Pendant des années, le débat sur la distance au golf a principalement consisté à se demander si les joueurs frappaient désormais la balle trop loin. Les progrès des drivers, des balles, des shafts, du fitting et de la préparation physique ont nourri l’idée d’un golf condamné à allonger continuellement ses parcours pour résister à l’évolution des performances. Pourtant, lorsqu’on quitte le très haut niveau pour observer ce qui se passe réellement chez les amateurs, les chiffres racontent une histoire sensiblement différente.
Arccos vient de publier l’édition 2026 de son rapport annuel consacré à la distance au drive. Son principal intérêt tient à l’ampleur considérable de l’échantillon étudié : plus de 5 millions de parties disputées en 2025, près de 10 millions de coups de départ joués au driver et plus de 37 000 golfeurs sélectionnés aléatoirement, avec au minimum 100 drives enregistrés par joueur. L’ensemble de la base Arccos représente désormais plus de 1,5 milliard de coups enregistrés au cours de 25 millions de parties dans plus de 160 pays.
Nous ne parlons donc plus d’un petit échantillon de joueurs interrogés sur leurs distances, ni de coups frappés sur un practice ou devant un radar dans des conditions optimales. Il s’agit de véritables coups joués sur le parcours, exclusivement au driver sur des par 4 et des par 5, avec une distance totale intégrant le carry et la roule. Et cette masse de données permet surtout de dépasser la seule question de la distance : elle montre que l’âge, le niveau de jeu, la précision et surtout la gravité des mauvais coups sont intimement liés.
En huit ans, les amateurs masculins n’ont pratiquement pas gagné un mètre
C’est probablement le premier chiffre à retenir de cette étude. En 2018, la distance moyenne enregistrée par Arccos chez les hommes était d’environ 205 mètres. En 2025, elle est toujours d’environ 205 mètres.
Entre les deux, la courbe a très peu évolué. Converties en mètres, les moyennes masculines sont d’environ 205 mètres en 2018, 203 mètres en 2019, 204 mètres en 2020, 203 mètres en 2021, 205 mètres en 2022, 206 mètres en 2023, 205 mètres en 2024 et 205 mètres en 2025. La variation sur huit ans est donc inférieure à un mètre. Chez les femmes, la tendance est également remarquablement stable, avec une moyenne qui reste dans une plage d’environ quatre mètres autour de son niveau initial.
Le constat est intéressant lorsqu’on le confronte aux évolutions du marché du matériel. Depuis 2018, les golfeurs ont connu plusieurs générations de drivers, le développement massif des faces travaillées par intelligence artificielle, l’optimisation de la répartition des masses, de nouveaux matériaux, des shafts toujours plus spécialisés et une généralisation progressive du fitting. Cela ne signifie évidemment pas que ces innovations sont inutiles : un joueur peut parfaitement obtenir un gain individuel important en passant d’un matériel mal adapté à un équipement correctement ajusté. En revanche, à l’échelle de dizaines de milliers de golfeurs, elles ne se traduisent pas par une progression spectaculaire de la distance moyenne.
C’est d’autant plus intéressant que nous faisions déjà un constat voisin dans notre article consacré aux distances de 2019. Les données disponibles à l’époque montraient une progression importante depuis le milieu des années 1990, mais cette augmentation avait très fortement ralenti après les bonds observés autour de 1999-2000 puis 2004-2005, périodes correspondant notamment à des évolutions importantes de la balle et des clubs.
Sept années plus tard, les millions de coups enregistrés par Arccos ne montrent toujours pas une explosion de la distance chez les amateurs.
Le niveau de jeu crée près de 58 mètres d’écart au drive
La moyenne générale de 205 mètres est cependant trompeuse si elle est prise isolément, car les différences entre catégories de joueurs sont considérables. Chez les hommes, les golfeurs compris entre 0 et 4,9 d’index atteignent environ 223 mètres en moyenne, contre seulement 166 mètres pour les joueurs d’index 30 et plus.
Cela représente près de 58 mètres d’écart.
Arccos constate ainsi une différence moyenne de 34,8 % entre les deux catégories. Il ne s’agit plus de quelques mètres que pourrait faire gagner un nouveau driver ou un changement de balle, mais pratiquement de six clubs d’écart sur le coup suivant selon les situations.
Ce résultat permet surtout de mettre en perspective une autre variable souvent évoquée pour expliquer la perte de distance : l’âge. Entre les joueurs masculins les plus jeunes et ceux âgés de 70 à 79 ans, l’écart moyen observé par Arccos est d’environ 46 mètres. L’écart associé au niveau de jeu, environ 58 mètres entre les deux extrêmes de handicap, est donc encore supérieur.
