Vue du Golf du Luberon à Pierrevert, parcours vallonné près de Manosque en ProvenceGolf du Luberon à Pierrevert : un parcours provençal où le relief et les choix stratégiques comptent autant que la distance. © MyGolfMedia

À Pierrevert, près de Manosque, le Golf du Luberon n’impressionne pas par sa longueur. Depuis les départs jaunes, ses 5 251 mètres pourraient même laisser penser à un parcours accessible. Ce serait oublier le relief, les ruptures de terrain et surtout l’accumulation de décisions qu’il impose. Je l’ai joué en septembre 2021 et j’en garde un souvenir très précis : celui d’un parcours capable de transformer la fatigue physique en mauvaises décisions. Les quatre derniers trous en avaient fourni une démonstration presque parfaite.

Il existe des parcours dont la difficulté se lit immédiatement sur une carte de score : des par 4 de 400 mètres, des par 5 interminables, des par 3 qui réclament un long fer. Avant même de les jouer, on sait à quoi s’attendre. Le Golf du Luberon appartient à une autre catégorie. Depuis les jaunes, le parcours mesure 5 251 mètres pour un slope de 134. Depuis les blancs, il atteint 5 634 mètres avec un slope de 141. Ces chiffres indiquent déjà que sa longueur contenue ne raconte pas toute l’histoire. Mais il faut surtout le parcourir à pied pour comprendre ce que la carte de score ne mesure pas : les montées, les descentes, les ravins, les changements de niveau et l’énergie dépensée pour rejoindre le coup suivant. 5 251 mètres sur une carte ne sont pas 5 251 mètres vécus. Et ici, cette différence finit par peser directement sur le jeu.

Bannière du livre Penser avant de swinguer, tome 1, de Laurent Agostini, consacré à la compréhension du corps et aux meilleures décisions sur le parcours.

Le premier trou vous prévient

Le parcours est installé à Pierrevert, sur les hauteurs proches de Manosque, dans un environnement typiquement provençal. La Fédération française de golf le décrit d’ailleurs comme un tracé « escarpé », qui réclame notamment de la précision dans les mises en jeu.

Cette personnalité apparaît dès le trou n°1, un par 5 qui vous confronte immédiatement à ce qui deviendra l’une des signatures du parcours : une importante fracture du terrain, presque un ravin, qui interrompt la continuité visuelle du trou. Ce premier contact annonce la suite. Au Golf du Luberon, les trous n’ont pas simplement été posés les uns à côté des autres : le terrain impose sa présence, et il faut composer avec lui.

Cette particularité s’explique aussi par l’histoire du lieu. La Grande Gardette n’était pas destinée à devenir un golf. Daniel Berrut achète le domaine à l’automne 1973 ; on y élève alors des moutons, on y produit du fromage de chèvre et on y cultive la vigne. Son fils Philippe imagine plus tard transformer une partie de la propriété en parcours, inauguré le 1er mai 1988. L’histoire est restée familiale, les générations suivantes ayant poursuivi l’aventure. Près de quarante ans plus tard, on joue toujours d’abord avec le terrain qui était là.

La difficulté ne vient pas seulement des coups à jouer

Golf du Luberon à Pierrevert, parcours vallonné au cœur de la Provence

Une précision avant d’aller plus loin : les photographies de cet article ont été prises pendant ma partie de 2021, et mon expérience de jeu remonte donc à cinq ans. Les données générales du parcours et celles des quatre derniers trous ont été revérifiées pour cette republication.

Ce jour-là, j’avais joué +18 sur l’ensemble du parcours. Rien de remarquable en soi. La répartition de ces coups perdus l’est davantage : entre le 15 et le 18, j’avais joué +8. Autrement dit, quatre trous représentant 22 % du parcours avaient concentré près de 44 % de mes coups au-dessus du par.

