisser la balle à quinze mètres, ou de ne même pas atteindre le green, elle n’est pas nécessairement rentable.
Rejouons le trou n° 13 du Golf du Clou
Revenons à cette balle située derrière le green, sur une zone de fairway relativement rase, avec une pente descendante. Nous ne disposons pas d’un relevé précis de la topographie, ni des conditions de roule du jour. Il serait donc artificiel d’affirmer qu’un putter ou un fer 8 aurait certainement évité le triple bogey.
En revanche, nous pouvons reconstituer les questions que j’aurais dû me poser avant de choisir mon wedge de 50 degrés.
La première concernait le terrain entre ma balle et le green. Était-il suffisamment régulier pour permettre de faire rouler la balle ? Si oui, une approche roulée méritait d’être envisagée. Si une rupture de pente ou une zone d’herbe défavorable empêchait cette solution, il fallait identifier une zone d’atterrissage accessible avec un club plus ouvert.
La deuxième concernait le lie. Depuis une surface très rase, la marge d’erreur d’un wedge peut être réduite pour un joueur qui manque de pratique. Il ne suffit pas de savoir réaliser un coup levé à l’entraînement, sur un tapis ou une bonne surface d’herbe, pour garantir le même contact depuis une pente descendante.
La troisième concernait la position du drapeau. Fallait-il réellement chercher à terminer à moins de trois mètres, ou accepter un premier putt plus long en privilégiant une balle qui atteindrait le green sans incident ?
Enfin, la quatrième question aurait dû apparaître après ma première gratte : pourquoi reproduire immédiatement le même coup alors que je venais d’obtenir une information nouvelle sur ma capacité à l’exécuter ?
Voici comment les options auraient pu être examinées, sans prétendre connaître rétrospectivement la meilleure.
| Option | Intérêt potentiel | Risque à évaluer |
|---|---|---|
| Putter | Réduire la difficulté du contact | Irrégularités et frottements avant le green |
| Fer 8 ou 9 roulé | Lever légèrement la balle puis la faire rouler | Dosage sur une pente descendante |
| Wedge 50° | Franchir une zone intermédiaire et contrôler le point de chute | Contact difficile depuis le lie ras |
| Wedge plus ouvert | Produire davantage de hauteur si nécessaire | Exécution potentiellement plus exigeante |
Le point important n’est pas de désigner un vainqueur universel. C’est de comprendre que ces quatre solutions n’exposent pas le joueur aux mêmes erreurs. Et que le choix doit tenir compte de ses compétences réelles, pas seulement des possibilités offertes par le club.
Mon triple bogey n’est pas la preuve que le wedge de 50 degrés était un mauvais choix. Il est la preuve que je n’ai pas su produire le résultat attendu avec ce club, puis que je n’ai pas suffisamment adapté ma décision après plusieurs échecs.
Ma règle des 10 % était-elle trop ambitieuse ?
Après cette partie, je m’étais fixé une règle simple : depuis trente mètres, essayer de terminer dans un rayon de trois mètres autour du drapeau. Cela représentait 10 % de la distance initiale. L’objectif avait l’avantage d’être facile à retenir, suffisamment exigeant pour donner du sens à l’entraînement et suffisamment concret pour évaluer mes résultats.
Mais cette règle reposait davantage sur une intuition que sur une analyse statistique. Pourquoi trois mètres plutôt que quatre, cinq ou six ? Quelle différence cela représente-t-il réellement sur la carte de score ? Et surtout, un golfeur doit-il accepter un risque de mauvais contact supplémentaire pour gagner deux ou trois mètres de proximité ?
À l’époque, Yannick Baduel m’avait transmis des chiffres issus de Shot Scope sur le risque de trois putts chez les amateurs. Les valeurs citées dans mon article étaient les suivantes :
| Distance du premier putt | Risque de trois putts cité |
|---|---|
| 3 mètres | 4 % |
| 6 mètres | 7 % |
| 9 mètres | 17 % |
Chiffres reproduits de mon article initial, attribués à Shot Scope par Yannick Baduel. La publication d’origine, sa date et la population étudiée restent à vérifier avant de les présenter comme des statistiques actuelles.
