Mizuno ajoute le Pro S-4 à sa gamme Signature sans faire disparaître le S-3 qu’il vient compléter. Centre de gravité abaissé, davantage de lancement, plus d’offset et une tolérance accrue : les différences techniques sont réelles. Mais derrière ce lancement se cache peut-être quelque chose de plus intéressant encore. Pour une fois, la bonne question n’est pas de savoir si le nouveau modèle est meilleur que l’ancien, mais à quel golfeur ses différences peuvent réellement servir.
Il y a quelque chose de presque mécanique dans le marché du matériel de golf. Une nouvelle saison arrive, un nouveau fer apparaît et, implicitement, celui qui l’a précédé semble prendre un coup de vieux. Le vocabulaire change peu : davantage de vitesse, davantage de tolérance, un meilleur toucher, un centre de gravité optimisé, une interaction avec le sol améliorée. À force, le golfeur pourrait finir par croire que son sac se dégrade pendant qu’il dort. Le lancement du nouveau Mizuno Pro S-4, disponible à partir du 17 septembre 2026 aux États-Unis, mérite pourtant qu’on s’y attarde pour une autre raison. Le fabricant japonais ne présente pas simplement un successeur chargé de rendre le S-3 obsolète. Il ajoute une nouvelle architecture à sa gamme Signature, aux côtés du muscle back S-1 et du S-3 plus compact. Une nuance commerciale en apparence, mais une distinction essentielle lorsqu’il s’agit de comprendre ce que signifie réellement « nouveau » dans le matériel de golf.

Le S-4 ne remplace pas vraiment le S-3
C’est probablement l’information la plus intéressante de ce lancement. Mizuno explique avoir construit sa Signature Series autour de plusieurs profils destinés à coexister. Le S-1 privilégie le contrôle et le feedback d’une lame traditionnelle, le S-3 propose un cavity back compact et le nouveau S-4 pousse davantage le curseur vers la facilité de lancement et la stabilité. Dans une interview accordée à GOLF.com, Chris Voshall, directeur golf de Mizuno, va même jusqu’à envisager des compositions mixtes : un joueur de S-3 pourrait utiliser des S-4 dans les longs fers, tandis qu’un joueur de S-4 pourrait lui-même chercher encore davantage d’aide avec des modèles M-Series dans le haut de son sac.
Cette approche mérite d’être soulignée parce qu’elle prend à rebours l’un des réflexes les plus profondément installés dans l’industrie : nouveau = meilleur = ancien à remplacer. Or, techniquement, rien ne permet de raisonner ainsi. Un fabricant peut parfaitement créer un club différent sans créer un club supérieur pour tous les golfeurs. L’ingénieur cherche une différence ; le marketing doit la rendre désirable ; le joueur devrait, lui, chercher à savoir si cette différence lui est utile. Le Pro S-4 fournit justement un cas d’école intéressant.
Ce que Mizuno a réellement changé
Commençons donc par les faits plutôt que par les adjectifs. Le Pro S-4 reste un fer forgé d’une seule pièce en acier carbone 1025E, avec le procédé Grain Flow Forged HD utilisé par Mizuno et une sous-couche de cuivre destinée à travailler les sensations et les vibrations à l’impact. Il conserve également la semelle Triple Cut, avec des bords d’attaque et de fuite biseautés destinés à faciliter le passage dans le sol. Là où le S-4 change davantage, c’est dans la répartition de la masse : la nouvelle cavité incurvée permet d’abaisser le centre de gravité et d’augmenter la stabilité, tandis que la semelle devient plus large et l’offset plus important, notamment dans les longs fers.
La comparaison des spécifications avec le S-3 est particulièrement instructive parce qu’elle élimine un faux débat. Les lofts sont identiques : 34° pour le fer 7, 38° pour le fer 8, 42° pour le fer 9 et 46° pour le pitching wedge. Même constat dans les longs fers, avec 24° pour le fer 4 et 27° pour le fer 5. Autrement dit, Mizuno ne semble pas avoir cherché à fabriquer artificiellement un fer 7 plus long simplement en fermant son loft. En revanche, l’offset évolue sensiblement. Il passe, par exemple, de 0,126 pouce sur le fer 4 du S-3 à 0,165 sur le S-4, et de 0,114 à 0,138 pouce sur le fer 7. Plus on descend vers les clubs courts, plus l’écart se réduit, jusqu’à devenir nul sur le pitching wedge : 0,102 pouce dans les deux cas. C’est une véritable géométrie progressive, et non simplement une formule marketing.