Pont franchissant un ravin sur le parcours du Golf du Luberon à Pierrevert en Provence

On pourrait réduire cela à quatre trous mal joués. Pourtant, en reprenant aujourd’hui cette partie coup par coup, une autre lecture apparaît. Je n’avais pas seulement moins bien swingé : j’avais commencé à moins bien décider.

Après quatorze trous sur un parcours vallonné, la fatigue ne se manifeste pas forcément par l’impression spectaculaire de ne plus pouvoir marcher. Elle est souvent plus discrète : un choix de club moins rigoureux, une envie d’abréger la réflexion, une trajectoire plus ambitieuse que nécessaire, une attention qui baisse légèrement. Le swing finit ensuite par traduire ce qui s’est passé quelques secondes auparavant. Les quatre derniers trous du Golf du Luberon constituent à ce titre un remarquable laboratoire.

Trou n°15 : 261 mètres ne font pas forcément un petit par 4

Le 15 ne mesure que 266 mètres depuis les jaunes. Sur une carte de score, le chiffre attire l’œil ; pourtant, la longueur n’est pas le vrai problème.

Départ du trou 15 du Golf du Luberon à Pierrevert, parcours vallonné en Provence

On arrive du 14, un par 5 joué en descente jusqu’à un green nettement en contrebas, et il faut remonter à pied jusqu’au départ du 15. Le trou tourne vers la droite et une nouvelle rupture de terrain apparaît presque immédiatement devant le joueur. À droite, les arbres ferment la ligne directe vers le green. À gauche, la pente du fairway, qui descend de droite à gauche, éloigne encore la balle de la cible. Depuis le tee, on croit avoir de la place à gauche : c’est précisément le piège.

En 2021, j’avais choisi un bois 3. La balle avait parcouru environ 215 mètres : trop long dans la ligne choisie, et surtout trop à gauche, elle avait terminé dans le rough. Après un coup de replacement, il me restait environ 80 mètres jusqu’à l’entrée du green, et une dizaine de plus pour atteindre un drapeau placé au fond, sur un fairway qui n’a pas cessé de monter. Je suis resté court. Puis le green, posé à flanc de vallon en forme de marche d’escalier, m’a coûté un second coup avec un premier putt trop long.

Avec le recul, le constat est intéressant : sur un trou de 261 mètres, je n’avais pas perdu deux coups parce que je manquais de distance. Je les avais perdus parce que la distance n’était justement pas le problème à résoudre. C’est une distinction essentielle sur ce parcours.

Trou n°16 : 388 mètres et une tentation

Le 16 en est probablement le meilleur exemple. Par 5, 388 mètres des jaunes, handicap 15.

Pour beaucoup de joueurs disposant d’une longueur correcte au drive, le calcul mental est immédiat : un bon départ, et le green devient atteignable en deux. C’est exactement ce que j’avais pensé, et c’est sans doute à cet instant que j’ai commencé à perdre le trou.

Le départ oblige d’abord à franchir une profonde cassure du terrain, à moins de 100 mètres du tee. En 2021, j’ai sorti le driver pour prendre assez de distance et me laisser la possibilité d’attaquer ensuite. J’ai gratté mon drive. La balle a terminé dans le ravin.

Pénalité.

Cinq ans plus tard, le mauvais contact m’intéresse moins que la décision qui l’a précédé. Tout golfeur gratte parfois un drive. Or le Golf du Luberon donne lui-même, pour ce trou, un conseil révélateur : « Rangez vos bois et alignez-vous légèrement à gauche du petit arbre avec un fer 4 ou 5, selon votre tee de départ. » C’est presque l’exact opposé de mon choix de 2021.

Le conseil prend tout son sens quand on regarde la suite du trou. Vers 200 mètres du départ, le fairway se resserre entre les arbres, au creux d’une cuvette, avant une montée sensible vers un green surélevé, tout en longueur, sur deux plateaux et défendu par un bunker à gauche. Le véritable enjeu du 16 n’est donc pas de savoir jusqu’où l’on peut frapper la première balle, mais d’où l’on veut jouer la suivante.