Si ces valeurs sont comparables, elles suggèrent qu’entre trois et six mètres, le risque de trois putts n’augmente que de trois points de pourcentage. Sur cent situations, cela représenterait trois épisodes de trois putts supplémentaires, toutes choses égales par ailleurs.
Il serait toutefois erroné d’en déduire que terminer à trois ou six mètres revient presque au même. À trois mètres, les chances de rentrer directement le premier putt sont plus importantes. Pour comparer correctement les deux résultats, il faut connaître l’ensemble des probabilités : un putt, deux putts, trois putts et éventuellement davantage. C’est le nombre moyen de coups restant à jouer qui permet de mesurer la véritable valeur d’une approche.
Ces chiffres mettent néanmoins en évidence une question stratégique. Si tenter de finir à trois mètres augmente la fréquence des grattes, des tops ou des balles qui ne trouvent pas le green, le bénéfice recherché peut disparaître rapidement.
Prenons un exemple purement illustratif. Supposons qu’un coup prudent laisse en moyenne 2,0 putts à jouer. Une option plus ambitieuse ramène cette moyenne à 1,8 putt lorsqu’elle réussit, mais provoque dans 15 % des cas un coup raté nécessitant un coup supplémentaire avant de retrouver une situation comparable à celle du choix prudent. Le gain théorique de 0,2 coup ne suffit plus à justifier automatiquement le risque : il faut calculer l’espérance complète des deux options.
C’est précisément ce que ma règle des 10 % ignorait. Elle mesurait la proximité, mais pas le coût des échecs.
Je ne renoncerais donc pas à cette règle comme objectif de progression. Je cesserais simplement d’en faire un critère universel de réussite. Un golfeur qui passe de dix à six mètres de proximité moyenne, tout en supprimant ses grosses erreurs, peut accomplir un progrès plus intéressant pour son score qu’un joueur qui gagne un mètre de précision moyenne mais multiplie les approches ratées.
Le petit jeu est-il vraiment l’endroit où les amateurs perdent le plus de coups ?
C’est ici qu’il faut éviter une idée séduisante, mais trompeuse : le petit jeu serait nécessairement le secteur le plus important pour progresser au golf.
Les travaux de Mark Broadie, notamment autour de la méthode strokes gained, ont profondément modifié notre compréhension de la performance. Ils ont montré l’importance considérable du long jeu dans les écarts de score entre joueurs de niveaux différents. Les mises en jeu et les coups d’approche vers les greens pèsent lourd dans la performance globale. Le petit jeu et le putting ne doivent donc pas être présentés, sans données complémentaires, comme les secteurs où tous les amateurs perdent le plus de coups.
Cela ne diminue pas l’intérêt de travailler les approches de trente mètres. Cela oblige simplement à distinguer deux questions : où se situent les écarts de performance les plus importants entre les joueurs, et quel exercice représente le meilleur investissement pour un golfeur donné ?
Un joueur qui manque régulièrement le fairway et se retrouve pénalisé après sa mise en jeu a probablement davantage à gagner en améliorant son driving qu’en consacrant tout son entraînement aux approches. À l’inverse, un golfeur qui touche beaucoup de greens, mais transforme ses rares occasions de récupération en doubles ou triples bogeys, possède une faiblesse très identifiable.
Mon expérience du Golf du Clou illustrait cette deuxième situation. Avec onze greens en régulation, je n’avais pas passé ma journée à lutter pour avancer la balle vers les greens. Pourtant, mes erreurs à proximité du trou avaient lourdement pénalisé mon résultat.
L’intérêt du coup de trente mètres réside aussi dans son accessibilité à l’entraînement. Il est possible de répéter des dizaines de situations sur une zone de petit jeu, de mesurer leur résultat et de modifier rapidement une décision. Ce travail nécessite généralement moins d’espace et moins de contraintes matérielles qu’une séance complète de driving. Cela en fait un candidat intéressant pour un entraînement ciblé, sans prouver pour autant qu’il produira systématiquement le meilleur gain de score par minute investie.
La bonne question n’est donc pas : « Faut-il travailler davantage le petit jeu que le long jeu ? » Elle devient : « Quel secteur de mon jeu me coûte actuellement des coups, et comment puis-je le mesurer ? »
Peut-on avoir un index de 5 au drive et de 25 au petit jeu ?
Cette idée m’accompagne depuis longtemps : un index général résume notre niveau, mais il masque parfois des différences considérables entre les compartiments du jeu.
