Faillite de LIV Golf sous Chapter 11 après plus de 5 milliards de dollars investisAprès plus de 5 milliards de dollars investis par le fonds souverain saoudien PIF, LIV Golf s’est placé sous la protection du Chapter 11 aux États-Unis. Une restructuration qui révèle les fragilités économiques du circuit lancé en 2022.

Le 8 septembre 2026 restera peut-être comme la date à laquelle LIV Golf aura, pour la première fois depuis sa création, dévoilé davantage que ses ambitions. Pendant quatre ans, la ligue dissidente financée par le Public Investment Fund (PIF) d’Arabie saoudite a communiqué sur ses joueurs, ses millions, ses équipes, ses ambitions internationales et sa volonté de transformer durablement le golf professionnel. Les chiffres les plus spectaculaires concernaient presque toujours les dépenses : contrats de joueurs, prize money, recrutement de champions majeurs, organisation de tournois aux quatre coins du monde.

Cette fois, les chiffres racontent autre chose.

LIV Golf s’est placé le 8 septembre sous la protection du Chapter 11 de la loi américaine sur les faillites devant le tribunal fédéral du New Jersey. Ce n’est pas une liquidation : la procédure doit permettre à l’entreprise de poursuivre son activité tout en restructurant ses dettes. Mais il serait tout aussi trompeur de réduire l’événement à une banale opération financière. Car les documents déposés devant la justice américaine permettent de mesurer l’ampleur du déséquilibre accumulé. LIV estime ses actifs entre 100 et 500 millions de dollars. Ses dettes sont évaluées entre 500 millions et un milliard. Plus embarrassant encore : certains des joueurs autour desquels la ligue a construit son produit sont désormais ses créanciers.

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Jon Rahm apparaît ainsi avec une créance non garantie d’environ 7,5 millions de dollars. Bryson DeChambeau attend environ 5,7 millions, Dustin Johnson 5,5 millions, Cameron Smith 4,8 millions et Tyrrell Hatton 3,4 millions. Même Brooks Koepka, retourné sur le PGA Tour en janvier, figure encore parmi les créanciers pour environ 1,7 million de dollars. Au total, les créances concernant seulement 14 joueurs actuels ou anciens figurant parmi les trente principaux créanciers dépassent 45 millions de dollars.

Et il ne s’agirait que des sommes dues au titre du troisième trimestre 2026, pas de la totalité des engagements contractuels restant théoriquement à honorer. La nuance est considérable. Après avoir utilisé l’argent comme principal instrument de recrutement, LIV se retrouve donc dans une situation presque paradoxale : ceux qu’il avait payés pour bâtir sa crédibilité sportive doivent désormais passer par une procédure judiciaire pour récupérer une partie de ce que la ligue leur doit.

Cinq milliards de dollars pour construire quoi ?

Pour comprendre l’importance de cette faillite, il faut revenir au péché originel économique de LIV Golf. Depuis le lancement du circuit en 2022, plus de 5 milliards de dollars auraient été investis par le PIF. Cette somme doit être maniée avec prudence : elle recouvre plusieurs années de financement et différents types de dépenses. Mais elle donne une idée de l’échelle du projet.

Cinq milliards. À ce niveau, LIV Golf n’était pas une start-up sportive cherchant progressivement son marché. C’était une tentative de fabriquer immédiatement, à coups de capitaux, un nouvel acteur majeur du sport mondial. La stratégie était compréhensible. Pour concurrencer le PGA Tour, LIV ne pouvait pas attendre vingt ans que de jeunes joueurs deviennent des stars. Il fallait acheter immédiatement de la notoriété. Phil Mickelson, Dustin Johnson, Brooks Koepka, Bryson DeChambeau, Cameron Smith puis Jon Rahm ont ainsi constitué autant d’acquisitions de parts de marché sportives. Le problème est qu’une entreprise peut acheter des talents. Elle peut acheter du spectacle. Elle peut acheter des droits d’organisation, des parcours, des campagnes publicitaires et même, pendant quelque temps, l’attention du public.

Elle ne peut pas acheter indéfiniment un modèle économique. C’est précisément ce que le retrait du PIF est venu révéler. En avril 2026, le fonds souverain saoudien a annoncé que le niveau d’investissement nécessaire sur une période plus longue n’était plus compatible avec sa stratégie. Cette phrase mérite d’être relue froidement.

Le principal actionnaire de LIV n’affirmait pas que le golf professionnel n’avait plus d’intérêt. Le PIF précisait au contraire vouloir poursuivre ses investissements dans le sport. Il constatait que la quantité de capitaux qu’il faudrait continuer à injecter dans LIV ne correspondait plus à ses priorités. Autrement dit : après plusieurs milliards de dollars, le projet avait encore besoin d’être massivement financé. C’est probablement le chiffre le plus important de toute cette histoire.

