Golfeur lisant une ligne de putt avec mise en évidence de l’œil dominantL’œil dominant peut influencer la perception d’une ligne de putt, sans pour autant déterminer la performance du golfeur.

Je suis droitier. Pourtant, mon œil dominant est le gauche. Je ne l’ai pas découvert sur un parcours de golf, mais en jouant au tennis, lorsqu’un entraîneur m’a fait réaliser que ma perception de la balle et mon placement n’étaient pas exactement ceux auxquels je m’attendais. Pour un golfeur, la question vient rapidement : cette latéralité croisée peut-elle modifier la manière de s’aligner, de putter ou même de swinguer ?

Le sujet est loin d’être anecdotique. Jack Nicklaus lui-même, droitier, expliquait considérer son œil gauche comme son « master eye », celui par lequel il voyait principalement la balle. Il reliait notamment cette particularité à la position de sa tête au sommet du backswing. Mais entre les observations des champions, les théories développées par les enseignants et ce que les études permettent réellement de démontrer, une certaine confusion s’est installée.

Une étude publiée en 2025 apporte justement un éclairage particulièrement intéressant. Les chercheurs ont mesuré la latéralité de 71 professionnels figurant tous parmi les 500 premiers joueurs mondiaux. Leur conclusion est beaucoup plus nuancée que certaines théories largement diffusées : l’œil dominant semble être une donnée à prendre en compte, mais il n’existe pas de profil visuel simple qui fabriquerait mécaniquement de meilleurs golfeurs.

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Être droitier ne signifie pas nécessairement être droitier de l’œil

La latéralité manuelle est facile à comprendre : nous utilisons spontanément une main pour écrire, lancer ou effectuer la plupart des gestes précis. La dominance oculaire est différente. Lorsque les informations fournies par les deux yeux doivent être hiérarchisées, notre système visuel peut privilégier davantage l’un des deux.

Main et œil dominants peuvent se situer du même côté : un droitier peut être dominant de l’œil droit. On parle alors de latéralité œil-main non croisée. Mais un droitier peut également être dominant de l’œil gauche, et inversement : la latéralité est alors croisée. Une revue systématique publiée en 2022, portant sur 14 études et 2 759 participants dans différents sports, rappelle que la fréquence exacte de ces profils varie sensiblement selon les méthodes utilisées pour mesurer la dominance. Selon les études de population citées dans cette revue, les profils croisés représentent approximativement 10 à 35 % des individus.

Cette précaution est importante. Affirmer, par exemple, que 80 % de la population possède nécessairement un œil dominant situé du même côté que sa main dominante donne une précision que la littérature scientifique ne permet pas réellement d’établir.

Le golf présente pourtant une singularité. La revue systématique de 2022 observe une proportion de profils croisés plus importante chez les golfeurs étudiés que dans la population générale, autour de 52,5 % dans les études qu’elle a retenues. Mais ses auteurs insistent également sur les limites de ces résultats : peu d’études, des méthodes différentes et des relations parfois indirectes entre latéralité et performance. Constater qu’une caractéristique est fréquente chez de bons golfeurs ne démontre pas qu’elle les rend meilleurs.

71 professionnels passés au test : ce que révèle l’étude de 2025

C’est précisément pour dépasser cette faiblesse méthodologique qu’une équipe de chercheurs britanniques et irlandais a profité de l’Irish Open 2023 pour tester directement des joueurs de très haut niveau. Leur étude, publiée en janvier 2025 dans le Journal of Sports Sciences, porte sur 71 professionnels masculins, soit 47 % du champ du tournoi. Tous figuraient alors parmi les 500 premiers mondiaux. Leur classement moyen était de 255e mondial et ils évoluaient professionnellement depuis 12,6 ans en moyenne.

Les chercheurs ne se sont pas contentés de leur demander s’ils étaient droitiers ou gauchers. Ils ont déterminé leur main préférentielle, leur œil dominant, leur pied dominant et le côté depuis lequel ils jouent au golf, puis confronté ces données à leur classement mondial et aux statistiques de strokes gained, notamment au putting.

