David Ravetto lors de l’Alfred Dunhill Links Championship 2026 à St AndrewsDavid Ravetto termine 11e à -13 de l’Alfred Dunhill Links Championship 2026 après quatre cartes remarquablement régulières : 70, 68, 68 et 69.

David Ravetto et Matthew Jordan ont quitté St Andrews avec exactement le même résultat : 275 coups, -13 et une 11e place à l’Alfred Dunhill Links Championship. Pourtant, leurs semaines n’ont presque rien eu en commun. Le Français a joué 70-68-68-69, sans jamais s’éloigner de plus de deux coups de son meilleur score. L’Anglais a atteint -16 après trois tours grâce à des cartes de 69, 65 et 66, avant de rendre 75 dimanche. Même destination, deux trajectoires opposées. Et pour Ravetto, cette régularité arrive au meilleur moment : sa 11e place le ramène au 92e rang de la Race to Dubai.

70, 68, 68, 69 : aucun tour pour faire la une, aucun pour perdre le tournoi

Pris isolément, aucun des quatre scores de David Ravetto ne raconte une semaine exceptionnelle. Il commence par un 70 (-2) à Kingsbarns, poursuit avec un 68 (-4) sur l’Old Course, reproduit exactement ce 68 samedi à Carnoustie et termine par 69 (-3) dimanche à St Andrews. Le résultat est beaucoup plus intéressant lorsqu’on rassemble les quatre cartes : son meilleur tour et son moins bon ne sont séparés que par deux coups, alors qu’il a dû changer de parcours lors de chacune des trois premières journées.

L’amplitude brute doit toutefois être maniée avec prudence dans un tournoi comme le Dunhill. Kingsbarns, Carnoustie et l’Old Course n’offrent ni les mêmes difficultés ni nécessairement les mêmes conditions au même moment. Un 70 ne vaut donc pas automatiquement deux coups de moins qu’un 68 en termes de performance réelle. Mais une donnée résiste à cette réserve : Ravetto a produit quatre scores compris entre -2 et -4 sur quatre journées, trois parcours et des situations de tournoi différentes. Il n’a jamais eu besoin de réparer le lendemain ce qu’il avait détruit la veille.

Cette stabilité lui permet d’avancer progressivement. Après deux tours, Ravetto n’est encore que 37e à -6. Son 68 à Carnoustie le porte à -10 et à la 21e place avant le cut. Puis son 69 dominical lui fait gagner dix positions supplémentaires pour terminer 11e à -13. Sa meilleure place de la semaine est donc tout simplement celle qu’il occupe après le dernier putt.

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Matthew Jordan : exactement le même total, une semaine presque inverse

Matthew Jordan offre le contre-exemple parfait. L’Anglais commence par 69, accélère brutalement avec 65 au deuxième tour puis 66 au troisième. Après 54 trous, il est à -16 et se trouve directement impliqué dans la lutte pour la victoire. Son amplitude sur ces trois premières journées est déjà supérieure à celle de Ravetto sur l’ensemble du tournoi, mais elle joue alors en sa faveur : Jordan possède trois coups d’avance sur le Français avant la finale.

Dimanche change complètement la lecture. Sur l’Old Course, Jordan rend 75 (+3), soit dix coups de plus que son meilleur tour de la semaine. Ravetto joue 69. En dix-huit trous, le Français lui reprend donc six coups et efface exactement les trois coups qui les séparaient au départ, puisque les deux hommes terminent finalement ensemble à -13. Josele Ballester les rejoint également à ce total après une construction encore différente : trois 68 consécutifs sur les trois links, puis 71 dimanche à St Andrews.

Le trio fournit presque une expérience grandeur nature. Ravetto : 70-68-68-69. Ballester : 68-68-68-71. Jordan : 69-65-66-75. Trois joueurs, 275 coups chacun, trois manières différentes d’y parvenir. Ballester a été le métronome pendant la rotation avant de perdre légèrement du terrain dimanche ; Jordan a produit le golf le plus bas avant de connaître la journée la plus coûteuse ; Ravetto n’a jamais occupé les premières places mais n’a jamais quitté sa zone de performance.

Carnoustie donne davantage de valeur au deuxième 68

Le troisième tour permet d’aller un peu plus loin que la simple comparaison des cartes. Ravetto arrive à Carnoustie samedi à -6, après son 70 de Kingsbarns et son premier 68 à St Andrews. Carnoustie est généralement le parcours auquel on associe le plus spontanément la notion de résistance dans cette rotation, et c’est précisément là que le Français reproduit son meilleur score de la semaine.