Quand le mécène arrête de payer, l’entreprise apparaît

Pendant plusieurs années, analyser la rentabilité de LIV Golf avait quelque chose d’artificiel. L’organisation disposait d’un actionnaire dont les ressources financières étaient sans commune mesure avec les revenus propres de la ligue. Une perte de plusieurs centaines de millions de dollars n’avait donc pas nécessairement les mêmes conséquences que pour une entreprise traditionnelle. Tant que le PIF acceptait de combler le déficit, LIV pouvait continuer.

Puis le robinet s’est fermé. Et quelques mois ont suffi. Les documents de faillite montrent que LIV est arrivé sous Chapter 11 avec environ 15 millions de dollars de liquidités. Une audience devant le tribunal a par ailleurs révélé que le PIF était créancier garanti d’environ 495 millions de dollars.

Pour permettre à l’entreprise de fonctionner pendant la procédure, le même PIF consent désormais un financement DIP — debtor in possession — de 49,6 millions de dollars. Le symbole est remarquable. Le fonds qui ne souhaite plus financer durablement LIV doit encore lui prêter près de 50 millions de dollars pour permettre l’organisation ordonnée de sa restructuration. Le Chapter 11 n’est donc pas la disparition immédiate de LIV. Mais c’est bien la disparition du modèle économique qui avait permis à LIV d’exister jusque-là.

Le problème que LIV n’a jamais véritablement résolu : ses revenus

Une compétition sportive professionnelle repose normalement sur quelques grandes sources de revenus : droits audiovisuels, sponsoring, billetterie et hospitalité, licences et merchandising, auxquels peuvent s’ajouter les revenus commerciaux des équipes. LIV avait une autre ambition : transformer ses franchises en actifs autonomes susceptibles de prendre de la valeur, à l’image de certaines ligues américaines. Sur le papier, l’idée était séduisante.

Encore fallait-il que ces équipes disposent d’une identité suffisamment forte pour créer une communauté, attirer durablement des sponsors et éventuellement intéresser des investisseurs. Les documents révélés dans le cadre de la faillite permettent aujourd’hui de mieux mesurer la difficulté.

Selon Golf Monthly, LIV aurait généré environ 102 millions de dollars de revenus en 2025. Près de la moitié provenait du sponsoring, avec une présence importante d’entreprises saoudiennes. Plus étonnant encore pour une compétition sportive censée devenir un produit audiovisuel mondial : les droits télévisés n’auraient représenté qu’environ 5 % des recettes. C’est probablement l’un des indicateurs les plus sévères concernant LIV 1.0.

Car les droits médias constituent habituellement l’un des principaux moteurs économiques du sport professionnel premium. LIV a réussi à acheter des champions que les télévisions voulaient montrer. Il n’a pas réussi, dans les mêmes proportions, à transformer leur présence en droits audiovisuels suffisamment rémunérateurs.

Même en prenant 102 millions de dollars comme référence annuelle — et sans prétendre que ce chiffre résume à lui seul l’ensemble de l’économie de LIV — il suffit de le comparer aux plus de 5 milliards injectés depuis le lancement pour comprendre l’écart entre l’investissement et la capacité du produit à générer ses propres ressources. Le problème n’était donc pas seulement le niveau des dépenses. C’était le rapport entre ces dépenses et les revenus qu’elles permettaient de créer.

Les joueurs : actifs hier, créanciers aujourd’hui

Le retournement le plus spectaculaire concerne les golfeurs. LIV avait bâti son offensive initiale sur une proposition quasiment impossible à reproduire par ses concurrents : supprimer une grande partie du risque économique inhérent au métier de joueur professionnel. Des garanties considérables étaient proposées aux stars pour quitter le PGA Tour. Ce mécanisme avait une logique.

Sans champions, pas d’audience. Sans audience, pas de diffuseurs. Sans diffuseurs, pas de sponsors. Et sans tout cela, aucune chance de construire des franchises valorisables. Les joueurs étaient donc le capital initial du projet. Quatre ans plus tard, ils en sont également devenus les créanciers. Et le futur investisseur potentiel va leur demander quelque chose de radicalement différent.

BC Partners travaille à une recapitalisation qui pourrait atteindre environ 300 millions de dollars. Selon les documents de restructuration analysés par plusieurs spécialistes financiers, les joueurs pourraient détenir 52,5 % du capital du nouveau LIV, BC Partners et ses co-investisseurs environ 45 %, et le management 2,5 %. On passerait ainsi d’un système dans lequel un fonds souverain supportait l’essentiel du risque financier à un modèle dans lequel les joueurs seraient directement intéressés à la valeur créée par l’entreprise.

