Golf et eau : consommation, sécheresse et nouvelles règles d’arrosage en FranceCombien d’eau consomme réellement un golf ? Derrière les polémiques, les chiffres montrent de fortes disparités selon les parcours, les régions et l’origine de l’eau utilisée.

À chaque épisode de sécheresse, le golf revient dans le débat sur l’usage de l’eau. Les images de fairways verts au milieu de paysages jaunis provoquent une question légitime : peut-on continuer à arroser des parcours lorsque particuliers, agriculteurs, industriels et collectivités sont appelés à réduire leur consommation ?

Le sujet se prête aux raccourcis. D’un côté, des chiffres spectaculaires décrivent parfois les golfs comme de très gros consommateurs. De l’autre, la filière répond en comparant ses prélèvements à ceux de l’agriculture, de l’industrie ou de la production d’énergie. Entre les deux, une question beaucoup plus intéressante reste souvent en arrière-plan : combien d’eau les golfs utilisent-ils réellement, quelle est l’origine de cette eau et jusqu’où cette consommation peut-elle être réduite ?

L’été 2026 a encore renforcé l’actualité du sujet. Début juillet, le ministère de la Transition écologique décrivait une sécheresse précoce et sévère, conséquence notamment d’un printemps relativement peu arrosé et des épisodes caniculaires de mai, juin et juillet. Les chiffres permettent aujourd’hui d’aller au-delà de la polémique.

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25 000 m³ par an pour neuf trous : ce que dit réellement la FFGolf

Le chiffre français de référence provient du Panorama du golf en France et gestion environnementale des parcours, publié en 2023 par la Fédération française de golf. Selon cette étude, la consommation moyenne annuelle s’établit à 25 000 m³ par tranche de neuf trous, soit environ 50 000 m³ pour un parcours de 18 trous. Près de 70 % des golfs français consomment moins que cette moyenne.

La géographie joue un rôle majeur. Le Panorama précise que les parcours dépassant la moyenne sont majoritairement situés dans le sud de la France et indique qu’ils sont souvent alimentés par des canaux. Températures, pluviométrie, nature du sol, graminées utilisées et durée de la saison d’arrosage rendent donc hasardeuse toute comparaison entre un parcours méditerranéen et un golf situé dans une région plus humide.

La même source estime qu’en 2021, l’eau utilisée par les golfs représentait 0,09 % de l’ensemble des prélèvements d’eau en France. Elle indique également une diminution de 14 % de la consommation moyenne entre 2006 et 2020.

Ces données proviennent toutefois de la FFGolf elle-même. Elles doivent donc être présentées pour ce qu’elles sont : les chiffres de référence publiés par la fédération représentant la filière, et non une comptabilité indépendante et exhaustive des prélèvements de chacun des parcours français. Le chiffre de 0,09 % permet de relativiser le poids du golf à l’échelle nationale. Il ne permet pas de déterminer si un prélèvement particulier est soutenable localement lorsque la ressource devient rare.

90 % des golfs n’utilisent pas d’eau potable, mais cela ne règle pas la question

Le Panorama 2023 indique également que 90 % des golfs français utilisent une eau impropre à la consommation humaine et que seulement 10 % recourent au réseau public. L’information mérite d’être correctement interprétée. Eau non potable ne signifie pas eau sans valeur environnementale. Une eau prélevée dans une nappe, une rivière ou un canal peut être impropre à la consommation humaine tout en constituant une ressource sous tension. À l’inverse, un mètre cube d’eau de pluie stockée pendant l’hiver ou provenant d’eaux usées retraitées n’exerce pas nécessairement la même pression sur la ressource qu’un mètre cube prélevé dans une nappe déficitaire au mois d’août.

Tous les mètres cubes ne se valent donc pas. Leur impact dépend autant de leur origine que du lieu et du moment où ils sont utilisés.

Entre 2020 et 2023, selon l’Agence européenne pour l’environnement, 33 % des prélèvements d’eau en Europe étaient liés au refroidissement pour la production d’énergie, 31 % à l’agriculture, 21 % à l’approvisionnement public et 14 % à l’industrie. Ces ordres de grandeur replacent le golf dans son contexte, mais ne permettent pas de conclure qu’un prélèvement local est acceptable simplement parce que d’autres activités consomment davantage.

