Regular, Stiff, Extra Stiff, graphite, acier, low spin ou high launch : derrière ces appellations se cachent des caractéristiques mécaniques parfois très différentes. Le shaft influence les sensations, la manière dont le joueur délivre son club et, dans certains cas, ses performances. Mais comment identifier celui qui convient réellement à son swing ? Plusieurs essais réalisés pour MyGolfMedia, notamment avec TrackMan, permettent de confronter les promesses des fabricants aux résultats mesurés.
Quel shaft choisir pour son driver ou ses fers ?
La rigidité Regular ou Stiff ne suffit pas à choisir un shaft : les fabricants n’utilisent pas tous les mêmes références. Le poids, la longueur, le profil de rigidité et l’équilibre du club sont également déterminants. Pour un driver, il faut comparer la vitesse de balle, la qualité du contact et la dispersion, pas seulement la vitesse de swing. Pour les fers, la régularité des distances et des trajectoires est essentielle. Quant au choix entre graphite et acier, il dépend davantage des caractéristiques recherchées que de l’âge ou de l’index du joueur.

Regular, Stiff, Extra Stiff : pourquoi la lettre inscrite sur le shaft ne suffit pas
Dans un magasin de golf, il suffit souvent de donner sa vitesse de swing pour obtenir une recommandation de shaft. En dessous d’une certaine valeur, le vendeur proposera du Regular. Au-dessus, il orientera le joueur vers du Stiff, éventuellement de l’Extra Stiff. Cette classification est pratique, mais elle entretient une confusion : elle laisse croire que la rigidité constitue une mesure universelle et que tous les fabricants parlent exactement le même langage.
Ce n’est pas le cas. Il n’existe pas de norme industrielle universelle imposant une rigidité identique à tous les shafts portant la mention Regular ou Stiff. Les fabricants utilisent leurs propres classifications, généralement cohérentes à l’intérieur d’une gamme, mais difficilement comparables d’une marque à l’autre. Un Regular relativement ferme peut se rapprocher d’un Stiff proposé par un concurrent. Deux manches marqués Stiff peuvent aussi présenter des poids, des fréquences et des profils de rigidité sensiblement différents. La lettre imprimée sur le shaft est une indication commerciale, pas une mesure mécanique complète.
Cette distinction explique certaines situations apparemment paradoxales. Un joueur dont la vitesse au driver approche 100 mph peut parfaitement préférer un Regular, tandis qu’un autre, moins rapide, se sentira davantage en confiance avec un Stiff. Le premier possède peut-être une transition progressive et un mouvement relativement fluide. Le second accélère plus brutalement dès le début de la descente et recherche une sensation de fermeté. Leur vitesse de club ne raconte qu’une partie de leur swing. Elle ne décrit ni la manière dont ils accélèrent, ni les contraintes qu’ils exercent sur le manche.
La rigidité ne constitue pas davantage un indicateur du niveau de jeu. Un joueur classé 5 d’index n’a pas automatiquement besoin d’un Extra Stiff, pas plus qu’un joueur classé 25 ne doit obligatoirement utiliser du Regular. L’index mesure un résultat sur le parcours, pas les caractéristiques mécaniques d’un mouvement. Un golfeur peut être très rapide et manquer de régularité, ou posséder une vitesse modeste avec une excellente maîtrise de ses trajectoires.
Le poids du shaft : une caractéristique souvent plus importante que sa rigidité annoncée
Je suis toujours surpris de rencontrer des golfeurs capables de citer la marque, le modèle et la rigidité de leur shaft, mais incapables d’en donner le poids. Pourtant, passer d’un manche de 50 grammes à un autre de 70 grammes représente une différence importante. Sur les fers, les écarts sont parfois encore plus marqués, avec des références graphite légères et des shafts acier dépassant 120 grammes.
Le raisonnement habituel consiste à penser qu’un shaft plus léger permettra de swinguer plus vite. C’est possible, mais le résultat dépend du joueur. Certains gagnent effectivement de la vitesse en réduisant la masse du club. D’autres perdent leurs repères, accélèrent trop tôt ou éprouvent davantage de difficultés à sentir la tête pendant le mouvement. Le club peut alors aller plus vite sans que la balle parte plus rapidement. Le centrage de l’impact et la régularité des trajectoires deviennent déterminants.
