Golfeur débutant qui descend fortement la tête et le haut du corps pendant le downswing au golfDescendre vers la balle n’est pas nécessairement la solution pour mieux la toucher : l’organisation et la continuité du mouvement sont essentielles.

Il y a quelques jours, j’ai fait jouer Mathieu au golf. Un vrai débutant. Grand, environ 1,85 m, plutôt mince, ancien basketteur, donc pas exactement quelqu’un qui découvre ce qu’est la coordination d’un mouvement sportif. Pourtant, face à une balle de golf parfaitement immobile, il rencontrait un problème que je n’avais encore jamais observé avec une telle amplitude.

Au backswing, rien de véritablement alarmant. Le bassin tournait. Pas énormément, mais suffisamment pour quelqu’un qui débutait. À vue d’œil, j’estimerais qu’il effectuait peut-être 25 à 30 degrés de rotation vers l’arrière. Le problème apparaissait au retour. Dans le downswing, la rotation du bassin perdait sa continuité. Mathieu savait tourner avant la balle et il savait tourner après la balle. C’était précisément autour de la balle que son corps cessait momentanément de faire ce qu’il savait pourtant faire.

Il trouvait alors une autre solution pour ramener le club vers le sol : il descendait avec tout le haut du corps. Pas les quelques centimètres de variation verticale que l’on peut observer chez certains excellents joueurs pendant la transition. Sur les images prises pendant la séance, la descente est beaucoup plus marquée : les genoux fléchissent davantage, le thorax s’abaisse et la tête descend avec l’ensemble. À l’œil, j’ai estimé cette chute à une dizaine de centimètres. Ce n’est pas une mesure biomécanique, mais le phénomène était suffisamment important pour sauter aux yeux. Mathieu donnait presque l’impression d’aller cueillir la balle avec son corps.

Cette séance m’a rappelé une règle importante dans l’enseignement du golf : le défaut visible n’est pas toujours le problème qu’il faut directement combattre. Lui demander simplement de « garder la tête immobile » aurait probablement été une très mauvaise réponse.

Bannière du livre Penser avant de swinguer, tome 1, de Laurent Agostini, consacré à la compréhension du corps et aux meilleures décisions sur le parcours.

Une balle immobile étonnamment difficile à retrouver

Le paradoxe m’a d’autant plus intéressé que Mathieu a joué au basket. Il a donc appris à courir, changer de direction, sauter, coordonner bras et jambes et envoyer un ballon vers une cible située plusieurs mètres devant lui, parfois en mouvement et avec un adversaire pour le gêner. Son cerveau sait organiser des actions motrices complexes. Au golf, la situation semble presque plus simple puisque personne ne bouge la balle.

Avant même que le swing commence, le joueur a construit une posture. La longueur du club est connue et la distance entre son corps et la balle a été réglée. Le système dispose donc théoriquement de tout ce dont il a besoin pour permettre au club de revenir vers le sol. Mais le débutant ne le ressent pas nécessairement ainsi. La balle est petite, posée très bas et située loin des yeux. Lorsqu’il ne fait pas confiance à la géométrie créée à l’adresse, une réponse assez intuitive peut apparaître : puisqu’il faut atteindre quelque chose situé au sol, il descend vers elle.

C’est ce que produisait Mathieu. La descente de sa tête était spectaculaire, mais elle constituait surtout l’indice visible d’une organisation du mouvement qui ne lui permettait plus de faire revenir naturellement le club vers la zone d’impact.

Non, le problème n’est pas qu’une tête bouge

Il faut immédiatement lever une ambiguïté. Je ne suis pas partisan d’un swing dans lequel la tête serait maintenue artificiellement au-dessus de la balle jusqu’à la fin du mouvement. Une fois le downswing engagé, le bassin passé et le club lancé à travers la zone d’impact, laisser la tête accompagner le mouvement vers la cible peut faciliter la poursuite de la rotation du buste. Chez certains joueurs, penser au déplacement de la tête constitue même une façon très simple d’éviter de bloquer tout le haut du corps derrière la balle.

Annika Sörenstam en offre un exemple spectaculaire. Elle a expliqué que son entraîneur Henri Reis lui faisait frapper des balles en tournant la tête vers la cible avant même l’impact afin de faciliter son transfert vers le côté gauche. L’exercice a si bien fonctionné qu’elle l’a intégré à son swing. Difficile, dans ces conditions, de défendre l’idée selon laquelle la tête devrait coûte que coûte rester fixée sur la balle.