Sur les 71 joueurs, 44, soit 62 %, étaient dominants de l’œil droit, 25, soit 35 %, de l’œil gauche et deux ne présentaient pas de dominance oculaire marquée. Comme 69 des 71 joueurs combinaient une préférence manuelle droite et un stance de droitier, une part importante des joueurs dominants de l’œil gauche présentait donc effectivement une latéralité œil-main croisée.

C’est intéressant. Ce n’est toutefois pas la découverte essentielle.

Car lorsque les chercheurs ont confronté ces caractéristiques aux performances des joueurs, ils n’ont trouvé qu’une association limitée entre la dominance de la main, celle de l’œil, le côté de jeu et les performances. Les auteurs notent eux-mêmes qu’il est impossible, à partir de leurs résultats, d’affirmer que la dominance de l’œil gauche procure un avantage pour atteindre le plus haut niveau. Certaines associations apparaissent lorsqu’on combine dominance de la main, de l’œil et du pied, mais elles ne dessinent pas le portrait d’une latéralité idéale.

Autrement dit, les professionnels présentent effectivement des particularités de latéralité. Mais être droitier et dominant de l’œil gauche ne constitue pas un passeport pour le PGA Tour.

Au putting, les choses deviennent beaucoup plus intéressantes

C’est probablement sur le green que la question de l’œil dominant mérite le plus d’attention. Non parce qu’un type de dominance fabriquerait de meilleurs putters, mais parce que notre position devant la balle modifie elle-même les conditions dans lesquelles nous utilisons notre vision.

Une étude menée par Kristine Dalton, Michel Guillon et Shehzad Naroo, publiée en 2015 dans Optometry and Vision Science, avait testé 31 golfeurs : 14 amateurs, sept professionnels de club et dix professionnels de haut niveau. Les chercheurs avaient eu une excellente idée : mesurer leur dominance oculaire une première fois dans une position classique, puis une seconde fois dans la véritable posture de putting.

Le résultat remet en cause une bonne partie des conseils simplistes donnés aux golfeurs.

La dominance mesurée debout, en regardant droit devant soi, ne permettait pas de prédire parfaitement celle observée en position de putting. Son intensité diminuait également lorsque les joueurs se plaçaient devant la balle. Plus important encore, les chercheurs n’ont pas trouvé de relation entre le fait d’avoir une dominance œil-main croisée et un niveau supérieur au putting. Leur recommandation aux entraîneurs était donc de ne pas se contenter d’un test d’œil dominant effectué hors contexte, mais d’observer également le joueur dans sa véritable position de putting.

C’est probablement l’enseignement le plus utile pour l’amateur : connaître son œil dominant peut apporter une information, mais cette information n’a de valeur que replacée dans la posture et la tâche que l’on cherche à réaliser.

Vos yeux au-dessus de la balle ? Pas nécessairement

Une expérience beaucoup plus ancienne avait déjà produit un résultat qui devrait intéresser les golfeurs convaincus qu’il existe une position universelle des yeux au putting.

En 1995, Gregg Steinberg, Shane Frehlich et Keith Tennant ont étudié 48 golfeurs débutants droitiers : 24 étaient également dominants de l’œil droit et 24 de l’œil gauche. Tous devaient putter vers une cible située à 3,66 mètres. Les chercheurs leur faisaient adopter deux positions : les yeux directement au-dessus de la balle ou environ cinq centimètres plus à l’intérieur, vers les pieds.

Chez les joueurs droitiers et dominants de l’œil droit, la deuxième position produisait moins d’erreurs et une dispersion plus faible. Chez les joueurs présentant une dominance croisée, déplacer ainsi les yeux ne produisait pas la même différence. L’expérience ne permet évidemment pas d’établir une règle universelle : elle portait sur seulement 48 débutants. Elle montre néanmoins quelque chose de beaucoup plus intéressant pour l’enseignement du golf : la position visuelle qui paraît théoriquement « parfaite » n’est pas nécessairement optimale pour tout le monde.

Une autre étude publiée en 2005 avait abouti à un constat comparable sous un angle différent. Quarante-sept étudiants japonais droitiers devaient putter depuis trois mètres en adoptant alternativement un stance de droitier et de gaucher. Les participants dominants de l’œil droit obtenaient de meilleurs résultats depuis le côté droit ; chez les dominants de l’œil gauche, la tendance s’inversait. Là encore, il s’agissait de novices et non de golfeurs expérimentés : impossible d’en déduire qu’un joueur devrait changer de côté en fonction de son œil dominant. Mais l’expérience confirme que latéralité visuelle, position du joueur et perception de la cible peuvent interagir.

