Graphite Design Tour AD CQ, shaft de driver analysé par MyGolfMediaGraphite Design Tour AD CQ : au-delà de la fiche technique, c’est son interaction avec le joueur qui détermine réellement son comportement.

Un shaft possède cette particularité : presque tout ce que le golfeur veut savoir sur lui est écrit dessus, et presque rien de ce qui est écrit dessus ne permet de savoir s’il lui conviendra.

Le Graphite Design Tour AD CQ en fournit une bonne illustration. Lancé sous l’appellation « ConQuest », il appartient à cette famille de shafts premium dont les caractéristiques semblent, sur le papier, permettre de prévoir le comportement : plusieurs catégories de poids, différents flex, un profil de rigidité défini et une trajectoire annoncée plutôt haute.

Trois ans après son apparition, les essais disponibles racontent pourtant une histoire beaucoup plus intéressante. Deux joueurs peuvent utiliser ce même shaft et observer des trajectoires, des sensations et même des tendances de dispersion différentes.

Ce n’est pas une anomalie.

C’est précisément ce qu’il faut comprendre avant de choisir un shaft.

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Ce que Graphite Design a réellement conçu

Le Tour AD CQ a été proposé dans une plage particulièrement large, de 40 à 80 grammes, avec des flex allant, selon les catégories de poids, du R2/Lite jusqu’au TX.

Graphite Design caractérise son profil par une section haute ferme, une partie médiane également ferme et une pointe qualifiée de « Medium+ ». Le CQ se distingue donc moins par l’idée d’une pointe extrêmement rigide que par la répartition de sa rigidité sur l’ensemble du shaft.

C’est important, car réduire un shaft à la lettre imprimée près du grip — Regular, Stiff ou X — masque une grande partie du problème. Un « Stiff » n’est pas une unité physique universelle. Cette appellation situe avant tout un modèle à l’intérieur de la gamme du fabricant. Elle ne garantit pas qu’un Stiff d’une famille se comporte comme celui d’une autre.

Le poids, le profil de rigidité, le torque, le point d’équilibre et la longueur montée participent également au comportement de l’ensemble.

Et surtout, le shaft ne frappe jamais la balle tout seul.

« Mid-high launch » ne signifie pas que votre balle partira haut

C’est probablement le premier piège à éviter lorsque l’on compare des shafts.

Un fabricant peut positionner un modèle dans une fenêtre de lancement ou de spin. Cela décrit une intention de conception et une tendance, pas le résultat garanti du prochain joueur qui le montera sur son driver.

Le shaft n’impose pas mécaniquement un angle de lancement à la balle.

Il interagit avec le joueur.

Sa masse et son profil peuvent modifier la manière dont celui-ci perçoit le club, accélère, transitionne entre backswing et downswing, délivre la tête, présente la face et surtout retrouve — ou non — le centre de la face.

C’est ensuite cette combinaison qui produit les conditions d’impact.

Voilà pourquoi deux essais indépendants du Tour AD CQ peuvent aboutir à des observations différentes sans que l’un des deux soit nécessairement faux.

Premier essai : 104 mph, 15° de lancement et 2 695 rpm

En mars 2023, Driving Range Heroes a testé le Tour AD CQ et publié plusieurs données issues de son essai.

Avec une vitesse de tête de 104 mph, le testeur a obtenu :

  • 148 mph de vitesse de balle ;
  • 15° de lancement ;
  • 2 695 rpm de spin ;
  • 240 yards de carry ;
  • 260 yards de distance totale.

Ces chiffres sont intéressants. Mais ils ne constituent pas les « performances du CQ ».

Ils sont les performances d’un joueur, avec un montage donné, à un moment donné.

L’expérience devient d’ailleurs beaucoup plus instructive lorsque le testeur intervient avec son fitter. Après avoir cherché à réduire son lancement et modifié le réglage de l’ensemble, il indique avoir gagné huit yards par rapport à son shaft habituel, notamment grâce à une meilleure gestion de l’angle d’atterrissage.

Autrement dit, le CQ n’a pas soudainement changé de propriétés.

Le système joueur-club a été mieux réglé.

Deux ans plus tard, un autre joueur ne devrait théoriquement pas l’aimer

Un second essai indépendant publié par Plugged In Golf aboutit à une conclusion encore plus révélatrice.

Matt Saternus considère que, d’après les caractéristiques annoncées, le CQ ne correspond pas au type de shaft qu’il choisirait spontanément. Il recherche habituellement d’autres fenêtres de lancement et de spin.

Pourtant, son expérience réelle est très positive.

Il décrit un shaft extrêmement régulier, capable de supporter ses accélérations agressives et produisant chez lui un draw prévisible avec une trajectoire plutôt mi-haute. Ses coups décentrés conservent également une dispersion qu’il juge exploitable.

Son principal bémol concerne le spin, susceptible d’augmenter sur certains impacts imparfaits ou lorsqu’il cherche à produire un fade.

La conclusion dépasse largement le cas du CQ : un fitting sur fiche technique n’est pas un fitting.

Deux essais, deux joueurs, et aucune contradiction

On pourrait chercher à déterminer lequel des deux tests décrit le mieux le Tour AD CQ.

Ce serait probablement poser la mauvaise question.

Le premier joueur produit 104 mph de vitesse de tête et obtient 15° de lancement et 2 695 rpm. Il améliore ensuite son résultat en modifiant son réglage avec son fitter.

Le second estime que les caractéristiques théoriques du shaft correspondent mal à ses préférences, mais découvre sur le terrain une dispersion suffisamment prévisible pour envisager le CQ comme une véritable alternative à son shaft habituel.

Dans les deux cas, le résultat dépend de l’interaction entre le joueur, le shaft, la tête et les réglages.