À l’inverse, quelques grammes supplémentaires peuvent améliorer la sensation de contrôle. Un shaft plus lourd n’est pas nécessairement plus difficile à jouer si sa masse correspond au rythme naturel du golfeur. Chez certains, il facilite une transition plus régulière et limite les variations d’accélération. C’est précisément ce que l’on doit observer pendant un fitting : le joueur accélère-t-il le club sans effort excessif, conserve-t-il ses repères et parvient-il à répéter des contacts satisfaisants ?
Le poids du shaft ne doit pas non plus être confondu avec celui du club complet. Une tête plus lourde, un grip différent ou un point d’équilibre déplacé modifient les sensations, même lorsque le manche conserve exactement la même masse. C’est notamment ce que traduit le swing weight, une mesure de l’équilibre relatif du club. Deux drivers équipés de shafts de 60 grammes peuvent ainsi procurer des impressions très différentes. Lorsqu’un joueur affirme qu’un manche lui paraît trop lourd ou trop léger, il décrit parfois l’équilibre de l’ensemble plutôt que le poids du shaft lui-même.
Un shaft ne possède pas une seule rigidité, mais un profil de rigidité
Un shaft ne se déforme pas uniformément sur toute sa longueur. Les fabricants peuvent rendre certaines zones plus fermes et d’autres plus souples en jouant sur les matériaux, leur disposition et les procédés de fabrication. On distingue généralement le butt, situé du côté des mains, la partie centrale et le tip, proche de la tête. Cette répartition constitue le profil de rigidité du manche.
Deux shafts peuvent afficher une rigidité globale comparable tout en procurant des sensations différentes. L’un sera relativement ferme près des mains et plus souple dans sa partie centrale. L’autre présentera une construction inverse, ou une partie basse plus rigide. Le joueur peut ressentir ces différences pendant la transition, dans la descente ou au moment de l’impact. Elles peuvent également influencer sa manière de délivrer la tête de club, sans produire nécessairement les mêmes effets chez tous les golfeurs.
Pour caractériser cette rigidité, les clubmakers utilisent notamment la mesure de fréquence, exprimée en cycles par minute, ou CPM. Le principe consiste à immobiliser une partie du shaft et à mesurer sa fréquence d’oscillation. L’information est utile, à condition de respecter un protocole identique : la longueur libre du manche, la masse placée à son extrémité et les conditions de mesure influencent le résultat. Une valeur CPM isolée ne permet donc pas de comparer sérieusement deux shafts mesurés dans des conditions différentes. Les analyses les plus complètes examinent plusieurs sections du manche afin de reconstituer son profil de rigidité.
Le torque appartient à la même famille de caractéristiques souvent mal interprétées. Il exprime la résistance du shaft à la torsion autour de son axe, généralement en degrés. Une valeur faible indique une résistance plus importante dans les conditions de mesure utilisées. Certains fabricants associent un faible torque à une meilleure stabilité, mais la relation avec la précision du joueur n’est pas aussi directe. La face de club arrive à l’impact sous l’effet de nombreux paramètres, dont le mouvement des mains, le chemin du club, la conception de la tête et le point de contact. Le torque peut influencer les sensations sans constituer à lui seul une garantie de dispersion réduite.
Une fiche technique décrit comment un shaft a été conçu. Elle ne peut pas prédire avec certitude la façon dont un joueur particulier réagira à cette construction.
Raccourcir son driver : mon essai de 20 balles à 44 et 45 pouces
Après avoir analysé mes données Arccos à la fin de la saison 2017, j’avais constaté que mes mises en jeu au driver me coûtaient trop de coups. Les erreurs ne concernaient pas seulement les balles envoyées à droite ou à gauche. Je perdais également de la distance sur certaines frappes, avec une dispersion importante en profondeur. J’ai alors décidé d’examiner un paramètre auquel les golfeurs accordent relativement peu d’attention : la longueur du shaft.
Mon driver mesurait initialement 45 pouces. L’installation d’un capteur Arccos à l’extrémité du grip ajoutait environ un demi-pouce à la longueur physique de l’ensemble. Je souhaitais vérifier si un manche plus court pouvait améliorer ma posture, mon confort et surtout la régularité de mes impacts. J’ai donc fait raccourcir un shaft Regular à 44 pouces, avant de comparer les résultats avec ceux de configurations plus longues.