Aux États-Unis, la consommation a diminué de 31 % depuis 2005

Les États-Unis disposent d’un suivi particulièrement intéressant parce que les mêmes indicateurs y sont mesurés depuis près de vingt ans. La dernière enquête du Golf Course Environmental Profile, publiée fin 2025 par la Golf Course Superintendents Association of America, repose sur les réponses d’environ 1 700 installations golfiques. Elle conclut qu’en 2024 les parcours américains ont utilisé 31 % d’eau en moins qu’en 2005. Leur consommation totale atteignait encore 1,63 million d’acre-feet, soit environ 2 milliards de mètres cubes.

Ce recul doit cependant être décomposé. Environ un tiers de la diminution s’explique par la réduction du nombre de parcours. Mais le volume d’eau appliqué par acre a lui-même diminué de 15 % depuis 2005. La baisse ne provient donc pas uniquement des fermetures. L’étude documente également l’origine de l’eau : 32 % proviennent de puits, 27 % de lacs et d’étangs et 19 % d’eau recyclée. Ces données américaines montrent surtout l’intérêt d’un suivi effectué sur une longue période. Mesurer la consommation totale est utile ; mesurer son évolution rapportée à la superficie entretenue l’est davantage encore.

En 2026, les règles françaises se sont considérablement précisées

Le Guide de mise en œuvre des mesures de restriction des usages de l’eau en période de sécheresse, édité en 2023 et amendé en juillet 2026 par le ministère de la Transition écologique, fixe un cadre national ensuite décliné localement par les arrêtés préfectoraux. En situation d’alerte, l’arrosage des golfs est interdit entre 8 h et 20 h et les volumes doivent être réduits de 15 à 30 %. En alerte renforcée, l’arrosage est interdit à l’exception des greens et des départs, avec une réduction d’au moins 60 % des volumes.

En situation de crise, seuls les greens peuvent encore être arrosés, entre 20 h et 8 h, dans la limite de 350 m³ par semaine et par tranche de neuf trous. La réduction doit atteindre au moins 80 % des volumes habituels, et cette possibilité disparaît en cas de pénurie d’eau potable. Une autre disposition est particulièrement intéressante : les volumes prélevés doivent être communiqués chaque semaine à l’administration, afin de permettre de vérifier le respect des objectifs de réduction. Cette obligation change en partie le débat sur la transparence. Pendant les périodes concernées, ces données sont donc relevées. Reste à savoir dans quelle mesure elles seront accessibles au public et permettront, à terme, de suivre la consommation parcours par parcours.

Saint-Cyprien : quand ne plus arroser les fairways devient la norme

Dans les Pyrénées-Orientales, la question de la raréfaction de l’eau s’est posée bien avant l’été 2026. Au Golf de Saint-Cyprien, les fairways n’étaient déjà plus arrosés depuis juillet 2022 lorsque la FFGolf consacra, au printemps 2023, un reportage à la situation du parcours.

À cette époque, les restrictions départementales imposaient une diminution de 60 % de la consommation habituelle. Le greenkeeper Julien Gaudin expliquait que le golf était allé au-delà de cette obligation en supprimant totalement l’arrosage des fairways et en le concentrant sur les greens et les départs. Cette contrainte avait aussi changé le regard porté sur une graminée longtemps combattue : le chiendent. Naturellement présent dans la région, beaucoup plus résistant à la chaleur et moins gourmand en eau, il était devenu suffisamment intéressant pour que Julien Gaudin explique : « Avant, on luttait contre lui. Alors que maintenant, c’est notre meilleur ami. »

L’exemple montre qu’une adaptation du golf au manque d’eau ne repose pas uniquement sur la technologie. Elle peut également modifier profondément l’agronomie et l’esthétique du parcours. Un fairway jaune n’est pas nécessairement un fairway mort. Et un parcours vert ne constitue pas davantage, à lui seul, la preuve d’une consommation excessive : pluviométrie, saison et nature des graminées peuvent transformer très rapidement son apparence.