Une mise en jeu d’environ 150 mètres, juste suffisante pour franchir l’obstacle, aurait transformé le trou en par 5 construit en trois coups raisonnables. En tentant de me créer d’emblée une chance de l’atteindre en deux, je m’imposais au contraire un très bon coup immédiat, sous peine de sanction. Le mauvais coup n’avait donc peut-être pas commencé au moment où le club a touché le sol avant la balle, mais lorsque j’avais décidé que 388 mètres signifiaient forcément qu’il fallait en profiter.

C’est l’une des idées développées dans Penser avant de swinguer : une partie des coups que nous attribuons à notre technique sont en réalité les conséquences de décisions prises avant le swing. Au 16 du Golf du Luberon, le parcours vous pose littéralement la question : êtes-vous venu frapper un drive ou construire un score ?

Trou n°17 : le danger du choix intermédiaire

Le 17 pose un problème différent. Par 4 de 315 mètres depuis les jaunes, handicap 7, il condense une grande partie des difficultés du parcours.

Le trou tourne vers la gauche vers 110 à 120 mètres du départ, et le green n’est pas visible depuis le tee. Le terrain monte, les arbres conditionnent les trajectoires, et la gauche du fairway est occupée par un terrain accidenté et rocailleux qui ne pardonne aucune balle roulée. La zone où l’on veut placer sa mise en jeu mérite donc d’être choisie avant le club.

En 2021, j’avais choisi… un bois 3. La balle est partie trop loin et trop à droite, dans les arbres. Je ne l’ai jamais retrouvée, et j’ai signé mon seul triple bogey de la journée.

Pendant longtemps, j’ai considéré ce coup comme une simple mauvaise mise en jeu. Aujourd’hui, je pense surtout que le bois 3 était le pire compromis possible. Il existait deux intentions beaucoup plus claires. La première consistait à jouer agressivement, avec un drive tapé haut pour passer la cime des arbres à gauche, où il n’y a finalement pas de danger. La seconde consistait à renoncer à la distance et à jouer environ 150 mètres vers le plateau, pour aborder ensuite le green avec un fer.

Driver était une décision. Fer était une décision. Le bois 3 se situait entre les deux : assez long pour mettre en jeu les zones dangereuses, sans exploiter réellement l’option agressive.

Un club n’est pas prudent simplement parce qu’il est plus court qu’un driver, ni agressif parce qu’il permet de gagner 30 ou 40 mètres. Le bon club est celui qui correspond au problème posé par le trou. Au 17, j’avais choisi un club avant d’avoir complètement choisi ma stratégie ; la balle perdue n’en a été que la conséquence visible.

Pour ceux qui réussissent leur mise en jeu, l’attaque de green reste exigeante : environ 130 mètres, un arbre à gauche en avant du green qui perturbe la visée, et un green nettement surélevé qui complique le choix du club.

Le 18 : quand les trous précédents voyagent avec vous

Le 18 est pourtant beaucoup plus accueillant. Ce par 5 de 446 mètres depuis les jaunes, handicap 17, ne présente pas la même succession de difficultés. La mise en jeu favorise une balle travaillée de droite à gauche, le fairway est large et le green, sans bunker, nettement moins intimidant, même si le mistral peut compliquer la lecture de ses pentes.

Trou 18 du Golf du Luberon à Pierrevert, parcours de golf vallonné en Provence

En théorie, c’est l’occasion de terminer la partie sur une note positive. Mais on n’arrive jamais seul sur le départ du 18 : on y arrive avec les dix-sept trous précédents, le score, les occasions manquées, les mauvais choix et la fatigue.