La première série comprenait 20 balles frappées avec le manche de 44 pouces. J’ai obtenu une vitesse de club moyenne de 99,4 mph, pour une vitesse de balle de 142,7 mph et un smash factor de 1,43. La distance totale moyenne atteignait 233,4 mètres. Mon chemin de club était orienté de 6,1° de l’intérieur vers l’extérieur, avec une face ouverte de 3° à l’impact.
J’ai ensuite frappé 20 balles avec le manche standard de 45 pouces. La vitesse de club augmentait légèrement, à 100,2 mph, mais la vitesse de balle diminuait à 142 mph. Le smash factor passait à 1,42 et la distance moyenne reculait d’environ trois mètres. Le club allait plus vite, mais cette vitesse supplémentaire n’était pas transmise efficacement à la balle. J’avais également ressenti moins d’aisance, avec davantage de mauvaises frappes et une dispersion plus importante.
Une troisième configuration, mesurant 45,5 pouces avec le capteur Arccos, a accentué le phénomène. La vitesse de club atteignait cette fois 102,9 mph de moyenne, avec une pointe à 105 mph. Pourtant, le smash factor tombait à 1,39 et la distance moyenne diminuait encore d’environ un mètre par rapport à la configuration de 45 pouces. Mon chemin de club s’accentuait jusqu’à 9,1° de l’intérieur vers l’extérieur, tandis que la dispersion devenait trois fois supérieure à celle observée avec le manche de 44 pouces.
| Mesure | 44 pouces | 45 pouces | 45,5 pouces |
|---|---|---|---|
| Vitesse de club | 99,4 mph | 100,2 mph | 102,9 mph |
| Smash factor | 1,43 | 1,42 | 1,39 |
Les séries à 44 et 45 pouces comprenaient chacune 20 frappes.
Cette expérience m’avait conduit à une conclusion assez simple : avec mon swing de l’époque, raccourcir le driver améliorait mon confort et limitait certaines conséquences d’un chemin de club trop intérieur-extérieur. La perte de vitesse de club était faible, tandis que le rendement de l’impact et la distance moyenne étaient meilleurs. Je ne cherchais pas à démontrer que tous les golfeurs devraient jouer un driver de 44 pouces. Je voulais comprendre pourquoi, malgré une vitesse supérieure, je ne frappais pas la balle plus loin avec un manche long.
L’expérience inverse avec Xavier Bretin : 48 pouces pour davantage de distance
Quelques mois auparavant, le 14 mars 2017, nous avions réalisé avec Xavier Bretin une autre expérience sur la longueur du driver. Nous disposions d’un club équipé d’un shaft de 48 pouces, que nous avons progressivement raccourci à 47, 46, 45 puis 44 pouces. La tête, le modèle de shaft et le grip restaient identiques. Quatre frappes étaient conservées pour chacune des cinq longueurs.
Chez Xavier, le résultat général était différent du mien. À 44 pouces, il produisait 99,6 mph de vitesse de club, 146,8 mph de vitesse de balle et 217,3 mètres de carry. À 48 pouces, sa vitesse de club atteignait 103,4 mph, la vitesse de balle montait à 152,6 mph et le carry progressait à 236,2 mètres. Le manche le plus long lui procurait donc près de 19 mètres supplémentaires.
| Longueur du driver | Carry moyen (hors roule) |
|---|---|
| 44 pouces | 217,3 m |
| 45 pouces | 213,2 m |
| 46 pouces | 224,9 m |
| 47 pouces | 229,2 m |
| 48 pouces | 236,2 m |
La progression n’était toutefois pas régulière. À 45 pouces, Xavier portait la balle moins loin qu’à 44 pouces, avant de retrouver davantage de distance avec les longueurs supérieures. Le loft dynamique et le spin évoluaient également pendant l’expérience. En raccourcissant successivement le même shaft, nous modifiions aussi l’équilibre du club, ce qui empêchait d’attribuer tous les écarts à la seule dimension du manche.
Les quatre frappes conservées par longueur limitaient naturellement la portée statistique du test. Mais la comparaison avec mon propre essai reste instructive. Xavier tirait un bénéfice de la longueur supplémentaire en termes de carry, tandis que je perdais du rendement et de la précision lorsque mon manche s’allongeait. Deux joueurs, deux mouvements et des réactions différentes à un même paramètre.