Deux joueurs de 15 d’index peuvent obtenir des scores voisins avec des compétences très différentes. Le premier peut être particulièrement solide depuis le départ, atteindre régulièrement les abords des greens en régulation et perdre beaucoup de coups dans les trente derniers mètres. Le second peut avoir un petit jeu efficace, mais subir plusieurs coups de pénalité ou de replacement chaque partie.
Les considérer comme deux golfeurs identiques parce qu’ils affichent le même index serait une erreur d’analyse.
On peut imaginer, à titre d’illustration, un joueur qui possède une qualité de driving comparable à celle d’un index 5, mais dont les performances autour du green ressemblent davantage à celles d’un index 25. Ce ne sont pas deux index officiels distincts : ce sont des comparaisons de niveau par compartiment, qui demanderaient des données de coups gagnés ou perdus pour être quantifiées correctement.
C’est précisément l’intérêt des outils modernes de suivi statistique. Plutôt que de retenir uniquement le nombre de putts ou le pourcentage de greens en régulation, ils permettent d’évaluer les résultats dans leur contexte. Une approche de trente mètres depuis un lie favorable n’a pas la même difficulté qu’une balle enterrée dans un rough épais, même si les deux coups sont joués à la même distance du drapeau.
Pour le joueur amateur, cette démarche conduit à une conclusion simple : avant de décider où consacrer son temps d’entraînement, il faut identifier les situations qui produisent les plus mauvais résultats, puis vérifier si elles reviennent suffisamment souvent pour justifier un travail spécifique.
Le coup de trente mètres ne mérite pas d’être travaillé parce qu’il serait universellement plus important que les autres. Il mérite de l’être lorsqu’il représente une faiblesse répétée, mesurable et susceptible d’être corrigée.
Pourquoi les meilleurs joueurs ne choisissent pas toujours le même wedge
Un autre élément intéressant de mon premier article provenait des informations transmises par Yannick Baduel à partir de Shot Scope. Elles suggéraient une différence dans la variété des clubs utilisés autour des greens : les joueurs les plus performants mobilisaient plusieurs clubs selon les situations, tandis que des joueurs moins performants avaient tendance à privilégier beaucoup plus souvent leur lob wedge.
L’un des graphiques mentionnait notamment une utilisation du lob wedge dans 42 % des cas pour le groupe de joueurs le moins performant. Sans retrouver la publication originale, il serait imprudent de généraliser ce pourcentage ou d’en déduire un lien de causalité.
Car utiliser davantage de clubs ne rend pas automatiquement meilleur. Un golfeur expérimenté peut varier ses trajectoires parce qu’il sait précisément comment la balle réagit avec chaque club. À l’inverse, multiplier les solutions sans les maîtriser peut compliquer inutilement la décision.
La question intéressante est ailleurs : pourquoi un joueur choisirait-il systématiquement un wedge très ouvert lorsqu’il dispose de vingt mètres de green devant lui et d’aucun obstacle à franchir ?
Peut-être parce qu’il a appris à réaliser toutes ses approches avec ce club. Peut-être parce qu’il aime voir la balle voler. Ou parce qu’il n’a jamais comparé objectivement les résultats obtenus avec un fer 9, un pitching wedge et un sand wedge.
Le problème n’est pas nécessairement son choix. C’est l’absence de comparaison.
Un joueur qui utilise un seul club peut parfaitement obtenir de bons résultats s’il en maîtrise les différentes trajectoires. Mais il doit savoir si cette solution reste performante lorsque le lie change, lorsque le green descend ou lorsqu’il ne dispose que de quelques mètres pour arrêter la balle.
C’est ici que l’enseignement d’Arnaud Garrigues rejoint les observations attribuées à Shot Scope : le bon club n’est pas celui que l’on aime sortir du sac, mais celui qui offre le résultat le plus fiable dans la situation rencontrée.
Ce que les données Shot Scope révèlent sur l’utilisation du lob wedge
Une recherche complémentaire permet de retrouver une source intéressante : un article de Today’s Golfer de septembre 2018, qui rapporte précisément les 42 % d’utilisation du lob wedge par les joueurs les moins performants autour du green. Le document indique également que les meilleurs joueurs de petit jeu n’utilisaient ce club que dans 8 % des situations étudiées. Il s’agit bien d’une observation historique, et non d’une mesure réalisée en 2026.