C’est probablement beaucoup plus rationnel économiquement. Mais c’est aussi reconnaître implicitement que le premier modèle ne l’était pas.

Le piège de LIV 2.0 : convaincre ceux à qui LIV doit déjà de l’argent

Une clause révélée dans les documents judiciaires résume presque à elle seule la fragilité du projet. Le financement envisagé par BC Partners serait conditionné à l’engagement d’une proportion suffisante de joueurs dans LIV 2.0. Il faudrait notamment qu’au moins 50 % des joueurs disposant de créances acceptent de rejoindre la nouvelle organisation et que ces joueurs représentent environ les deux tiers du montant total des créances concernées. LIV disposerait de seulement 35 jours après le dépôt de bilan pour parvenir à réunir ces engagements. Le calendrier mènerait autour du 13 octobre. Voilà donc la véritable compétition de LIV cet automne.

Elle ne se jouera pas sur un parcours. Pour que LIV 2.0 existe, la ligue doit convaincre une partie importante de ses stars de recommencer l’aventure alors même que LIV 1.0 leur doit encore de l’argent. Pour Jon Rahm, Bryson DeChambeau, Dustin Johnson ou Cameron Smith, l’équation devient très différente de celle de 2022. Ils ne négocient plus avec une organisation disposant virtuellement de ressources illimitées. Ils doivent désormais évaluer la valeur d’actions dans une entreprise restructurée, ses perspectives de revenus, la solidité de ses investisseurs et les alternatives dont ils disposent ailleurs.

Cette fois, le risque change de camp.

Pourquoi les contrats précédents pourraient disparaître

Le Chapter 11 offre justement à LIV un instrument essentiel pour repartir. La ligue cherche à mettre fin aux contrats existants afin de négocier de nouveaux accords compatibles avec sa future économie. C’est capital. Car une restructuration qui conserverait l’ensemble des engagements financiers de LIV 1.0 risquerait simplement de reproduire les causes de son échec.

Pour devenir viable, LIV 2.0 doit réduire ses coûts. Cela devrait notamment concerner les prize money. La nouvelle ligue envisagerait des dotations inférieures à celles de certains grands rendez-vous du PGA Tour, tout en restant supérieures à celles généralement proposées sur le DP World Tour. Le terrain de jeu change donc complètement. Pendant quatre ans, LIV avait essayé de convaincre les meilleurs joueurs du monde qu’il pouvait les payer davantage que le marché. Désormais, il devra leur expliquer pourquoi ils devraient accepter éventuellement moins de cash en échange d’une part du capital.

C’est une transformation fondamentale de la proposition de valeur.

75 joueurs, un cut et des qualifications : LIV revient vers le golf qu’il voulait remplacer

La transformation ne sera pas seulement financière. LIV 2.0 envisage un champ de 75 joueurs, contre un format historiquement beaucoup plus fermé. Un cut ferait son apparition. Des qualifications seraient organisées. Les équipes seraient davantage construites autour d’identités nationales. Pris séparément, chacun de ces changements peut être défendu.

Ensemble, ils racontent pourtant quelque chose.

Le LIV originel s’était construit en rupture avec plusieurs codes du golf professionnel traditionnel : champ réduit, absence de cut, sécurité financière, compétition par équipes, événements plus courts. Sa nouvelle version envisage de réintroduire plusieurs mécanismes du modèle qu’il voulait bouleverser. Ce n’est pas nécessairement une capitulation sportive. Cela peut aussi être l’apprentissage normal d’une organisation découvrant ce dont une compétition a besoin pour conserver de l’enjeu. Mais après cinq milliards de dollars, l’expérience aura été particulièrement coûteuse.

Le PGA Tour a-t-il gagné ? Pas complètement

Il serait néanmoins trop facile d’écrire que LIV a perdu et que le PGA Tour a gagné. L’histoire est plus compliquée. LIV a profondément modifié l’économie du golf professionnel. Face à la menace de départ de ses meilleurs joueurs, le PGA Tour a considérablement augmenté les dotations de plusieurs tournois, créé ses Signature Events et revu la manière dont ses stars étaient rémunérées. Les joueurs restés fidèles au circuit américain ont donc eux-mêmes bénéficié indirectement de l’argent saoudien.

LIV a également obligé le PGA Tour à s’interroger sur un modèle qui avait longtemps reposé sur l’idée que les joueurs étaient des travailleurs indépendants assumant seuls une grande partie du risque économique. Même si LIV 1.0 disparaissait totalement demain, le golf professionnel de 2026 ne redeviendrait pas celui de 2021. Sur ce point, LIV a déjà gagné une bataille. Il n’a simplement pas démontré qu’il pouvait gagner celle de sa propre rentabilité.