Ce jour-là, j’avais pris un simple fer 5 au départ, et je l’ai envoyé en slice. Pris isolément, ce coup n’a rien d’intéressant. Replacé dans la séquence 15-16-17-18, il raconte davantage. À mesure que la partie avançait, mes erreurs avaient changé de nature. Le parcours ne m’avait pas seulement demandé de réussir des coups : il m’avait obligé à continuer à réfléchir correctement alors que les kilomètres, le dénivelé, les erreurs précédentes et le score commençaient à peser. C’est probablement là que réside sa difficulté la plus intéressante.

À pied, le relief fait partie de la partie

La longueur officielle d’un parcours reste une mesure horizontale. Nos jambes, elles, ne jouent pas sur une carte.

Au Golf du Luberon, les déplacements entre les coups et les variations d’altitude font partie de l’expérience. La fatigue peut altérer la qualité du contact, mais aussi la posture, la routine, la concentration et surtout la lucidité dans les choix. Il faut donc l’anticiper.

Pour un joueur habitué aux parcours vallonnés, faire les 18 trous à pied participe pleinement à la découverte du lieu. Pour un joueur moins entraîné, ou pendant les périodes les plus chaudes de l’été provençal, la voiturette permet au contraire de garder son énergie pour le golf lui-même. Ce n’est pas une question de mérite, c’est une question de gestion.

Un parcours à rejouer pour mieux le comprendre

C’est peut-être ce qui me donne le plus envie de revenir à Pierrevert.

Certains parcours se comprennent assez vite : la difficulté est visible, les zones de danger identifiables, et la première partie donne une idée fidèle de ce qu’il faudra faire la fois suivante. Au Golf du Luberon, la connaissance du terrain a une vraie valeur : savoir où s’arrête réellement une zone de réception, mesurer l’influence d’une pente, comprendre qu’un bois 3 peut être moins pertinent qu’un fer, accepter qu’un par 5 de 388 mètres ne soit pas une invitation à sortir le driver. Et ces quatre derniers trous ne disent pas tout : le golf classe lui-même le 7 comme le trou le plus difficile du parcours.

Le score devrait logiquement bénéficier d’une deuxième ou d’une troisième partie. C’est justement ce qui fait l’intérêt du parcours. Il ne demande pas seulement : êtes-vous capable de réaliser ce coup ? Il demande régulièrement : êtes-vous certain que c’est le coup que vous devez tenter ?

J’avais terminé ma partie à +18, dont +8 sur les quatre derniers trous. Cinq ans plus tard, je me souviens moins des mauvais swings que des décisions qui les avaient précédés. C’est probablement le meilleur compliment que je puisse faire au Golf du Luberon : sur ce parcours, il faut encore savoir penser quand les jambes commencent à fatiguer.


AVANT DE JOUER LE GOLF DU LUBERON

  • Où : domaine de La Grande Gardette, Pierrevert (Alpes-de-Haute-Provence), à quelques minutes de Manosque
  • Parcours : 18 trous, par 72 – 5 251 m des jaunes (slope 134), 5 634 m des blancs (slope 141)
  • Profil : très vallonné, ravins et greens surélevés – précision et gestion de l’effort avant la longueur
  • Ouverture : toute l’année
  • Sur place : practice, location de clubs, voiturettes et chariots
  • Restaurant : La Gardette, ouvert le midi, avec vue sur le parcours
  • À pied ou en voiturette ? À pied si vous êtes habitué au relief ; voiturette conseillée par forte chaleur
  • Tarifs : consulter le golf avant votre venue
  • Contact : +33 (0)4 92 72 17 19 – golfduluberon.com

Photos : Laurent Agostini, septembre 2021 – © MyGolfMedia

Sources :

Par Laurent Agostini

**Laurent Agostini** Journaliste spécialisé dans le golf depuis 2010, fondateur de MyGolfMedia et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au golf, dont *Penser avant de swinguer*. Il analyse l'actualité, les technologies, le matériel et les méthodes de progression avec une approche indépendante, fondée sur les faits, les données et les témoignages de professionnels.

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