Matt Fitzpatrick a remporté le FedEx Open de France 2026 à -20, trois coups devant Ángel Hidalgo. Mais le chiffre qui raconte le mieux sa victoire n’est peut-être pas son score : selon le décompte de Golf Monthly, l’Anglais a réussi 22 de ses 23 tentatives d’up-and-down. Sur un Albatros capable de sanctionner brutalement les greens manqués et les coups imprécis, Fitzpatrick a construit sa victoire autant par sa capacité à sauver ses pars que par celle à accumuler les birdies.
65, 64, 65 et 70 suffisent à établir la supériorité de Matt Fitzpatrick pendant quatre jours, mais pas vraiment à l’expliquer. Pour comprendre pourquoi personne n’est parvenu à le rejoindre, il faut plutôt observer ce qui s’est produit lorsque son jeu n’était pas parfait. Fitzpatrick n’a évidemment pas touché tous les fairways ni tous les greens pendant 72 trous. En revanche, il a été extraordinairement difficile à faire reculer.

Deux bogeys en 72 trous sur l’Albatros
Un autre chiffre résume la maîtrise de l’Anglais : Fitzpatrick n’a concédé que deux bogeys pendant toute la semaine. Le premier n’est arrivé que samedi, au 8, alors qu’il a compensé ce coup perdu par sept birdies pour signer 65. Après 54 trous, ses cartes de 65, 64 et 65 l’avaient porté à -19 et lui donnaient cinq coups d’avance sur Tom Vaillant.
Ce -19 possédait également une dimension historique : Fitzpatrick égalait le record du score le plus bas par rapport au par après 54 trous à l’Open de France, établi par Seve Ballesteros en 1985. Les époques sont difficilement comparables, mais la référence situe le niveau atteint par l’Anglais avant même le dernier tour.
Son deuxième bogey n’arrivera qu’au 72e et dernier trou, dimanche. Entre les deux, Fitzpatrick a multiplié les sauvetages, au point que Golf Monthly a comptabilisé 22 up-and-downs réussis sur 23 tentatives. Les deux statistiques ne mesurent pas exactement la même chose, mais mises côte à côte, elles montrent combien il a été difficile pour ses poursuivants de lui reprendre des coups.
Le 18 vendredi résume presque toute sa semaine
Une séquence du deuxième tour permet de comprendre ce que cela signifie concrètement. Fitzpatrick arrive au 18 sans aucun bogey sur sa carte. Sur son deuxième coup, il glisse pendant le swing et expédie sa balle derrière et à gauche du green. Sur le trou emblématique du Golf National, avec l’eau qui défend le green, cette erreur aurait pu brutalement modifier une journée jusque-là remarquable.
Elle ne le fait pas. Fitzpatrick réussit son approche, se laisse un putt d’environ 1,20 mètre et sauve son par. Il signe ainsi un 64 sans bogey et prend seul la tête à -13. Le coup raté existe ; sur la carte, il ne laisse aucune trace.
C’est probablement l’image qui résume le mieux sa semaine.
Dimanche, douze pars deviennent une arme
Le scénario devient encore plus intéressant dimanche parce que Fitzpatrick ne joue pas particulièrement bien au début de son dernier tour. Il possède cinq coups d’avance au départ, mais Eugenio Chacarra attaque immédiatement dans la partie précédente, qu’il partage avec Ángel Hidalgo et Kristoffer Reitan. L’Espagnol réussit trois birdies lors de ses quatre premiers trous, puis un autre au 6. L’avance de Fitzpatrick, qui semblait considérable au départ, tombe finalement à deux coups.
Pendant ce temps, l’Anglais ne réussit aucun birdie. Mais il ne concède aucun bogey non plus : douze trous, douze pars. Après sa victoire, il expliquera avoir passé ces douze premiers trous à lutter, plusieurs fois hors de position, et avoir dû s’appuyer sur son scrambling pour conserver ses pars.
Au 13, le Golf National présente l’addition à Chacarra
Presque simultanément, la tentative de retour de Chacarra bascule. Dans la partie précédente, l’Espagnol s’égare au départ du 13 et doit effectuer un drop. Son troisième coup trouve ensuite l’eau. Depuis la zone de drop, il manque de très peu son cinquième coup et doit finalement se contenter d’un double bogey. Le joueur revenu à deux longueurs du leader retombe à -15.
Fitzpatrick joue ensuite le même trou et réussit son premier birdie de la journée. Il ne faut évidemment pas transformer ce seul trou en comparaison générale entre les styles des deux joueurs. Il montre en revanche parfaitement avec quelle rapidité l’Albatros peut transformer une mise en jeu imprécise en deux coups perdus.
Au 14, Fitzpatrick recommence
Le trou suivant apporte une dernière illustration. Fitzpatrick expédie sa mise en jeu dans le rough épais du par 5 et ne peut avancer son deuxième coup que d’environ 110 mètres (120 yards). Son troisième manque ensuite le green à droite. Ses partenaires, Brandon Stone et Tom Vaillant, ont tous les deux trouvé le green en deux et disposent d’occasions d’eagle. Vaillant convertit la sienne. Fitzpatrick, lui, doit encore se battre pour conserver son par.
Il y parvient grâce à un nouvel up-and-down. Au 15, il change enfin de registre et réussit son deuxième birdie de la journée. Son avance remonte à cinq coups et ferme pratiquement la porte à ses poursuivants. Le bogey concédé au 18, son deuxième seulement en quatre jours, ne change plus rien : 70 pour terminer, -20 au total et trois coups d’avance sur Hidalgo. Chacarra, Reitan, Matthieu Pavon et Vaillant terminent cinq coups derrière, à -15.
Ce que l’amateur peut réellement retenir de cette victoire
La leçon serait mal comprise si elle consistait à conseiller aux amateurs de jouer défensivement. Fitzpatrick termine à vingt coups sous le par. Ses trois premières cartes de 65, 64 et 65 montrent au contraire combien il a su créer et convertir des occasions. Pour gagner ainsi, sauver des pars ne suffit évidemment pas.
Mais les golfeurs amateurs ont tendance à mesurer leur partie à travers leurs meilleurs coups : le drive parfait, le fer planté près du drapeau ou le long putt qui tombe. Cette victoire invite à observer l’autre moitié du problème : que se passe-t-il après le coup imparfait ? Un green manqué peut encore produire un par. Une mise en jeu égarée peut parfois être récupérée. Et sur un parcours qui accumule eau, rough, bunkers et greens exigeants, empêcher un mauvais coup d’en entraîner immédiatement un deuxième ou un troisième devient une compétence essentielle.
C’est exactement ce que montre son dimanche : une bonne carte ne se construit pas uniquement lorsque le swing fonctionne parfaitement. Elle se construit aussi pendant les périodes où il fonctionne moins bien.
Cette victoire est la onzième de la carrière de Fitzpatrick sur le DP World Tour et sa première à l’Open de France. Elle constitue également son quatrième succès mondial de 2026, après le Valspar Championship et le RBC Heritage en individuel, ainsi que le Zurich Classic remporté en équipe avec son frère Alex.
Mais pour comprendre comment il a gagné au Golf National, un autre chiffre mérite davantage d’être retenu :
22 up-and-downs réussis sur 23.
Fitzpatrick n’a pas désarmé l’Albatros en évitant toutes les difficultés. Il l’a fait en refusant, presque chaque fois qu’il s’y retrouvait confronté, d’en payer le prix fort.