Jack Nicklaus avait peut-être trouvé sa solution, pas la nôtre

Les grands champions constituent alors des exemples intéressants à observer, à condition de ne pas transformer leurs particularités en lois biomécaniques.

Jack Nicklaus en fournit probablement le meilleur exemple. Droitier au golf et dominant de l’œil gauche, il expliquait que son œil gauche restait celui par lequel il voyait principalement la balle. Au sommet de son swing, la position de sa tête était telle que son nez masquait en partie la vision de son œil droit.

C’est un témoignage remarquable parce qu’il montre qu’un champion peut avoir construit une organisation visuelle parfaitement cohérente avec son propre mouvement. Il ne démontre en revanche ni que l’œil gauche a produit le swing de Nicklaus, ni qu’un autre golfeur dominant de l’œil gauche devrait reproduire sa position de tête.

Cette distinction est essentielle. Une caractéristique individuelle peut expliquer pourquoi une position fonctionne pour un joueur sans devenir pour autant une prescription applicable à tous.

Et Phil Mickelson ? Le problème n’est peut-être pas son œil

Le cas des golfeurs qui jouent du côté opposé à leur main préférentielle ajoute encore une couche au problème. Phil Mickelson est l’exemple le plus célèbre : naturellement droitier dans de nombreuses activités, il joue au golf en gaucher. Cette configuration a parfois été expliquée par la dominance oculaire. Les travaux disponibles orientent pourtant vers une autre hypothèse.

Une étude publiée en 2022 a examiné 150 golfeurs répartis entre différents niveaux de handicap et interrogé douze joueurs utilisant ce que les chercheurs appellent un reversed stance : leur main préférentielle se retrouve en haut du grip et non en bas. Les professionnels et les joueurs de catégorie 1 étaient 21,5 fois plus susceptibles d’utiliser cette configuration que les autres joueurs de l’échantillon.

Mais les chercheurs n’ont pas réussi à expliquer cette association par l’œil dominant. L’hypothèse la plus crédible concernait plutôt la position de la main préférentielle sur le club. Placée en haut du grip, elle pourrait jouer un rôle différent dans le contrôle du mouvement. L’étude est suffisamment intéressante pour remettre en cause une autre simplification fréquente : jouer « à l’envers » et présenter une dominance oculaire croisée sont deux phénomènes différents.

Il faut donc résister à la tentation d’expliquer le talent de Mickelson autour des greens par une seule particularité neurologique ou visuelle. Une association statistique n’est pas une explication causale, et encore moins une recette.

Le swing complet reste le territoire des hypothèses

C’est ici que la littérature devient beaucoup moins solide. On peut facilement construire une théorie séduisante selon laquelle un droitier dominant de l’œil gauche conserverait plus facilement la balle dans son champ visuel pendant le backswing, tournerait davantage les épaules ou positionnerait différemment sa tête. L’exemple de Nicklaus rend même cette hypothèse intuitive.

Mais les données disponibles ne permettent pas aujourd’hui de transformer cette intuition en règle.

La revue systématique publiée en 2022 constate bien que les profils de latéralité croisée sont surreprésentés dans certaines populations de golfeurs par rapport aux estimations réalisées dans la population générale. Elle souligne simultanément le faible nombre d’études, l’hétérogénéité des méthodes et l’impossibilité d’établir une relation directe entre ces profils et la performance sportive.

Surtout, l’étude de 2025 réalisée sur les 71 professionnels constitue un avertissement particulièrement utile. Si une configuration œil-main produisait un avantage majeur sur le swing, on pourrait s’attendre à retrouver une différence nette dans les performances de joueurs appartenant à l’élite mondiale. Ce n’est pas ce que montrent les résultats : les associations entre dominance de l’œil, dominance de la main, stance et performance restent limitées.

L’œil dominant est donc probablement une variable parmi d’autres dans l’organisation d’un golfeur, pas le programme caché qui commanderait son swing.