Attention à la nature des distances comparées : mon essai mesure la distance totale, roule comprise, tandis que celui de Xavier Bretin présente le carry, c’est-à-dire la distance parcourue par la balle avant son premier contact avec le sol. Ces valeurs ne peuvent donc pas être comparées directement.
La longueur d’un driver ne devrait pas être choisie à partir d’une règle universelle. Elle doit être évaluée en fonction de la vitesse de balle, du centrage des impacts, des distances réellement obtenues et de la dispersion. Le manche le plus long peut convenir à certains joueurs. Pour d’autres, quelques centimètres de moins permettent d’obtenir de meilleurs résultats sur le parcours.
Trois shafts Stiff, trois comportements : le comparatif HZRDUS
Un autre essai, réalisé par le clubfitter Loïc Monchalin, illustre les limites des classifications de rigidité. Il avait comparé trois shafts Project X de la famille HZRDUS, tous annoncés en flex 6.0, avec une même tête Callaway GBB Epic de 10,5 degrés maintenue en position neutre. Les manches différaient notamment par leur poids : 55 grammes pour le T800, 63 grammes pour le Yellow et 71 grammes pour le troisième modèle Hand Crafted utilisé lors de l’essai.
Les résultats ne désignaient pas un vainqueur évident. Avec le Yellow, Loïc obtenait le meilleur carry, autour de 240 mètres, malgré une vitesse de club inférieure de 2 à 3 mph à celle produite avec les autres configurations. L’angle de lancement atteignait 10,8 degrés, l’angle d’atterrissage se situait autour de 35 degrés et le spin dépassait 3 000 tours par minute. La direction moyenne des balles était décalée de 8,5 mètres à gauche de la cible.
Le T800, plus léger, permettait d’atteindre 113 mph de vitesse de club, mais le carry descendait à environ 233 mètres. En revanche, la direction moyenne des balles se rapprochait nettement de l’axe, avec seulement 1,9 mètre à droite. Cette mesure ne représentait pas la largeur totale de la dispersion, mais le décalage moyen par rapport à la ligne de jeu. Pour apprécier pleinement la régularité, il aurait fallu examiner également la répartition de l’ensemble des balles.
Le troisième shaft produisait la vitesse de balle la plus élevée, à 160 mph, avec un smash factor de 1,43. Il présentait toutefois un décalage moyen de 13,5 mètres à droite et un angle d’atterrissage supérieur à 40 degrés, moins favorable à la roule dans les conditions de l’essai. Selon le critère retenu, le choix pouvait donc changer : le Yellow pour le carry, le T800 pour la direction moyenne, le Hand Crafted pour la vitesse de balle.
Ce comparatif est révélateur parce que les trois shafts portaient la même désignation de flex et étaient montés sur la même tête. Leur poids variait pourtant de 55 à 71 grammes, et leurs profils mécaniques n’étaient pas identiques. En choisissant exclusivement sur la base de la mention 6.0, il aurait été impossible d’anticiper ces différences.
Graphite ou acier : le matériau ne définit plus le niveau du joueur
Pendant longtemps, l’acier a été associé aux bons joueurs et le graphite aux golfeurs recherchant davantage de facilité. Cette représentation conserve une influence importante sur les décisions d’achat, particulièrement pour les fers. Elle correspond de moins en moins à la diversité du matériel disponible.
Les shafts acier restent largement utilisés, notamment grâce à leur régularité de fabrication, leur durabilité et leur coût généralement contenu. Des références comme le True Temper Dynamic Gold ont démontré leur pertinence sur plusieurs générations de clubs. Le graphite offre de son côté une plus grande liberté dans la disposition des fibres et la répartition des propriétés mécaniques. Il permet de fabriquer des manches très légers, mais également des références plus lourdes et très fermes, destinées à des joueurs possédant des vitesses élevées.
Dans nos archives consacrées aux fers Callaway Epic, nous avions notamment étudié des configurations associant des shafts graphite UST Mamiya Recoil Regular, autour de 68 grammes, et des manches acier Stiff proches de 100 grammes. L’écart de masse était considérable. Comparer les performances de ces deux configurations ne revenait donc pas à isoler la différence entre graphite et acier : le poids et la rigidité changeaient également. C’est une confusion fréquente dans les essais de matériel.