Ce deuxième 68 possède donc une valeur particulière dans la construction de son tournoi. Il lui permet de passer de -6 à -10 et surtout de franchir le cut sans avoir eu besoin d’une carte exceptionnelle pour compenser un retard accumulé auparavant. Casey Jarvis, futur deuxième, avait lui-même ouvert son tournoi par un 66 à Carnoustie avant de poursuivre avec 67 à Kingsbarns et 65 à St Andrews. Ravetto n’a jamais atteint ces pics de performance, mais il est arrivé au dimanche avec encore la possibilité de transformer une semaine discrète en résultat significatif.

C’est exactement ce qu’il a fait avec son 69 final. Il ne s’agit toujours pas d’une carte susceptible de monopoliser les images du tournoi : Tommy Fleetwood joue 64 le même jour et Michael Stewart 66. Pourtant, lorsque les scores se figent, Ravetto est remonté jusqu’à la 11e place. Dans son cas, le résultat final vient moins d’un moment d’accélération que de l’absence de véritable recul.

La 11e place change quelque chose : Ravetto remonte 92e

Cette nuance serait essentiellement statistique si la saison se trouvait encore dans sa première moitié. Début octobre, elle devient beaucoup plus importante. L’Alfred Dunhill Links Championship appartient au Back 9 du DP World Tour et chaque résultat commence à peser directement sur les droits de jeu et l’accès aux derniers tournois de la saison.

Sa 11e place fait remonter David Ravetto à la 92e position de la Race to Dubai. Le Français n’est donc pas simplement reparti de St Andrews avec un top 15 : il s’est replacé dans la bataille pour terminer parmi les joueurs qui conserveront une catégorie pleine sur le DP World Tour en 2027.

La situation donne également une autre lecture à sa saison. Ravetto faisait partie, avant le Dunhill, des joueurs les plus actifs du circuit en 2026 : avec 21 apparitions à ce stade de la saison, il partageait le plus grand nombre de tournois disputés sur le DP World Tour avec Jack Senior, Joel Girrbach, Ángel Hidalgo et Angel Ayora. Ce volume n’avait cependant pas produit une position confortable au classement. La 11e place écossaise vaut donc davantage par son timing que par son caractère spectaculaire.

Quelques jours seulement après avoir manqué le cut de l’Open de France malgré un 68 au premier tour, Ravetto avait besoin de transformer de bonnes séquences de golf en quatre journées complètes. À St Andrews, Carnoustie et Kingsbarns, il l’a fait sans jamais descendre très bas, mais surtout sans jamais sortir du tournoi.

Ce que Ravetto montre mieux que son classement

Il serait facile d’en tirer la leçon habituelle selon laquelle un golfeur doit simplement « éviter les erreurs ». Le Dunhill raconte quelque chose de plus précis. Jordan a prouvé qu’un joueur pouvait être beaucoup plus performant que Ravetto pendant 54 trous et terminer exactement au même endroit après 72. Cela ne rend pas son approche moins bonne : pour gagner le tournoi, il fallait nécessairement prendre davantage de distance avec le par que ne l’a fait le Français. Adrian Meronk s’est imposé à -20, sept coups devant Ravetto. Jouer quatre journées solides n’était donc pas suffisant pour gagner.

En revanche, cette semaine montre le prix d’une mauvaise journée lorsqu’un joueur ne dispose pas d’une avance suffisante pour l’absorber. Jordan commence dimanche trois coups devant Ravetto et termine à égalité avec lui. Ravetto n’a jamais possédé l’une des meilleures cartes du tournoi ; il n’a pas non plus produit celle qui efface le travail des trois jours précédents.

Pour un amateur, c’est probablement la partie la plus transposable. La question n’est pas de chercher artificiellement quatre cartes identiques. Elle consiste à savoir combien coûte réellement sa mauvaise journée. Sur quatre tours, Jordan a joué dix coups d’écart entre son meilleur et son pire score ; Ravetto deux. Dans ce tournoi précis, les deux modèles ont finalement abouti au même total.

Ballester complète le tableau plutôt qu’il ne le répète

La présence de Josele Ballester à la même 11e place rend la comparaison encore plus intéressante. L’Espagnol avait ouvert le tournoi par trois 68 consécutifs, performance remarquable précisément parce qu’elle avait été obtenue sur les trois parcours de la rotation. Son histoire est donc celle de l’adaptation : changer de links sans changer de score. Celle de Ravetto est différente. Ses cartes ne sont pas identiques, mais aucune journée ne compromet la suivante.