« Plus tolérant » : oui, mais tolérant à quoi ?
Mizuno présente logiquement le S-4 comme le modèle le plus tolérant de la Signature Series. L’expression est parfaitement compréhensible commercialement, mais elle reste insuffisante pour choisir un fer. Car la tolérance n’est pas une propriété unique que l’on pourrait noter de 1 à 10. Un club peut mieux préserver la vitesse de balle sur un impact décentré, produire une trajectoire plus haute sur un contact bas dans la face, réduire certaines variations de direction ou simplement rendre un mauvais contact moins pénalisant en distance. Ces effets ne répondent pas nécessairement au même problème.
C’est précisément ce que le test réalisé par Brian Knudson pour GolfWRX rend intéressant. Le journaliste a constaté une trajectoire relativement haute avec les S-4 et surtout un comportement qu’il a jugé étonnamment efficace sur ses impacts bas dans la face ou légèrement vers la pointe. Au lieu de produire des coups très courts, certains de ses mauvais contacts conservaient suffisamment de hauteur et de distance pour terminer vers l’avant du green. Il relève également une capacité à arrêter rapidement la balle et un bon comportement de la semelle sur un sol humide, alors qu’il se décrit lui-même comme un joueur pouvant attaquer la balle assez verticalement. Ce sont des observations utiles. Ce ne sont pas encore des vérités universelles.
Et cette distinction est fondamentale. Un testeur n’est pas un laboratoire et un radar ne transforme pas automatiquement un essai en vérité scientifique. Il mesure très précisément ce qui s’est produit pour un joueur donné, avec sa vitesse, son chemin de club, sa manière de présenter la face, son point d’impact, son shaft, sa balle et son interaction avec le sol. Un résultat reproductible chez Brian Knudson peut constituer un indice pertinent pour un golfeur qui présente les mêmes caractéristiques ; il ne démontre pas que le S-4 sera « plus tolérant » pour tous les joueurs.
L’offset n’est pas réservé aux mauvais joueurs
Le S-4 permet aussi d’aborder un petit tabou du matériel. L’offset possède une curieuse réputation auprès de certains bons joueurs. Plus la tête paraît compacte, la topline fine et le bord d’attaque proche du shaft, plus le club semble « joueur ». À l’inverse, voir davantage d’offset peut parfois être interprété comme l’aveu que l’on a besoin d’aide. Pourtant, un paramètre géométrique n’a pas de handicap. Il possède seulement des conséquences qui peuvent être plus ou moins adaptées à une manière de délivrer le club.
Mizuno assume d’ailleurs clairement cette augmentation sur le S-4, tout en destinant le club à des joueurs accomplis. Le fabricant ne cache donc pas l’aide derrière une esthétique de lame. Il cherche plutôt à conserver un format relativement compact tout en déplaçant certaines caractéristiques vers davantage de lancement et de stabilité. Là encore, cela ne signifie pas que davantage d’offset soit intrinsèquement meilleur. Cela signifie seulement qu’il serait absurde de l’écarter pour une question d’image avant même d’avoir mesuré ce qu’il produit.

Et le fer 4 raconte peut-être la partie la plus intéressante de l’histoire
Le détail le plus utile du test de GolfWRX concerne finalement le club que Knudson apprécie le moins : le fer 4. Le testeur explique que sa trajectoire lui paraît plus plate qu’il ne le souhaiterait et qu’il préférerait probablement le remplacer par un utility ou un hybride afin d’obtenir davantage de régularité. Voilà une remarque qui vaut probablement davantage pour le golfeur amateur que beaucoup de discours sur les sensations du forgeage.
Car pourquoi faudrait-il absolument acheter huit fers parce qu’une série en comporte huit ? Un fer 4 de 24° n’a aucune obligation morale d’entrer dans votre sac. Sa seule fonction consiste à produire un coup dont vous avez besoin, à une distance donnée, avec suffisamment de hauteur, une dispersion acceptable et un angle de descente permettant à la balle de se comporter comme vous le souhaitez à l’arrivée. S’il ne le fait pas aussi régulièrement qu’un hybride ou qu’un utility, le nom inscrit derrière la tête devient secondaire.