Adam Young montre également que Tiger Woods, Rory McIlroy ou Jordan Spieth peuvent maintenir ou diminuer la hauteur de leur tête pendant certaines phases du backswing et de la transition avant de pousser ensuite vers le haut. Ces mouvements s’inscrivent notamment dans leur manière d’utiliser les forces exercées contre le sol. Le cas de Mathieu était d’une autre nature : il ne s’agissait ni de tourner la tête avec le corps, ni d’une légère variation verticale organisée en transition. Le bloc genoux-bassin-thorax-tête s’abaissait fortement au moment où son downswing semblait perdre sa continuité. C’est ce mouvement d’ascenseur qu’il fallait comprendre.

Le bon joueur bouge lui aussi

Une étude publiée en 1992 par Sanders et Owens dans l’International Journal of Sport Biomechanics apporte un éclairage intéressant. Les chercheurs ont comparé six joueurs élites, handicaps compris entre 0 et 5, et six novices. Chacun a réalisé dix swings avec un bois 3. Leur objectif était notamment d’étudier le « hub », le moyeu théorique autour duquel le club semble se déplacer.

Le premier résultat intéressant est que, chez les joueurs élites, ce moyeu n’était pas fixe. Les bons joueurs bougeaient eux aussi. En revanche, leur schéma de déplacement était beaucoup plus cohérent que celui des novices. Le rayon entre le hub et la tête de club atteignait également son maximum près de l’impact chez les joueurs élites, alors que les novices avaient tendance à atteindre ce maximum après l’impact.

L’échantillon est évidemment très faible, douze joueurs seulement, et il serait absurde d’en tirer une loi universelle du swing. L’étude met néanmoins en évidence une idée particulièrement intéressante : être performant ne signifie pas supprimer les mouvements, mais être capable de mieux les organiser et les reproduire.

Adam Young utilise une analogie très parlante pour expliquer cette notion. Donnez un marteau à quelqu’un qui n’a jamais planté de clou. Il risque de rigidifier son épaule, son coude et son poignet dans l’espoir d’être plus précis et de manquer malgré tout le clou. Regardez ensuite quelqu’un qui maîtrise ce geste : davantage d’articulations peuvent participer au mouvement, mais elles sont coordonnées vers un même résultat. Au golf également, réduire le nombre de mouvements n’est donc pas nécessairement la réponse. Encore faut-il qu’ils soient coordonnés.

Quand les savates deviennent un outil pédagogique

Avant même de travailler plus précisément sur son bassin, un autre détail m’a interpellé : les chaussures de Mathieu. Il jouait avec des chaussures très souples, proches de savates, qui ne lui procuraient pratiquement aucun appui latéral. Pour quelqu’un qui essaie déjà de comprendre comment faire tourner son corps autour de ses appuis, le problème n’était pas anodin.

Je lui ai donc demandé de les enlever. Sur les photos de la séance, il joue finalement en chaussettes sur le tapis, ses chaussures posées à côté. J’avais moi-même commencé par lui montrer quelques mouvements sans chaussures afin de banaliser l’exercice. Il ne s’agissait évidemment pas de prétendre qu’il faudrait apprendre le golf pieds nus, mais simplement d’éliminer pendant quelques minutes une chaussure instable pour lui permettre de sentir plus directement ses appuis. Avant de demander à quelqu’un de tourner vite ou fort, encore faut-il qu’il sache où se trouve son corps.

Le bassin ne s’arrêtait pas vraiment : il perdait sa continuité

Les photos et la vidéo de cette séance m’ont également amené à préciser mon diagnostic initial. Dire que « ses hanches s’arrêtaient » serait trop absolu. Mathieu était capable de tourner au backswing et il était aussi capable de terminer avec le buste franchement orienté vers la cible. Il n’était donc pas un joueur incapable de faire pivoter son corps.

Le problème apparaissait entre les deux. Dans la phase où le club redescendait vers la balle, la rotation du bassin semblait perdre sa continuité. C’est précisément à cet instant que les genoux fléchissaient davantage et que le haut du corps descendait fortement. Je ne peux pas démontrer, à partir d’une seule séance et de quelques images, que cette perte de continuité du bassin causait directement la descente. Une véritable analyse biomécanique nécessiterait d’autres outils. Les deux phénomènes apparaissaient néanmoins ensemble, et modifier la façon dont Mathieu utilisait son corps modifiait immédiatement sa manière de revenir vers la balle.