Ce que la faillite dit aussi du fantasme des franchises

Il reste une autre promesse à tester : celle des équipes. Depuis ses débuts, LIV présente notamment Crushers GC, Legion XIII, Majesticks GC ou Torque GC comme de futures franchises sportives mondiales. L’objectif était clair : ne plus dépendre uniquement de l’identité individuelle des joueurs mais créer des marques disposant de leur propre valeur.

Or une franchise sportive vaut parce qu’elle possède un ensemble difficilement reproductible : une communauté, une histoire, une audience, des revenus récurrents, des droits médias, une rareté et souvent un ancrage géographique. LIV a tenté de fabriquer cette valeur à une vitesse inédite. Le projet de BC Partners montre que la démonstration reste inachevée. Un détail des documents de restructuration est particulièrement révélateur : BC Partners disposerait d’une option permettant d’acquérir une future équipe d’expansion pour… un dollar, avec parallèlement un intéressement à certains revenus futurs une fois la rentabilité atteinte.

Un dollar n’est évidemment pas une estimation de la valeur économique d’une équipe existante. Mais cette clause rappelle combien la valeur théorique des franchises LIV reste dépendante de la réussite future de la ligue elle-même. Une franchise ne vaut pas des centaines de millions parce qu’un PowerPoint affirme qu’elle les vaudra un jour. Elle vaut ce que son marché, ses revenus et des investisseurs indépendants acceptent réellement de payer.

Le chiffre qui résume peut-être tout : 15 millions de dollars

Au milieu des milliards annoncés depuis quatre ans, un chiffre presque insignifiant résume finalement l’histoire de LIV Golf 1.0. Quinze millions de dollars. C’est approximativement la trésorerie dont disposait encore l’entreprise lorsqu’elle s’est placée sous Chapter 11. Une organisation ayant bénéficié de plus de 5 milliards de dollars de soutien s’est donc retrouvée, après le retrait de son financeur, avec une réserve de cash correspondant à quelques mois — voire quelques semaines — de son train de vie historique.

Elle ne comptait par ailleurs plus que 41 salariés à temps plein après les importantes réductions d’effectifs intervenues durant l’été. Ce n’est pas seulement une crise de liquidité. C’est le résultat d’une entreprise dont l’économie dépendait structurellement de la volonté d’un actionnaire de continuer à absorber ses pertes.

LIV Golf n’est peut-être pas mort. LIV 1.0, si

C’est finalement la distinction essentielle. LIV Golf n’est pas juridiquement liquidé. Le Chapter 11 a précisément pour fonction de permettre la survie d’entreprises capables de restructurer leur dette et leur modèle économique. BC Partners peut effectivement apporter de nouveaux capitaux. Les joueurs peuvent accepter de devenir actionnaires. Une compétition de 75 joueurs peut voir le jour en 2027.

LIV 2.0 pourrait même devenir une entreprise plus cohérente que LIV 1.0. Mais si cela arrive, ce sera précisément parce qu’elle aura abandonné une partie des principes économiques sur lesquels la première version avait été construite. Moins de garanties extravagantes. Des prize money plus raisonnables. Davantage de joueurs. Un cut. Des qualifications. Des joueurs actionnaires. Des investisseurs privés exigeant une perspective de rentabilité. En somme, davantage de contraintes économiques réelles. C’est peut-être là que se trouve la véritable conclusion de quatre années de guerre dans le golf professionnel.

L’argent du PIF a démontré qu’il était possible de perturber presque instantanément un sport installé depuis des décennies. Il a permis de recruter des champions majeurs, de contraindre le PGA Tour à augmenter massivement ses rémunérations et de redistribuer les rapports de force entre organisateurs et joueurs. Mais cinq milliards de dollars n’ont pas suffi à résoudre le problème le plus banal de toute entreprise : transformer une dépense en revenu, une audience en clients et une compétition en activité économiquement durable.

Pendant quatre ans, LIV Golf a essayé de prouver qu’avec suffisamment d’argent, il était possible de réinventer le golf professionnel. Sa faillite vient rappeler une règle beaucoup moins spectaculaire. Même avec cinq milliards de dollars, il faut un jour trouver quelqu’un d’autre que son propriétaire pour payer la facture.

Architecture de croissance – Laurent Agostini – sortie du livre le 17 septembre 2026

Par Laurent Agostini

**Laurent Agostini** Journaliste spécialisé dans le golf depuis 2010, fondateur de MyGolfMedia et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au golf, dont *Penser avant de swinguer*. Il analyse l'actualité, les technologies, le matériel et les méthodes de progression avec une approche indépendante, fondée sur les faits, les données et les témoignages de professionnels.

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