Le graphite peut intéresser un joueur qui souhaite réduire le poids de ses fers ou rechercher des sensations vibratoires différentes. L’acier peut convenir à un golfeur qui apprécie une certaine masse et une réponse plus familière. Mais rien n’interdit à un joueur rapide d’utiliser du graphite, ni à un joueur senior de conserver des shafts acier. Le matériau ne devrait pas être choisi pour correspondre à une catégorie de golfeurs, mais parce que ses caractéristiques répondent à un besoin identifié.
Sur les fers, la question dépasse d’ailleurs la seule vitesse. Il faut pouvoir produire des distances cohérentes d’un coup à l’autre, conserver une hauteur de balle suffisante et obtenir des angles d’atterrissage compatibles avec le contrôle des greens. Un shaft qui fait gagner quelques mètres avec un fer 7 n’améliore pas nécessairement le jeu si les écarts de distance deviennent plus importants ou si la balle s’arrête moins facilement.
Low launch, low spin : les promesses à confronter aux trajectoires
Les fabricants utilisent volontiers les mentions low launch, mid launch et high launch, souvent associées à des catégories de spin. Elles donnent une indication sur le positionnement d’un shaft, mais ne constituent pas une garantie de trajectoire. Le lancement et la rotation de la balle dépendent du club assemblé et de la façon dont il arrive à l’impact.
J’avais notamment essayé un Project X HZRDUS Smoke Black 6.0, monté à 45,25 pouces, avec une tête Cobra King F9 réglée à 10,5 degrés. Le shaft était présenté comme une référence destinée aux joueurs possédant une transition relativement agressive et recherchant une trajectoire basse, avec peu de spin. À une vitesse de club proche de 96 mph, j’avais effectivement obtenu un angle de lancement inférieur à 10 degrés et un spin sous les 2 300 tours par minute. Sur les meilleures frappes, le résultat était impressionnant.
Le problème apparaissait lorsque je cherchais à reproduire ces coups sans m’engager autant physiquement. Le manche me demandait une accélération soutenue et devenait moins confortable lorsque mon rythme diminuait. Je pouvais réussir plusieurs drives remarquables avec cette configuration sans avoir envie de l’utiliser pendant toute une partie. Un essai de matériel ne devrait pas uniquement récompenser les meilleurs coups d’une séance ; il devrait aussi révéler ce qui se passe lorsque le joueur retrouve son rythme habituel.
Cette expérience décrivait le comportement de l’association Cobra King F9–HZRDUS Smoke Black. Les comparaisons avec d’autres configurations ne permettaient pas d’isoler l’effet du seul manche. Le loft dynamique, l’angle d’attaque et la localisation des impacts influençaient également le résultat. Un golfeur qui produit trop de spin peut avoir besoin d’un autre shaft, mais il peut aussi simplement frapper trop bas dans la face de son driver. Avant de changer de manche, mieux vaut savoir d’où vient le problème.
Mon shaft TPT à 700 euros : moins de dispersion, pas plus de puissance
Il existe dans mon garage un shaft que je conserve avec davantage de précautions que les autres. Lorsque je pars jouer plusieurs jours, je préfère souvent monter un autre manche sur mon driver. Je n’ai aucune envie de perdre ou d’endommager ce TPT suisse, dont le prix avoisinait 700 euros lorsque je l’ai découvert. Pourtant, si je devais expliquer pourquoi je l’apprécie autant, je ne commencerais pas par son prix ni par sa technologie. Je parlerais plutôt de ce que j’ai ressenti en le jouant, puis de ce que les mesures ont réellement montré.
J’avais commencé l’essai avec une tête TaylorMade M3 de 10,5 degrés et un shaft Fujikura Atmos Stiff, long de 45,5 pouces. Sur sept frappes conservées, le smash factor moyen atteignait 1,46, avec une distance moyenne de 227,5 mètres. Les impacts étaient relativement centrés, mais se situaient environ 14 millimètres sous la ligne médiane de la face. La dispersion latérale moyenne atteignait 12,7 mètres.