D’autres analyses permettent de prolonger cette réflexion. Dans un article publié par MyGolfSpy avec des données Shot Scope, les joueurs de 15 d’index utilisaient collectivement leurs fers 8, 9 et pitching wedge dans 20 % des situations étudiées, contre 52 % pour l’ensemble gap wedge, sand wedge et lob wedge. L’analyse rapportait aussi un avantage de huit points sur la réussite du sauvetage du par avec les options moins ouvertes, tandis que les clubs plus ouverts obtenaient un avantage de quatre points pour terminer à moins de six pieds du trou.
Ce contraste est particulièrement instructif : le club qui termine plus souvent très près du drapeau n’est pas nécessairement celui qui permet le plus souvent de sauver le par. Les deux mesures ne décrivent pas exactement la même performance. Et comme les joueurs ne sélectionnent pas leurs clubs au hasard, les résultats ne prouvent pas à eux seuls qu’un simple changement de club provoquerait les mêmes gains chez tous les amateurs.
Il faut également respecter une limite essentielle : ces données portent sur des coups de petit jeu autour des greens, et non exclusivement sur des approches de trente mètres. Elles éclairent notre réflexion sur le choix du club, mais ne constituent pas une comparaison directe de deux solutions jouées depuis trente mètres sur le même lie.
Le message reste néanmoins pertinent. Avant de chercher à perfectionner une approche levée au sand wedge, un amateur gagnerait à vérifier si une trajectoire plus basse ne lui procure pas des résultats plus réguliers.
Mark Broadie : les mauvais coups comptent autant que les bons
Les travaux de Mark Broadie apportent une deuxième perspective, indispensable pour ne pas surestimer l’importance du petit jeu. Dans son étude de 2012 consacrée aux performances sur le PGA Tour, les coups de long jeu, définis comme ceux joués à plus de 100 yards du trou, expliquaient environ deux tiers de la variabilité des scores entre professionnels. Ses recherches sur les amateurs identifiaient également le long jeu comme le principal facteur différenciant les niveaux de performance
Il serait donc injustifié de prétendre que les approches de trente mètres expliquent à elles seules les écarts entre golfeurs, ou qu’elles constituent toujours le premier secteur à travailler.
Mais une autre observation de Broadie est directement pertinente pour notre sujet. Dans ses recherches sur les performances des amateurs, il souligne le poids de l’irrégularité et d’un nombre relativement réduit de très mauvais coups. Il observe également que, dans le petit jeu et les sorties de bunker, les erreurs de distance des amateurs sont environ trois fois plus importantes que leurs erreurs de direction.
Cela change notre façon de concevoir l’entraînement.
Depuis trente mètres, chercher à rapprocher systématiquement la balle du drapeau ne suffit pas. Il faut également observer les coups trop courts, ceux qui dépassent largement la cible et ceux qui obligent à rejouer une nouvelle approche.
Un golfeur capable de terminer régulièrement entre quatre et huit mètres peut être plus efficace qu’un autre qui alterne des balles à un mètre et des coups catastrophiques. Pour le démontrer chez un joueur donné, il faut mesurer la distribution complète des résultats, puis leur conséquence sur le score, et non simplement retenir les meilleures balles.
Cette approche nous ramène une nouvelle fois au trou n° 13. Le problème n’était pas de manquer le drapeau de quelques mètres. Il était de ne pas parvenir à terminer correctement le coup, puis de reproduire plusieurs fois la même erreur.
Ilya Goroneskoul : travailler la technique, étalonner les distances, varier les situations
Pour transformer ces observations en méthode, le témoignage d’Ilya Goroneskoul, enseignant à l’académie du Pic Saint-Loup, demeure particulièrement intéressant.
Lors de nos échanges pour l’article initial, il insistait sur la place que devait occuper le petit jeu dans l’entraînement, putting compris. Il évoquait une proportion d’au moins 60 % du temps de pratique consacré aux coups de moins de trente mètres et au putting. Ce pourcentage représente sa recommandation pédagogique, et non une règle statistiquement optimale pour tous les golfeurs. La répartition idéale dépend nécessairement des faiblesses de chacun.