Quelques comparaisons sont particulièrement parlantes. Un joueur âgé de 50 à 59 ans avec un index inférieur à 5 produit encore une moyenne d’environ 219 mètres, alors qu’un joueur du même âge avec un index supérieur à 30 atteint seulement 161 mètres. Plus étonnant encore, un excellent joueur de 70 à 79 ans drive en moyenne autour de 191 mètres, soit davantage qu’un joueur d’une vingtaine d’années avec un index supérieur à 30, mesuré autour de 176 mètres.
L’âge compte évidemment, mais il ne suffit donc pas à expliquer la distance. La qualité de frappe, la vitesse produite, le centrage, les conditions de lancement et plus largement le niveau du joueur restent déterminants.
Avec l’âge, on perd de la distance mais on trouve davantage de fairways
Le vieillissement laisse néanmoins une empreinte très nette sur les performances. Chez les hommes, les 15-19 ans atteignent environ 219 mètres en moyenne, contre 174 mètres pour les joueurs âgés de 70 à 79 ans. La différence représente environ 46 mètres. Chez les femmes, Arccos mesure également un écart important entre les joueuses dans la vingtaine et celles dans la soixantaine : environ 184 mètres contre 144 mètres, soit près de 39 mètres de différence.
Mais le phénomène le plus intéressant apparaît lorsqu’on rapproche cette perte de puissance de la précision. Les hommes dans la vingtaine ne trouvent en moyenne que 38 % des fairways, tandis que ceux âgés de 70 à 79 ans en touchent 56 %. Cela représente 18 points de différence. Chez les femmes, le phénomène est presque identique : la précision moyenne passe de 46 % dans la vingtaine à 63 % dans la soixantaine, soit 17 points supplémentaires.
Le rapport montre donc assez clairement un compromis entre distance et précision au fil du vieillissement. Avec les années, la vitesse diminue et la balle parcourt moins de mètres, mais les départs deviennent globalement plus précis. Chez les joueurs de moins de 5 d’index, par exemple, Arccos observe entre la vingtaine et la septantaine une perte d’environ 49 mètres au drive accompagnée d’une progression de 18 points du pourcentage de fairways touchés.
Pour autant, il serait trop simple d’en conclure qu’il suffit de sacrifier de la distance pour mieux jouer.
Trouver davantage de fairways n’explique pas la différence de niveau
C’est même l’un des enseignements les plus intéressants de l’étude. Chez les hommes, les joueurs compris entre 0 et 4,9 d’index trouvent en moyenne 50 % des fairways, contre 40 % pour les joueurs de 30 d’index et plus. Seulement dix points séparent donc les deux populations.
Or, rappelons qu’au même moment près de 58 mètres les séparent en distance.
Chez les femmes, la relation entre handicap et fairways touchés apparaît encore moins évidente. Les joueuses de moins de 5 d’index affichent une moyenne de 55 % de fairways, tandis que la catégorie 25 à 29,9 se situe à 51 %. Arccos indique explicitement ne pas observer de corrélation significative entre le handicap et la précision au driving dans cette population.
Ces chiffres relativisent le conseil très souvent entendu sur les practices et les parcours : « Peu importe la distance, l’essentiel est de mettre la balle sur le fairway. » Bien sûr, trouver le fairway reste souhaitable. Mais les données suggèrent que cette statistique, prise isolément, explique assez mal la différence entre les niveaux de jeu.
Un drive qui termine deux mètres dans le rough et laisse une ouverture parfaite vers le green est comptabilisé comme un fairway manqué. Un drive qui termine derrière un arbre, dans un obstacle ou hors limites l’est également. Pourtant, les conséquences sur le score n’ont évidemment rien de comparable.
Et c’est précisément ici que le rapport Arccos devient particulièrement instructif.
La vraie différence : 12 % de drives problématiques contre 45 %
Arccos a cherché à distinguer les simples fairways manqués des départs qui provoquent une véritable perte de situation. Deux catégories sont utilisées : les coups entraînant une pénalité — hors limites, balle perdue, obstacle ou balle injouable — et les coups nécessitant une récupération, c’est-à-dire une situation dans laquelle le joueur ne peut plus avancer normalement vers le green et doit, par exemple, se recentrer ou jouer volontairement plus court.
Chez les hommes de 0 à 4,9 d’index, 4,4 % des drives entraînent une pénalité et 7,6 % nécessitent une récupération. Au total, seulement 12 % des départs au driver créent donc une situation véritablement problématique.
La progression est ensuite presque linéaire avec le handicap : 16,9 % pour les joueurs entre 5 et 9,9, 22,6 % entre 10 et 14,9, 28,2 % entre 15 et 19,9, 33,5 % entre 20 et 24,9 et 38,2 % entre 25 et 29,9.