J’ai ensuite installé sur cette même tête un TPT 16 LKP-MT-SW. La vitesse de club est passée de 97,7 à 98,6 mph, tandis que la vitesse de balle diminuait légèrement, de 142 à 140 mph. Le manche beaucoup plus coûteux ne m’apportait donc pas davantage de puissance. En revanche, à chemin de club pratiquement identique, la face qui arrivait précédemment ouverte de 1,8 degré revenait square avec le TPT. La courbure moyenne des trajectoires passait de 12 à 9 mètres. Cette courbure décrit la déviation de la balle pendant son vol ; elle ne doit pas être confondue avec la dispersion latérale par rapport à la cible.
Nous avons poursuivi l’essai en abaissant le loft de la tête de 10,5 à 9,5 degrés et en ajustant la hauteur du tee. Les impacts sont remontés vers le centre de la face, la vitesse de balle s’est améliorée et le spin a diminué. La courbure moyenne est alors descendue à 4,7 mètres. Le résultat devenait convaincant, mais il serait malhonnête de le présenter comme la conséquence exclusive du changement de shaft. Nous avions également modifié le réglage de la tête et les conditions de contact.
Les données Arccos recueillies ensuite sur le parcours ont renforcé mon intérêt pour cette configuration. Avant ces essais, je touchais environ 49 % des fairways, avec une distance moyenne située autour de 200 à 205 mètres. Lors d’une partie sur le parcours d’Isabella, j’ai trouvé huit fairways sur dix et atteint 225 mètres de moyenne. Arccos évaluait ce jour-là mon driving à un niveau équivalent à un index de 3,9, alors que mes données antérieures correspondaient davantage à un niveau voisin de 20.
Une partie ne suffit évidemment pas à démontrer une progression durable. Ce résultat m’avait néanmoins fait comprendre pourquoi je préférais ce manche. Je ne frappais pas soudainement beaucoup plus fort ; j’envoyais moins de balles dans les arbres, le rough ou les obstacles. Mes drives ratés étaient moins pénalisants et ma distance moyenne utile augmentait. Le shaft semblait mieux correspondre à mon mouvement, particulièrement dans la manière dont je percevais la tête et contrôlais son orientation.
TPT mettait alors en avant un procédé de fabrication sophistiqué, destiné notamment à améliorer la régularité des caractéristiques mécaniques entre les exemplaires. La marque revendiquait une déviation de fréquence de 2,4 CPM, contre 7,2 CPM pour un shaft premium concurrent. Ces chiffres provenaient du fabricant et ne démontraient pas, à eux seuls, une supériorité sur le parcours.
Ce shaft reste l’un de ceux que j’ai le plus appréciés. Je n’ai cependant jamais démontré qu’un modèle coûtant beaucoup moins cher aurait été incapable de produire des résultats comparables. Les technologies premium peuvent être intéressantes, les différences de fabrication peuvent être réelles, mais leur valeur pour le golfeur doit être jugée sur les performances obtenues. À plusieurs centaines d’euros le manche, cette exigence me paraît parfaitement raisonnable.
Comment reconnaître un shaft qui ne convient pas à son swing ?
Les signes d’une configuration inadaptée sont parfois assez faciles à ressentir, mais beaucoup plus difficiles à interpréter. Certains golfeurs ont du mal à percevoir la tête de club pendant la descente. D’autres ont l’impression de devoir accélérer brutalement pour obtenir une trajectoire satisfaisante, ou perdent leurs repères dès qu’ils cherchent à jouer plus tranquillement. Une dispersion qui augmente nettement avec la fatigue peut également justifier un examen du matériel.
Il faut toutefois éviter les diagnostics simplistes. Une balle qui part à droite ne prouve pas que le shaft est trop rigide. Un hook ne démontre pas qu’il est trop souple. L’orientation de la face, le chemin du club et le point d’impact expliquent une grande partie du vol de balle. Le manche peut influencer la manière dont le joueur organise son mouvement et présente la tête, mais il ne corrige pas mécaniquement un défaut technique.
Le bon réflexe consiste à examiner plusieurs frappes avec un radar et, si possible, un système permettant de localiser les impacts sur la face. Une dispersion importante peut provenir d’une variation de l’orientation de la face, d’un contact décentré ou d’une combinaison des deux. Dans ce cas, comparer différents shafts peut aider à identifier une configuration plus régulière. Mais si le problème demeure identique avec plusieurs manches, il faudra peut-être chercher ailleurs que dans le matériel.