Sa démarche reposait sur trois axes complémentaires : disposer d’une base technique suffisamment stable pour s’adapter aux différentes situations, étalonner les distances en fonction des amplitudes de swing, puis confronter régulièrement cette technique à des lies, des obstacles et des trajectoires variés.
L’intérêt de cette méthode est de ne pas confondre répétition et apprentissage. Frapper trente balles successives depuis le même endroit peut aider à trouver un rythme ou à stabiliser un contact. Mais cette répétition ne garantit pas que le joueur saura reproduire son coup lorsqu’il ne disposera que d’une seule tentative, avec une pente différente ou un obstacle à franchir.
Ilya proposait également une forme d’évaluation particulièrement utile : jouer neuf situations avec une seule balle, puis mesurer son résultat en approche-putt. Ce jeu scoré donne un repère concret que l’on peut comparer d’une séance à l’autre.
On peut donc distinguer deux objectifs. Le premier consiste à comparer des clubs dans une situation relativement constante. Le second consiste à vérifier si le joueur sait prendre une bonne décision et produire un résultat acceptable lorsque les conditions changent.
Ce sont deux compétences différentes. Et toutes les deux se travaillent.
Le test des trente mètres : vingt balles pour commencer à mesurer
Pour rendre cet article directement utile, voici un protocole réalisable sur une zone d’entraînement adaptée. Il ne nécessite ni radar de lancement, ni capteur connecté, ni analyse vidéo. Un télémètre, quelques balles et un moyen de noter les résultats suffisent.
Choisissez un drapeau situé à trente mètres, depuis une zone de fairway ou un lie relativement uniforme. La distance doit être mesurée jusqu’au trou, et non approximativement évaluée. Sélectionnez ensuite deux clubs que vous pourriez raisonnablement utiliser dans cette situation, par exemple un pitching wedge et un sand wedge, ou un fer 9 et un wedge de 50 degrés.
Après quelques coups d’échauffement non comptabilisés, frappez vingt balles : dix avec chaque club. Alternez les clubs, en changeant régulièrement l’ordre de passage, afin de limiter l’effet d’apprentissage ou de fatigue. Pour chaque balle, relevez la distance finale au trou, puis signalez les coups qui terminent à plus de six mètres et ceux qui restent hors du green.
Votre test des 30 mètres
| Mesure | Pitching wedge | Sand wedge |
| Coups renseignés | 0/10 | 0/10 |
| Distance moyenne | — | — |
| Au-delà de 6 m | 0 | 0 |
| Hors du green | 0 | 0 |
| Plus mauvais résultat | — | — |
Renseignez les vingt résultats pour obtenir une comparaison complète.
Le résultat doit être analysé avec prudence. Dix balles par club constituent un échantillon modeste. Une seule très mauvaise approche peut modifier fortement la moyenne, et deux clubs peuvent obtenir des résultats différents simplement en raison de la variabilité normale du joueur. Il ne faut donc pas transformer une séance en verdict définitif.
L’intérêt du test est de fournir une première photographie. Si un club obtient une meilleure proximité moyenne, mais produit également davantage de balles hors du green, le choix n’est pas évident. Si l’autre offre une dispersion plus resserrée et beaucoup moins d’erreurs importantes, il mérite peut-être d’être privilégié dans les situations où l’objectif principal est de sécuriser le score.
Il faudra ensuite répéter la comparaison, idéalement sur plusieurs séances et dans des conditions proches, puis recommencer depuis un autre lie ou avec une autre configuration de green. Une fois les distances mieux maîtrisées, le jeu de neuf trous proposé par Ilya Goroneskoul permettra d’évaluer la compétence la plus difficile à acquérir : réussir une approche sans bénéficier de neuf essais précédents pour trouver le bon dosage.
Trente mètres : la bonne décision dépend aussi de votre objectif
Il reste une distinction essentielle entre l’entraînement et le parcours. À l’entraînement, on peut volontairement rechercher une trajectoire difficile, tester un wedge très ouvert ou essayer de faire arrêter la balle au plus près d’un drapeau. Ces exercices permettent d’élargir ses compétences et de comprendre les limites de chaque club.

Sur le parcours, l’objectif change. Il ne s’agit plus de démontrer que l’on sait réussir un coup, mais de choisir celui qui offre les meilleures chances de terminer le trou avec le moins de coups possible.