Puis nous arrivons aux joueurs de 30 d’index et plus : 11,9 % de pénalités, 33,2 % de situations nécessitant une récupération et, au total, 45,1 % de drives problématiques.
Autrement dit, presque un départ au driver sur deux.
C’est sans doute beaucoup plus révélateur que le simple pourcentage de fairways touchés. Le bon joueur ne met pas systématiquement sa balle au milieu du fairway. En revanche, lorsqu’il manque sa cible, il conserve beaucoup plus souvent une possibilité normale de jouer vers le green. Le joueur de haut handicap accumule au contraire les coups qui l’obligent à se recentrer, jouer latéralement, déclarer une balle injouable ou remettre une balle en jeu.
Le véritable enjeu du driving pour l’amateur pourrait donc être formulé autrement : il ne s’agit pas nécessairement de toucher tous les fairways, mais d’éliminer progressivement les très mauvais départs.
La distance seule ne raconte jamais toute l’histoire
Une autre donnée du rapport Arccos permet de rappeler combien il faut rester prudent lorsqu’on compare les distances entre joueurs, parcours ou régions. L’entreprise a isolé les performances d’un golfeur d’environ 10 d’index selon l’altitude du parcours.
Au niveau de la mer, sa distance moyenne est d’environ 202 mètres. Au-dessus de 1 524 mètres d’altitude, elle atteint environ 219 mètres. La différence représente 17,6 mètres, soit près de 18 mètres supplémentaires et un gain de 8,3 %, sans que le joueur ait changé de swing ou de driver.
Cette précision est d’autant plus importante qu’Arccos indique que les distances générales de son étude ne sont pas normalisées selon les conditions météorologiques, l’altitude ou l’état des sols. La puissance statistique du rapport permet de lisser une partie de ces différences, mais celles-ci existent naturellement dans les données.
Cela rappelle également pourquoi les comparaisons individuelles de distance doivent toujours être prises avec précaution. Température, vent, altitude, fermeté du fairway, pente et quantité de roule peuvent facilement produire des écarts importants sans qu’un joueur ait réellement augmenté sa vitesse ou amélioré son rendement à l’impact.
En 2026, le problème de l’amateur n’est toujours pas de taper trop loin
Lorsque nous avions abordé ce sujet en 2019, une partie du débat concernait déjà le décalage entre les discussions institutionnelles sur l’augmentation de la distance et la réalité vécue par la majorité des amateurs. Les données de l’époque indiquaient une hausse d’environ 15 mètres de la moyenne masculine entre 1996 et 2019, mais montraient également que l’essentiel de la progression s’était produit beaucoup plus tôt et que la courbe avait considérablement ralenti ensuite.
Le rapport Arccos 2026 apporte aujourd’hui une quantité de données sans commune mesure avec celle dont nous disposions alors et permet d’affiner considérablement le diagnostic. Sur les huit dernières années mesurées, le golfeur amateur masculin n’a pratiquement pas gagné de distance. La moyenne reste autour de 205 mètres, alors même que le matériel, le fitting et les technologies de mesure ont continué à progresser.
En revanche, les différences entre joueurs demeurent considérables. Près de 58 mètres séparent au drive les hommes de moins de 5 d’index de ceux de 30 et plus. Le vieillissement fait perdre environ 46 mètres entre les plus jeunes et les septuagénaires, tout en s’accompagnant d’une nette progression de la précision. Mais surtout, le niveau de jeu ne se distingue pas seulement par le nombre de fairways touchés.
Il se distingue par la capacité à éviter le coup qui détruit le trou.
Chez les meilleurs amateurs, environ un drive sur huit entraîne une pénalité ou impose une récupération. Chez les joueurs de 30 d’index et plus, cela arrive presque une fois sur deux.
Voilà sans doute la donnée la plus utile parmi ces dix millions de coups analysés. Pour progresser au drive, chercher quelques mètres supplémentaires peut avoir du sens, particulièrement lorsqu’un joueur manque réellement de distance. Chercher davantage de fairways peut également aider. Mais pour beaucoup d’amateurs, le premier objectif devrait peut-être être de réduire la dispersion extrême et de transformer le très mauvais drive en un coup simplement imparfait mais encore jouable.
Car entre une balle située cinq mètres dans le rough avec 140 mètres à parcourir et une balle située au milieu du fairway avec 155 mètres restant à jouer, le choix n’est pas forcément aussi évident qu’on l’a longtemps affirmé.
Entre une balle jouable et une balle perdue, en revanche, il n’y a plus vraiment de débat.