Au Domaine du Gouverneur, la restriction devient presque permanente

L’été 2026 en a fourni une autre illustration dans une région pourtant très différente. Le Domaine du Gouverneur, dans l’Ain, accueillait en juillet le Championnat de France des Jeunes sur ses 45 trous. Son directeur, Germain Ruste, expliquait alors à la FFGolf : « On est en restriction quasiment toute l’année depuis cinq ans. » Le parcours dispose pourtant d’un système d’irrigation moderne permettant de cibler précisément les zones arrosées. Mais les forages dans la nappe phréatique ne sont plus utilisés et le domaine dépend désormais des précipitations pour constituer ses réserves.

À la fin juillet 2026, après avoir dû arroser dès le 15 mai à des niveaux habituellement rencontrés en août, ses stocks étaient déjà presque épuisés. Les priorités étaient les greens, leurs abords et les départs. Le cas du Gouverneur montre les limites d’une approche uniquement technologique. Une irrigation extrêmement précise permet de réduire les pertes ; elle ne crée pas d’eau lorsque la ressource manque. Il illustre aussi une évolution culturelle que les golfeurs devront probablement accepter : un parcours de qualité n’a pas besoin d’être uniformément vert.

Réduire la consommation commence sous terre

Les marges de progrès restent importantes. Une grande partie des économies potentielles dépend de la manière dont l’eau est distribuée : état des canalisations, performance et réglage des arroseurs, détection des fuites, stations météo, mesure de l’humidité des sols, connaissance de l’évapotranspiration et capacité à apporter la quantité d’eau nécessaire uniquement là où elle est nécessaire. Le document publié par Syngenta sur la durabilité hydrique du golf fournit plusieurs exemples : utilisation de capteurs d’humidité Spiio à Torrey Pines, recours à l’eau recyclée à Arabella Golf à Majorque ou stockage des précipitations hivernales à Castiglion del Bosco en Toscane.

Ces exemples sont intéressants mais doivent être replacés dans leur contexte : Syngenta est un fournisseur de l’industrie de l’entretien des gazons. Son document constitue donc une source d’études de cas, pas une évaluation indépendante des performances environnementales du golf. La réutilisation des eaux usées traitées constitue une autre piste. En juin 2023, Pascal Grizot indiquait que la FFGolf avait travaillé avec Veolia, Suez et deux cabinets d’études, Strane et Écofilae. Une pré-étude portant sur 145 golfs situés dans 19 départements avait permis d’identifier 62 parcours situés à moins de quatre kilomètres d’une station d’épuration disposant d’au moins 200 m³ d’eau par jour, conditions jugées favorables à une mise en place relativement facile de la REUT.

Cette solution nécessite néanmoins infrastructures, investissements et autorisations. Elle illustre surtout le changement de logique recherché : utiliser moins d’eau et, lorsque l’arrosage reste nécessaire, privilégier autant que possible des ressources exerçant moins de pression sur les réserves naturelles.

En Normandie, les économies commencent à être chiffrées

La Fédération française de golf et l’Agence de l’eau Seine-Normandie ont renouvelé en janvier 2026 leur partenariat « Eau, climat & biodiversité ». Le nouveau contrat couvre la période 2025-2030 et concerne 167 golfs. Selon les deux partenaires, le premier programme mené entre 2022 et 2024 a accompagné 18 structures à travers 34 dossiers de subvention représentant 4,5 millions d’euros d’aides. Les actions soutenues ont conduit, toujours selon leur bilan, à une économie annuelle de 147 000 m³ d’eau et à une réduction de 694 kg de produits phytosanitaires.

Le nouveau programme vise notamment la diminution des prélèvements, le développement de ressources alternatives, l’amélioration des réseaux, une meilleure gestion des eaux pluviales et la protection des milieux aquatiques. L’objectif annoncé est d’économiser 200 000 à 400 000 m³ supplémentaires d’ici 2030. Le Golf du Havre permet d’en mesurer concrètement les implications. Confronté aux limites de ses installations pendant la sécheresse de 2022, le parcours normand a engagé en août 2025 une modernisation importante de ses infrastructures.

Sa capacité de stockage doit passer de 800 à 3 000 m³. En janvier 2026, les travaux n’étant pas terminés, ses responsables précisaient qu’aucun résultat chiffré ne pouvait encore être mesuré. Les premiers effets étaient attendus à partir du mois de mai, avec à terme l’objectif de devenir aussi autonome que possible grâce aux précipitations. L’exemple montre ce que signifie concrètement la transition hydrique d’un golf : des travaux, des investissements et des résultats qui doivent ensuite être mesurés.