Comment tester un shaft avant de l’acheter ?
Le point de départ d’un fitting sérieux devrait être le club que le golfeur possède déjà. Sans référence initiale, il est difficile de savoir si le nouveau matériel améliore réellement quelque chose. Il faut donc commencer par mesurer les performances de la configuration habituelle, puis définir ce que l’on cherche à changer : davantage de vitesse de balle, une meilleure régularité des contacts, moins de dispersion ou des trajectoires plus adaptées.
Les shafts comparés devraient idéalement être montés sur la même tête, avec un loft identique et des longueurs contrôlées. Les grips et l’équilibre doivent aussi être examinés. Lorsque plusieurs paramètres changent simultanément, les résultats restent utiles pour choisir un club, mais ils deviennent plus difficiles à interpréter pour comprendre le rôle précis du shaft. C’est la différence entre sélectionner une configuration performante et démontrer pourquoi elle fonctionne.
Un essai ne devrait pas être décidé sur trois bonnes balles. Il est préférable d’alterner les configurations, de revenir au shaft de référence et d’examiner suffisamment de frappes pour distinguer une tendance d’une réussite ponctuelle. Quinze à vingt frappes exploitables par configuration constituent une base de travail plus intéressante que quelques coups isolés, sans garantir pour autant une conclusion statistique définitive. Les impacts ratés doivent être observés eux aussi, puisqu’ils font partie du jeu réel.
Sur un driver, je regarderais d’abord la vitesse de balle, le centrage, le carry et la dispersion. La vitesse de club reste intéressante, mais elle ne constitue pas un objectif indépendant. Un manche qui augmente la vitesse de swing de 2 mph sans améliorer la vitesse de balle ne présente pas nécessairement un avantage. De même, une distance maximale supérieure peut être trompeuse si les autres frappes deviennent plus irrégulières.
Pour les fers, les critères changent. La dispersion en profondeur, les écarts de carry, la hauteur des trajectoires et l’angle d’atterrissage deviennent essentiels. Un fer doit permettre d’atteindre une distance prévisible et de contrôler la balle à l’arrivée. Gagner cinq mètres avec un fer 7 peut être inutile si le joueur perd la capacité de répéter cette distance ou d’arrêter ses balles sur les greens.
Les sensations ont enfin leur place dans la décision. Elles ne remplacent pas les mesures, mais elles expliquent parfois pourquoi un joueur reproduit plus facilement son mouvement avec un manche qu’avec un autre. Si deux configurations produisent des résultats proches, je privilégierais volontiers celle qui demande le moins d’effort et inspire le plus de confiance. Le golf se joue aussi lorsque l’on est fatigué, sous pression ou simplement moins bien coordonné.
Faut-il changer de shaft ou conserver celui que l’on possède ?
Le changement de shaft peut être pertinent lorsqu’un essai comparatif révèle une amélioration répétable. Il peut également permettre de conserver une tête de club appréciée tout en adaptant son poids, sa longueur ou son comportement à l’évolution du joueur. Mais il ne faut pas oublier le coût de l’opération, qui comprend parfois le shaft, le grip, l’adaptateur et le montage. Selon le matériel concerné, remplacer le club complet peut même devenir une option économiquement comparable.
Avant de dépenser plusieurs centaines d’euros, je demanderais au clubfitter de comparer la solution recommandée avec une alternative moins coûteuse. Un shaft premium peut parfaitement justifier son prix pour un joueur qui en tire un bénéfice mesurable, mais sa réputation ne constitue pas une preuve. De la même manière, un manche d’origine ne doit pas être considéré comme médiocre au seul motif qu’il accompagne un driver vendu en série.
Je me méfierais également d’un changement de shaft destiné à résoudre une difficulté technique mal identifiée. Si le joueur frappe systématiquement au talon, présente une face très ouverte ou possède un chemin de club incompatible avec la trajectoire recherchée, il faut comprendre ce qui provoque ces résultats. Une autre configuration peut parfois aider, mais elle ne remplace pas nécessairement un travail sur le mouvement.