Ballester arrive au dimanche à -12 et joue 71 pour terminer -13. Ravetto arrive à -10 et joue 69 pour atteindre le même total. Jordan arrive à -16 et joue 75. Le leaderboard final efface totalement ces trajectoires puisqu’il place les trois hommes sur une même ligne. Leur semaine raconte pourtant trois choses différentes : Ballester a maîtrisé la rotation, Ravetto a progressivement construit son classement, Jordan a été le plus proche de la victoire avant de payer son dernier tour.

C’est aussi ce qui rend le Dunhill particulier. Les trois premiers tours ne sont pas simplement trois journées d’un même tournoi : ils obligent les joueurs à changer de parcours, de repères et parfois de conditions avant que tous se retrouvent sur l’Old Course pour la finale. La régularité ne consiste donc pas uniquement à répéter un score ; elle consiste à continuer à produire un golf compétitif lorsque le décor change.

Quatre Français au dimanche, Ravetto nettement devant

La performance de Ravetto ressort également du bilan français. Quatre Tricolores avaient franchi le cut après 54 trous. Derrière sa 11e place à -13, Victor Perez termine 30e à -10 après un dernier 70. Félix Mory, avec 75 dimanche, recule jusqu’à la 67e place à -3, tandis que Clément Charmasson conclut par 78 et termine 69e dans le par.

Le cas Perez possède par ailleurs une dimension particulière cette saison. Le Français fait partie des joueurs issus de LIV Golf autorisés sous conditions à participer à certains tournois du DP World Tour en 2026. Sa présence et ses résultats sur le circuit européen dépassent donc le simple classement d’une semaine, dans un contexte où les conditions d’accès futures restent un sujet pour plusieurs joueurs concernés.

Le golf français s’est également distingué dans la compétition par équipes : Tom Vaillant et son partenaire ont terminé à seulement un coup de l’équipe victorieuse formée par Adrian Meronk et Tom Chaplin. Meronk a ainsi remporté à la fois le classement individuel et le Pro-Am, devenant le troisième joueur en 25 éditions à réaliser ce doublé.

Une 11e place qui vaut davantage qu’elle n’en a l’air

David Ravetto n’a pas menacé Adrian Meronk et n’a jamais occupé le haut du leaderboard comme Michael Stewart ou Matthew Jordan. Il n’a pas non plus produit la curiosité statistique de Josele Ballester et ses trois 68 consécutifs sur trois parcours différents. Son Dunhill pourrait donc facilement disparaître derrière les histoires plus spectaculaires de la semaine.

Pourtant, 70-68-68-69 arrive à un moment où Ravetto avait davantage besoin de points que d’une belle carte isolée. Après 21 tournois disputés cette saison et alors que la Race to Dubai entre dans sa phase décisive, le Français quitte St Andrews au 92e rang du classement.

Jordan et lui ont joué 275 coups chacun. L’Anglais a connu des sommets que Ravetto n’a jamais atteints ; Ravetto a évité le trou d’air qui a ramené Jordan jusqu’à lui. Le leaderboard ne fait aucune différence entre les deux.

La Race to Dubai, elle, ne demande pas comment les 275 coups ont été construits. Et pour David Ravetto, c’est peut-être précisément ce qui compte désormais.

Sources

  • Alfred Dunhill Links Championship — classement officiel 2026 et scores par tour
  • DP World Tour — Alfred Dunhill Links Championship 2026, tee times et rotation des parcours
  • DP World Tour — By the numbers: The 2026 Race to Dubai so far
  • L’Équipe — Adrian Meronk retrouve le goût du succès sur l’Alfred Dunhill Links Championship, David Ravetto 11e
  • L’Équipe — Casey Jarvis toujours en tête de l’Alfred Dunhill Links Championship, quatre Français passent le cut
  • Golf Monthly — Alfred Dunhill Links Championship Tee Times 2026: Rounds One, Two And Three
  • Golf Monthly — Alfred Dunhill Links Championship Tee Times: Final Round

Par Laurent Agostini

Journaliste spécialisé golf depuis 2010, Laurent Agostini est le fondateur de MyGolfMedia, média indépendant publié en huit langues. Il couvre le PGA Tour et le DP World Tour, et s'intéresse avant tout à ce que les données disent vraiment : tests de matériel, biomécanique du swing, statistiques des circuits, destinations de golf. Il est l'auteur de « Tiger Woods, l'homme aux deux visages » (Solar, 2018) et de la série « Penser avant de swinguer », dont le premier tome s'est classé n°1 des livres de golf sur Amazon France en 2026. Sa ligne éditoriale : indépendant, factuel, utile. Pas de communiqués recopiés, pas de promesses marketing reprises sans vérification.

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