Comment connaître son œil dominant ?

Le test le plus simple ne nécessite aucun matériel. Choisissez un objet situé à plusieurs mètres. Tendez les bras et formez une petite ouverture avec vos mains, puis placez l’objet au centre de cette ouverture en gardant les deux yeux ouverts. Fermez alternativement chaque œil. Celui avec lequel l’objet reste le mieux centré correspond généralement à votre œil directeur dans ce type de tâche.

Mais l’étude de Dalton et de ses collègues invite à ne pas accorder à ce résultat une importance excessive. La dominance mesurée face à une cible et celle observée dans une posture de putting ne sont pas nécessairement identiques.

Pour un golfeur, le test vraiment intéressant commence donc ensuite sur le green.

Placez-vous devant un putt droit et utilisez une ligne tracée sur la balle ou une baguette d’alignement posée au sol. Prenez votre posture habituelle, sans chercher à mettre artificiellement les yeux exactement au-dessus de la balle. Regardez la ligne, relevez-vous, puis recommencez en faisant varier légèrement la distance entre vos yeux et la balle. Il ne s’agit pas de chercher une position prescrite par votre dominance oculaire, mais d’identifier celle dans laquelle une ligne objectivement droite vous apparaît réellement droite.

C’est une différence fondamentale.

Ce que vous pouvez réellement en faire

Découvrir que vous êtes droitier et dominant de l’œil gauche ne justifie ni de modifier votre grip, ni de raccourcir votre backswing, ni de changer de côté, encore moins de reconstruire votre swing. La littérature scientifique disponible ne permet pas de prescrire de telles modifications sur la seule base de l’œil dominant.

En revanche, cette information peut devenir utile lorsqu’un problème précis apparaît. Si vous avez régulièrement l’impression d’être correctement aligné alors que les mesures montrent le contraire, si une ligne de putt droite vous paraît décalée une fois à l’adresse, ou si votre position de tête change systématiquement lorsque vous cherchez votre cible, la composante visuelle mérite d’être examinée.

Au putting notamment, mieux vaut alors procéder comme pour un fitting : mesurer avant de corriger. Tester plusieurs positions des yeux, vérifier l’orientation réelle de la face, comparer perception et réalité et retenir l’organisation qui produit les résultats les plus reproductibles. Les travaux de 1995, 2005 et 2015 ne disent pas qu’il existe une position idéale déterminée par votre œil dominant. Ils montrent justement que les interactions sont plus complexes.

C’est probablement là que ce sujet devient réellement intéressant pour le golfeur amateur.

L’œil dominant compte, mais il ne décide pas de votre golf

Pendant longtemps, la question de la dominance oculaire a donné naissance à une explication particulièrement séduisante : les meilleurs golfeurs seraient nombreux à présenter une latéralité croisée parce que celle-ci leur procurerait un avantage mécanique ou perceptif. Les recherches récentes obligent à être beaucoup plus prudent.

Oui, les profils croisés semblent relativement fréquents parmi les golfeurs de haut niveau. Oui, la position des yeux peut influencer la perception et les performances au putting. Oui encore, certains champions, à commencer par Jack Nicklaus, ont clairement intégré leur propre organisation visuelle dans leur technique. Mais aucune étude solide ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’un œil dominant particulier rend intrinsèquement meilleur au putting ou au grand jeu. L’étude menée sur 71 professionnels et publiée en 2025 constitue à ce jour l’un des meilleurs rappels de cette limite.

Je reste donc droitier et dominant de l’œil gauche. Cette information m’aide peut-être à mieux comprendre certaines de mes perceptions au golf comme au tennis. Mais elle ne m’offre ni avantage secret ni excuse pour mes mauvais coups.

Et c’est sans doute la conclusion la plus utile : connaître son œil dominant peut aider à individualiser son golf. Il ne doit jamais servir à inventer une nouvelle loi du swing.

Par Laurent Agostini

**Laurent Agostini** Journaliste spécialisé dans le golf depuis 2010, fondateur de MyGolfMedia et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au golf, dont *Penser avant de swinguer*. Il analyse l'actualité, les technologies, le matériel et les méthodes de progression avec une approche indépendante, fondée sur les faits, les données et les témoignages de professionnels.

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