Conclusion : choisir des résultats plutôt qu’une étiquette
Le choix d’un shaft commence souvent par une lettre, alors qu’il devrait commencer par une question : qu’est-ce que ce manche doit améliorer dans mon jeu ? Mes propres essais de longueur, ceux réalisés avec Xavier Bretin, le comparatif de Loïc Monchalin et mon expérience avec le TPT montrent que le poids, la longueur, le profil de rigidité et l’équilibre peuvent modifier sensiblement les résultats, sans qu’une seule caractéristique suffise à désigner le meilleur produit. Un shaft plus rigide n’est pas une récompense pour les bons joueurs, pas plus qu’un modèle coûteux ne garantit davantage de distance. Le manche intéressant est celui qui permet de reproduire les coups dont on a besoin, avec un niveau d’effort et de dispersion compatible avec son jeu. Et parfois, après un essai sérieux, la meilleure décision consiste simplement à conserver celui que l’on possède déjà.
Sources et références
Essais et archives MyGolfMedia
- Laurent Agostini, Penser avant de swinguer – Tome 2, notamment les chapitres consacrés aux essais de matériel, au fitting et à la compréhension des shafts.
- Laurent Agostini, Faut-il raccourcir/couper le shaft de son driver ?, essai personnel de trois longueurs de driver, avec séries de 20 balles à 44 et 45 pouces et mesures TrackMan.
- Laurent Agostini et Xavier Bretin, essai TrackMan du 14 mars 2017 : comparaison d’un driver raccourci progressivement de 48 à 44 pouces.
- Loïc Monchalin, comparatif TrackMan de trois shafts Project X HZRDUS sur une tête Callaway GBB Epic 10,5°, repris dans les archives MyGolfMedia et le tome 2.
- Laurent Agostini, essais du shaft TPT 16 LKP-MT-SW avec une tête TaylorMade M3, données TrackMan et suivi Arccos.
- Laurent Agostini, essai du Project X HZRDUS Smoke Black 6.0 avec une tête Cobra King F9.
- Laurent Agostini, Les marques de shafts veulent-elles aussi leur place au soleil et des profits en hausse ?, enquête consacrée au marché des shafts premium.
Références techniques
- True Temper Sports : documentations techniques des gammes de shafts acier et Project X.
- Fujikura Golf : caractéristiques et technologies des shafts graphite.
- TrackMan : définitions des paramètres de club et de balle, notamment club speed, ball speed, smash factor, launch angle, spin rate et carry.
- TPT Golf : informations techniques communiquées par le fabricant sur ses procédés de fabrication et ses tolérances de production.
Les résultats chiffrés proviennent d’essais réalisés dans des conditions particulières, avec des joueurs et des configurations identifiés. Ils permettent d’analyser les effets observés, sans constituer des recommandations universelles pour tous les golfeurs.

De nombreuses observations très pertinentes, mais qu’un golfeur puisse faire le bon choix à partir de là est, sauf coup de chance, pratiquement impossible.
Le seule bonne solution, oui, la seule : aller chez un clubfitter/ clubmaker compétent et ayant bénéficié d’une la formation complète , prodiguée par un professionnel ou une association professionnelle reconnus et l’expérience prouvée. Ce professionnel , qui ne peut, en aucun cas être un vendeur de magasin, dont la priorité ne peut être que la vente, saura, à partir de l’observation du golfeur, de sa morphologie, de son type de swing, de sa vitesse de frappe, des trajectoires obtenues, et des objectifs recherchés -distance au carry et roule, et aussi, c’est très important, des sensations rapportées sélectionner le profil de shaft optimal, ainsi que sa longueur, son poids et son équilibre.
Puis quelques frappes seront effectuées avec un shaft ainsi choisi, suivis, si nécessaire, de tests avec un ou deux autres shafts au profil comparables. Le bon shaft avec son montage, et son grip, sera celui avec lequel le golfeur obtiendra régulièrement , avec une dispersion minimale- de l’ordre de 5 à 7%- le résultat souhaité
Je souligne qu’un un vendeur de magasin ne peut être un bon clubfitter/clumaker. En effet, les compétences, objectifs et priorités de ces acteurs sont totalement différentes et incompatibles entre elles. Quant à l’efficacité d’un shaft elle n’est, de façon générale, pas connecté à son prix. (mais ça peut flatter l’ego de son utilisateur)