Voilà ce qui rend cette observation intéressante : le corps trouve une solution à la tâche qu’on lui impose. Cette solution peut fonctionner ou devenir une compensation qui crée un autre problème.

Ce n’était pas de l’early extension

Il serait tentant de ranger ce phénomène dans une catégorie très connue de l’enseignement du golf : l’early extension. Ce serait pourtant confondre deux mouvements différents.

TPI définit l’early extension comme un mouvement du bassin vers la balle pendant le backswing ou le downswing. Selon ses propres données de screening portant sur plus de 90 000 golfeurs, 67 % présenteraient ce mouvement, contre seulement 1 % d’un groupe de plus de 100 joueurs des circuits PGA, European Tour et LPGA évalués par l’organisation. Il faut préciser qu’il s’agit des données internes de TPI et non d’une étude académique indépendante.

Dans l’early extension, le bassin se rapproche de la balle et le joueur perd notamment de l’espace dans la zone d’impact. Chez Mathieu, le phénomène dominant était différent : son corps descendait fortement. Cette distinction résume d’ailleurs l’un des problèmes du diagnostic technique au golf. Nous voyons un mouvement, nous lui attribuons le nom d’un défaut connu, puis nous appliquons le remède associé. Le corps mérite parfois d’être observé avant d’être étiqueté.

« Tout par les hanches » : une bonne consigne, mais pas une formule magique

Depuis longtemps, lorsque j’aide un débutant, j’insiste beaucoup sur le bassin : tourner plutôt que construire tout le swing avec les bras, sentir que les hanches participent au backswing, puis qu’elles reviennent et poursuivent leur rotation vers la cible. J’ai souvent résumé cela par une expression volontairement simple : tout par les hanches.

Je continue de penser que cette consigne peut être très utile. Chez quelqu’un qui essaie de produire le golf uniquement avec ses mains et ses bras, lui faire découvrir le rôle du bassin peut changer presque immédiatement son mouvement. Mais Mathieu m’a rappelé qu’aucune consigne ne contient à elle seule tout le swing. Dire « tourne les hanches » ne dit pas quand elles doivent tourner, comment cette rotation s’enchaîne avec celle du thorax ni comment elle s’organise avec le déplacement des bras et du club.

Les travaux consacrés au focus attentionnel apportent ici une nuance intéressante. En 2007, Gabriele Wulf et Jiang Su ont observé une meilleure précision avec un focus externe, c’est-à-dire une attention orientée vers l’effet du mouvement plutôt que vers le corps. Des travaux plus récents de Jongseong An et Gabriele Wulf sur l’apprentissage d’un pitch ont également observé de meilleurs résultats lors de tests différés avec ce type de consigne.

La littérature n’est cependant pas uniforme. En 2003, Natalie Perkins-Ceccato, Steve Passmore et Timothy Lee avaient comparé des joueurs de handicap moyen 4 et d’autres de handicap moyen 26. Leurs résultats suggéraient que les premiers bénéficiaient davantage d’un focus externe tandis que les seconds obtenaient de meilleurs résultats avec une consigne interne. Un joueur de handicap 26 n’est évidemment pas un vrai débutant comme Mathieu ; extrapoler directement ce résultat à son cas serait donc excessif. L’étude suffit néanmoins à rappeler que le niveau du joueur peut compter et qu’opposer systématiquement bonnes consignes externes et mauvaises consignes internes serait trop simpliste.

Ma consigne sur les hanches n’était donc pas nécessairement mauvaise. Elle ne suffisait simplement pas à résoudre le problème particulier que Mathieu rencontrait.

Faire ressentir plutôt qu’expliquer

C’est à ce moment-là que j’ai utilisé un exercice beaucoup plus physique. Je prenais le club de Mathieu et lui opposais une résistance pendant qu’il cherchait à entraîner l’ensemble avec son corps. L’objectif était de lui faire ressentir comment bassin et buste pouvaient participer au mouvement, plutôt que de laisser travailler uniquement les bras puis de précipiter le haut du corps vers le sol pour retrouver la balle.