C’est d’ailleurs ici que la logique même de la gamme Mizuno devient intéressante. Si les lofts des S-3 et S-4 sont identiques et que le constructeur prévoit lui-même la possibilité de composer des séries mixtes, rien n’oblige plus vraiment à raisonner en « série de fers ». On peut raisonner club par club et mission par mission. S-3 dans les fers courts pour un joueur appréciant leur profil, S-4 plus haut dans le sac pour rechercher davantage de lancement, puis hybride ou utility lorsqu’un fer long cesse de produire une trajectoire suffisamment fiable. Ce n’est peut-être pas aussi élégant qu’une série parfaitement homogène alignée dans un sac. C’est souvent beaucoup plus rationnel.
S-4 ou S-3 ? Commencez par oublier cette question
Un joueur qui possède aujourd’hui des S-3 pourrait naturellement se demander s’il doit passer aux S-4. Mais avant de comparer les deux modèles, une autre question devrait venir : quel problème cherche-t-il à résoudre ? Si ses trajectoires sont suffisamment hautes, si ses distances sont correctement étagées, si ses mauvais contacts restent acceptables et si ses fers remplissent les missions qui leur sont assignées sur le parcours, l’existence du S-4 ne crée aucun problème nouveau dans son sac.
En revanche, un joueur qui aime les sensations et le profil général d’un fer forgé compact mais qui constate régulièrement des pertes importantes sur des contacts légèrement bas pourrait avoir une excellente raison de l’essayer. Même chose pour celui dont les longs fers manquent de hauteur ou dont les balles arrivent sur les greens avec un angle de descente insuffisant. À cet instant seulement, les caractéristiques annoncées du S-4 deviennent pertinentes : non parce qu’elles sont nouvelles, mais parce qu’elles correspondent à un problème préalablement identifié.
Et c’est exactement de cette manière qu’un essai devrait être organisé. Venez avec votre propre fer 7. Commencez par lui. Utilisez la même balle et mesurez une série suffisamment importante de coups pour que deux swings magnifiques ne viennent pas masquer huit frappes ordinaires. Testez ensuite le S-3 et le S-4 dans des configurations aussi comparables que possible. Regardez le carry moyen, mais aussi la hauteur maximale, le spin, l’angle de descente, la dispersion et surtout ce qui arrive lorsque vous ne frappez pas parfaitement la balle. Les mauvais coups sont souvent plus instructifs que les meilleurs lorsqu’on cherche à choisir un club.
Si votre fer actuel porte régulièrement à 145 mètres et que le S-4 en produit 147, la différence est probablement beaucoup moins importante que de constater qu’un contact légèrement bas, auparavant tombé à 132 mètres, en parcourt désormais 139. À l’inverse, gagner quelques mètres tout en augmentant la dispersion ou en créant un mauvais écart avec le fer suivant n’est pas nécessairement un progrès. Un gain mesuré n’est utile que lorsqu’il améliore quelque chose dont vous avez réellement besoin sur le parcours.
Une évolution intéressante du marketing du matériel ?
Il faudra évidemment attendre pour savoir si la stratégie Signature de Mizuno résistera au temps et aux impératifs commerciaux. L’industrie du golf reste une industrie : elle doit vendre des clubs, créer de la nouveauté et donner aux joueurs des raisons de revenir en magasin. Il serait naïf de transformer le lancement du S-4 en manifeste contre le renouvellement permanent du matériel.
Mais il existe tout de même une différence intéressante dans la manière dont ce produit est présenté. Le S-4 n’a pas besoin de démontrer que le S-3 était devenu mauvais pour justifier son existence. Il peut simplement être différent. Mizuno peut proposer un S-1, un S-3 et un S-4 parce que trois golfeurs de niveau comparable peuvent avoir besoin de trois architectures différentes. Et un quatrième peut même construire son sac avec plusieurs d’entre elles. Cette idée paraît évidente lorsqu’on l’écrit. Elle est pourtant beaucoup moins fréquente dans un marché qui a longtemps habitué les consommateurs à penser en générations successives.
C’est peut-être finalement la principale qualité du Mizuno Pro S-4 avant même de savoir s’il mérite une place dans votre sac. Il nous oblige à abandonner une question presque automatique — est-il meilleur que le S-3 ? — pour en poser une beaucoup plus difficile et beaucoup plus utile : qu’est-ce que ce club fait différemment, et ai-je besoin de cette différence ?
Mizuno a créé une différence. À vous maintenant de déterminer si cette différence constitue un progrès.