Un joueur expérimenté peut parfaitement décider de jouer une approche haute depuis trente mètres parce qu’il connaît sa dispersion, maîtrise le contact et sait où la balle doit atterrir. Un joueur moins entraîné, confronté à la même situation, peut avoir intérêt à rechercher une trajectoire plus basse et une zone d’arrivée plus large. Les deux décisions peuvent être cohérentes, même si les clubs utilisés sont différents.
C’est pourquoi une consigne universelle du type « utilisez toujours votre sand wedge à trente mètres » n’a guère de sens. La distance ne suffit pas à définir le coup. Il faut aussi connaître le lie, la portion de terrain à franchir, la quantité de green disponible, les pentes et, surtout, la capacité du joueur à produire régulièrement la trajectoire envisagée.
Cette démarche suppose d’accepter une idée parfois frustrante : une approche terminée à six mètres du drapeau peut être un bon résultat, tandis qu’une balle arrêtée à un mètre peut provenir d’un choix excessivement risqué qui ne serait pas rentable sur une longue série de coups.
Le résultat d’un coup isolé ne valide pas nécessairement la décision qui l’a précédé. Et une bonne décision peut parfois produire un mauvais résultat.
Et si nous apprenions le golf en partant du green ?
À la fin de mon premier article, Sébastien Dufetelle m’avait posé une question que je trouve toujours aussi intéressante : « Et si on apprenait le golf en partant du green et en s’éloignant ? »
Cette interrogation renverse notre manière habituelle d’aborder le jeu. Beaucoup de golfeurs commencent par apprendre à frapper la balle loin, puis cherchent progressivement à maîtriser les coups plus courts. Pourtant, en partant du green, on découvre immédiatement le rapport entre une trajectoire, une zone d’atterrissage, une quantité de roule et le résultat final.
Un putt de quinze mètres, une approche roulée depuis le bord du green et un coup de wedge depuis trente mètres présentent des différences techniques évidentes. Mais ils répondent tous à une question commune : comment faire parvenir la balle dans une zone qui permettra de terminer le trou avec le moins de coups possible ?
Cette façon d’apprendre ne remplace pas le travail du long jeu. Elle donne simplement davantage de sens aux décisions prises autour du green. Elle oblige à observer le terrain avant de choisir un club, à comprendre les conséquences d’une erreur de dosage et à considérer la trajectoire comme un moyen plutôt que comme une fin.
Elle aurait probablement changé ma manière d’aborder le trou n° 13 du Golf du Clou.
Ce que mon triple bogey m’a finalement appris
Lorsque j’ai quitté le Golf du Clou après cette partie, j’étais convaincu de devoir améliorer ma technique sur les coups de trente mètres. Cette conclusion n’était pas fausse. Mes trois grattes successives révélaient un manque de maîtrise évident, et les séances d’entraînement qui ont suivi m’ont notamment rappelé l’importance du rythme, du relâchement et de la continuité du mouvement à travers la balle.
Mais avec davantage de recul, je retiens une leçon supplémentaire. J’avais choisi un club, imaginé une trajectoire et tenté de l’exécuter. Lorsque le premier coup a échoué, je n’ai pas suffisamment remis en question ma décision. J’ai cherché à mieux réaliser le même geste plutôt qu’à envisager une autre solution.
Arnaud Garrigues m’avait pourtant donné l’essentiel de la réponse : il faut choisir un coup qui conserve un résultat acceptable même lorsqu’on ne le réussit pas parfaitement.
Les données de Shot Scope sur le choix des clubs, les travaux de Mark Broadie sur l’importance des très mauvais coups et la méthode d’entraînement proposée par Ilya Goroneskoul convergent vers une même exigence : ne pas confondre le potentiel d’un coup avec sa fiabilité.
Ma règle des 10 %, qui consistait à viser trois mètres depuis trente mètres, reste un objectif intéressant pour mesurer ma précision. Mais elle ne doit plus m’inciter à rechercher systématiquement la proximité au détriment de la sécurité.
Finalement, ce triple bogey m’a appris quelque chose qui dépasse largement les approches de trente mètres. Avant de chercher à réussir un coup difficile, il faut se demander si l’on a réellement besoin de le jouer.