C’est précisément pourquoi une vitesse de swing ne devrait jamais suffire à prescrire un shaft.

Deux joueurs à 100 mph peuvent avoir un tempo différent, une transition différente, charger différemment le club et présenter à l’impact des orientations de face et des lofts dynamiques différents.

Le CQ peut donc fonctionner pour l’un et beaucoup moins bien pour l’autre.

Alors, à quoi sert réellement le shaft ?

Pas à créer de l’énergie.

La vitesse de la tête de club provient du joueur. Un shaft ne contient pas une réserve de kilomètres/heure que le fabricant pourrait libérer grâce à quelques couches de carbone supplémentaires.

Son intérêt potentiel se situe ailleurs.

Un shaft dont la masse et le profil conviennent au joueur peut favoriser une meilleure organisation du mouvement. Le joueur peut mieux percevoir la position de la tête, trouver plus facilement son tempo ou reproduire plus régulièrement sa délivrance du club.

Et quelques millimètres peuvent alors devenir beaucoup plus importants que quelques grammes.

Un impact plus proche du centre de la face peut améliorer la vitesse de balle. Une orientation de face plus répétable peut réduire la dispersion. Un loft dynamique plus stable peut resserrer les fenêtres de lancement et de spin.

Le shaft n’a pas directement « corrigé » le swing.

Il a éventuellement permis au joueur de mieux utiliser son driver.

Cette distinction change profondément la manière de tester un shaft.

Le Tour AD CQ mérite-t-il d’entrer dans votre fitting ?

C’est une formulation volontaire.

Nous ne dirons pas que le CQ est « destiné aux joueurs entre 95 et 105 mph », ou qu’il convient automatiquement à tel type d’index.

Les essais disponibles ne permettent pas de soutenir sérieusement une prescription aussi précise.

En revanche, le CQ peut mériter d’être comparé à votre shaft actuel si vous recherchez un profil Tour AD qui conserve une certaine activité dans la partie basse sans aller vers la philosophie nettement plus ferme en pointe d’un Tour AD VF, par exemple. Le VF est positionné et testé comme un modèle de lancement et spin plus bas, destiné à accepter des transitions particulièrement agressives.

Le CQ devient alors une hypothèse de fitting.

Pas une solution.

Et la différence est fondamentale.

Ce qu’il faut mesurer plutôt que demander si le CQ est « meilleur »

Si vous essayez ce shaft, commencer par comparer les distances moyennes serait une erreur.

Regardez d’abord vos impacts sur la face.

Est-ce que leur dispersion verticale et horizontale diminue ? Le point d’impact moyen se rapproche-t-il du centre ? Les mauvais impacts deviennent-ils moins fréquents ?

Regardez ensuite la dispersion.

Pas uniquement le meilleur drive. Observez le nuage complet des balles. Un shaft qui produit une balle exceptionnelle sur dix et neuf résultats médiocres est rarement une amélioration.

Enfin, observez la répétabilité des conditions de lancement : loft dynamique, angle de lancement, spin et orientation de la face lorsque ces données sont disponibles.

Ce n’est qu’ensuite que la vitesse de balle, le carry et la distance totale prennent tout leur sens.

Le meilleur shaft n’est pas nécessairement celui qui produit votre drive le plus long.

C’est celui qui permet au système joueur + club de produire plus souvent un résultat exploitable.

Et si votre shaft actuel fait déjà cela ?

Gardez-le.

C’est probablement le conseil le moins spectaculaire que puisse donner un média consacré au matériel.

C’est aussi l’un des plus utiles.

Le Tour AD CQ appartient à une famille premium et ses matériaux, sa construction et son large éventail de poids permettent au fitter de disposer de nombreuses possibilités. Cela ne signifie pas qu’il améliorera automatiquement votre driver.

Si votre shaft actuel vous permet de centrer régulièrement la balle, de contrôler votre face et de reproduire des conditions de lancement satisfaisantes, remplacer celui-ci par un modèle plus récent, plus cher ou techniquement plus sophistiqué n’a aucune raison de constituer automatiquement un progrès.

Le prix d’un shaft ne mesure pas sa compatibilité avec votre swing.

Le CQ rappelle pourquoi les shafts sont si difficiles à acheter

L’industrie du golf aime les classifications simples.

Regular ou Stiff.
Low spin ou mid spin.
Low launch ou high launch.
Swing rapide ou swing lent.

Elles sont pratiques pour présenter une gamme.

Elles le sont beaucoup moins pour prédire le comportement d’un être humain.

Le Tour AD CQ illustre parfaitement cette limite. Sur le papier, ses caractéristiques permettent de comprendre ce que Graphite Design a voulu construire et de le situer par rapport aux autres profils de la marque. Elles permettent de décider s’il mérite éventuellement une place parmi les shafts à essayer.

Elles ne permettent pas de savoir ce qu’il fera dans votre driver.

Pour cela, il faut monter le shaft, frapper des balles et mesurer.

Puis comparer.

Parce qu’au bout du compte, la bonne question n’est pas : « Le Graphite Design Tour AD CQ est-il un bon shaft ? »

La bonne question est beaucoup plus personnelle :

« Est-ce qu’avec ce shaft, je frappe plus souvent la balle comme je veux la frapper ? »

Bannière du livre Penser avant de swinguer, tome 1, de Laurent Agostini, consacré à la compréhension du corps et aux meilleures décisions sur le parcours.

Par Laurent Agostini

**Laurent Agostini** Journaliste spécialisé dans le golf depuis 2010, fondateur de MyGolfMedia et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au golf, dont *Penser avant de swinguer*. Il analyse l'actualité, les technologies, le matériel et les méthodes de progression avec une approche indépendante, fondée sur les faits, les données et les témoignages de professionnels.

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