Exercice avec Mathieu pour ressentir la rotation du bassin et du haut du corps pendant le swing de golf

Les photos de la séance montrent assez bien cette recherche : le club devient presque un lien entre nous deux. La différence avec une consigne purement verbale est importante. « Tourne le bassin » demande au joueur d’interpréter une phrase et de fabriquer lui-même la sensation correspondante. La résistance lui fournit immédiatement une information physique : il sent si son corps participe réellement. Cet exercice ne prétend évidemment pas reproduire le swing ; il cherche simplement à faire découvrir une sensation qui lui manque.

Faire disparaître la balle avant de la remettre

Un deuxième exercice permet d’aller directement au cœur du problème : retirer momentanément la balle de l’équation.

Tracez une ligne au sol, sans balle, et effectuez quelques swings avec un fer en cherchant simplement à faire toucher le sol au club juste après cette ligne, du côté de la cible. L’objectif n’est plus de frapper quoi que ce soit. Il consiste uniquement à faire traverser au club une zone précise et à contrôler l’endroit où il rencontre le sol.

Placez ensuite une balle sur la ligne et conservez exactement la même intention. La tâche n’a pas changé : le club doit traverser la même zone et toucher le sol au même endroit. La balle n’est plus un objet que le corps doit aller chercher ; elle se trouve simplement sur le trajet du club. Pour un joueur qui s’effondre vers elle parce qu’il veut absolument l’atteindre, ce changement d’intention peut être beaucoup plus parlant qu’une nouvelle série d’instructions sur la position de la tête, des genoux, des hanches ou des épaules.

Ne plus avoir besoin d’aller chercher la balle

Pendant des décennies, combien de golfeurs ont entendu après un mauvais coup : « Tu as levé la tête » ? Adam Young souligne justement que les joueurs attribuent souvent leurs mauvais contacts à la tête alors que la réalité du contact avec le sol raconte parfois une autre histoire. Dans une intervention consacrée à l’impact, il évoque notamment ces amateurs qui touchent le sol trop tôt et concluent pourtant qu’ils ont relevé la tête. Le diagnostic intuitif n’est pas nécessairement le diagnostic mécanique.

Mathieu offre presque le paradoxe inverse. Tout le monde accuse habituellement la tête qui monte ; lui la faisait descendre de manière spectaculaire. Mais l’erreur aurait été exactement la même si j’avais décidé de traiter uniquement ce symptôme en lui demandant de la maintenir à une hauteur constante. Sa tête était surtout un témoin très visible de ce que produisait l’ensemble de son corps pendant une fraction du downswing.

Cette initiation m’a finalement rappelé pourquoi enseigner le golf est beaucoup plus compliqué que distribuer des positions idéales. Mathieu possède des qualités physiques évidentes, une culture sportive et suffisamment de mobilité pour effectuer un backswing convenable puis finir son geste tourné vers la cible. Pourtant, autour de l’impact, son corps avait inventé une autre solution : descendre vers la balle. Sanders et Owens suggéraient déjà, avec toutes les limites de leur petit échantillon, que les joueurs élites se distinguaient des novices non par l’immobilité d’un hypothétique moyeu du swing, mais notamment par une organisation plus cohérente de son déplacement.

Pour un débutant, la première grande étape n’est donc peut-être pas d’apprendre à frapper plus fort ni de mémoriser davantage de positions. Elle peut commencer par une idée beaucoup plus simple : le club n’a pas besoin d’aller chercher la balle. Il doit traverser une zone dans laquelle la balle a été placée.

Le premier progrès consiste alors à produire un mouvement suffisamment organisé pour que le corps n’ait plus besoin de descendre la chercher.

Sources

Par Laurent Agostini

Journaliste spécialisé golf depuis 2010, Laurent Agostini est le fondateur de MyGolfMedia, média indépendant publié en huit langues. Il couvre le PGA Tour et le DP World Tour, et s'intéresse avant tout à ce que les données disent vraiment : tests de matériel, biomécanique du swing, statistiques des circuits, destinations de golf. Il est l'auteur de « Tiger Woods, l'homme aux deux visages » (Solar, 2018) et de la série « Penser avant de swinguer », dont le premier tome s'est classé n°1 des livres de golf sur Amazon France en 2026. Sa ligne éditoriale : indépendant, factuel, utile. Pas de communiqués recopiés, pas de promesses marketing reprises sans vérification.

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