La critique du golf ne peut pas non plus être balayée

La faiblesse relative du golf dans les prélèvements nationaux ne fait pas disparaître les critiques. Lors de la sécheresse de 2022, France Nature Environnement estimait notamment que les efforts réalisés par la filière restaient insuffisants au regard de la diminution de la ressource renouvelable en eau. D’autres critiques avaient porté sur les possibilités de dérogation permettant de maintenir certains arrosages alors que des restrictions s’appliquaient à d’autres usages.

Un chiffre de 5 000 m³ par jour pour un golf avait notamment circulé dans le débat politique, repris à partir d’un ancien rapport sénatorial. La FFGolf l’avait vivement contesté, estimant qu’il ne représentait pas la consommation réelle d’un parcours moyen. Cette controverse illustre précisément la difficulté du sujet. Opposer un chiffre maximal ou ancien à une moyenne nationale ne permet pas de comprendre la consommation réelle d’un golf donné. La réponse la plus solide ne consiste donc ni à nier les critiques ni à reprendre les chiffres les plus spectaculaires, mais à publier davantage de données vérifiables.

Le greenwashing commence lorsque les chiffres s’arrêtent

Les golfs communiquent de plus en plus sur leur transition écologique : biodiversité, diminution des produits phytosanitaires, gestion différenciée des espaces, nouvelles graminées, récupération des eaux pluviales ou certifications environnementales. Toutes ces initiatives peuvent avoir un intérêt réel. Elles ne disent cependant pas nécessairement combien d’eau le parcours utilise.

Pour juger sérieusement de la sobriété hydrique d’un golf, cinq informations suffiraient déjà à considérablement améliorer la transparence : son volume annuel d’eau utilisé, l’origine de cette eau, la superficie réellement irriguée, l’évolution de la consommation par hectare sur plusieurs années et l’existence d’une vérification indépendante de ces données.

Depuis l’amendement du guide sécheresse en juillet 2026, les golfs soumis aux mesures de restriction doivent justement communiquer chaque semaine leurs prélèvements à l’administration. Une partie de l’information existe donc déjà. La question suivante est celle de son accessibilité.

Le golf ne gagnera pas la bataille de l’eau en expliquant que les autres en consomment davantage

Les données disponibles permettent finalement d’écarter deux caricatures. Le golf n’est pas l’un des principaux consommateurs d’eau de la France. Mais son faible poids dans les prélèvements nationaux ne signifie pas que tous les prélèvements effectués par tous les parcours sont soutenables. L’eau est une ressource territoriale. Un volume marginal à l’échelle nationale peut devenir sensible lorsqu’il est prélevé dans un bassin déficitaire, pendant une sécheresse et au moment où plusieurs usages entrent en concurrence.

Les données américaines montrent parallèlement qu’une baisse importante est possible : −31 % de consommation totale depuis 2005 et −15 % par acre. Les programmes français commencent eux aussi à produire des résultats quantifiés. Le véritable enjeu n’est donc plus de savoir si le golf consomme davantage ou moins que l’agriculture, l’industrie ou les data centers. Il est de savoir quelle eau chaque parcours utilise, à quel moment, dans quel territoire et ce qu’il entreprend réellement pour en utiliser moins.

Pendant des décennies, le vert uniforme a été associé à la qualité d’un parcours. Dans une France confrontée plus régulièrement au stress hydrique, le jaune pourrait parfois devenir la couleur d’une gestion plus rationnelle de l’eau. Et derrière les polémiques, c’est peut-être finalement le chiffre le plus intéressant à suivre dans les prochaines années : non pas seulement la quantité d’eau que les golfs utilisent aujourd’hui, mais celle qu’ils réussiront durablement à ne plus prélever demain.

Sources de l’article : Panorama FFGolf 2023, guide sécheresse 2026 du ministère, bilan GCSAA 2024 et partenariat FFGolf–Agence de l’eau Seine-Normandie.

Par Laurent Agostini

**Laurent Agostini** Journaliste spécialisé dans le golf depuis 2010, fondateur de MyGolfMedia et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au golf, dont *Penser avant de swinguer*. Il analyse l'actualité, les technologies, le matériel et les méthodes de progression avec une approche indépendante, fondée sur les faits, les données et les témoignages de professionnels.

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