Comparatif putter broomstick, arm-lock, contrebalancé et conventionnel au golfPutter conventionnel, contrebalancé, arm-lock ou broomstick : quatre architectures qui modifient différemment le geste et ne répondent pas nécessairement aux mêmes problèmes.

Changer de putter après une mauvaise journée sur les greens est probablement l’une des décisions d’achat les plus faciles à prendre au golf. Encore faut-il savoir ce que l’on cherche réellement à corriger. Deux joueurs qui viennent de prendre 36 putts peuvent avoir des problèmes radicalement différents : l’un manipule excessivement la face avec ses mains, l’autre manque régulièrement sa ligne de départ, un troisième se crispe sur les putts courts et un quatrième ne se sent tout simplement plus à l’aise dans sa posture. C’est là que la comparaison entre putter conventionnel, contrebalancé, arm-lock et broomstick devient plus intéressante qu’un classement des quatre solutions. Elles modifient chacune, à des degrés différents, la relation entre les mains, les bras, le corps et le putter. Mais cela ne signifie pas qu’une technologie qui réduit certains mouvements améliore automatiquement le putting.

La question n’est donc pas de déterminer quel système est intrinsèquement le meilleur. Elle consiste à identifier quel problème le joueur cherche à résoudre, puis à vérifier si la modification mécanique proposée améliore effectivement ce problème sans en créer un autre.

Couverture du livre Penser avant de swinguer Tome 2 de Laurent Agostini, consacré au choix du matériel de golf, disponible le 2 octobre 2026.

Quatre architectures qui ne modifient pas le mouvement de la même façon

Le putter conventionnel laisse au joueur une grande liberté dans l’organisation de son mouvement. Les mains, les poignets, les avant-bras, les épaules et le torse peuvent participer dans des proportions différentes. Cette liberté n’est pas nécessairement un défaut : elle permet également au joueur d’organiser naturellement son contrôle de la face et de la vitesse.

Le contrebalancement intervient autrement. Une partie de la masse est déplacée vers l’extrémité supérieure du club, avec généralement un ensemble plus lourd et parfois un manche plus long sur lequel le joueur descend les mains. Il ne verrouille pas mécaniquement le putter contre une partie du corps. Le joueur peut donc conserver une organisation relativement conventionnelle tout en modifiant les sensations de masse et les caractéristiques dynamiques du club.

L’arm-lock introduit une contrainte supplémentaire : le grip est maintenu contre l’avant-bras directeur. Le putter et cet avant-bras forment ainsi un ensemble mécaniquement plus lié, ce qui limite certaines possibilités de manipulation par les poignets.

Le broomstick pousse plus loin la modification de l’organisation du mouvement avec un manche beaucoup plus long et une posture généralement plus verticale. Depuis l’interdiction de l’ancrage, sa longueur ne permet toutefois pas d’immobiliser le club contre le torse. La règle 10.1b interdit l’ancrage direct ou la création d’un point d’ancrage indirect, mais autorise aussi bien un long putter non ancré que le contact du grip avec l’avant-bras utilisé en arm-lock. Il faut donc distinguer la longueur du putter de la manière dont le joueur l’utilise.

[Lien interne MyGolfMedia : notre analyse de la règle 10.1b et de l’interdiction de l’ancrage]

Des mains trop actives : l’arm-lock possède un argument mécanique

C’est probablement le cas pour lequel l’arm-lock possède l’argument biomécanique le plus intuitif. Si les mains et les poignets ajoutent des mouvements indésirables pendant le stroke, solidariser davantage le grip et l’avant-bras peut réduire certains degrés de liberté.

Paul Hurrion a tenté de mesurer les effets de l’arm-lock en juin 2021 avec son système Quintic. Son essai comparait notamment un putter EvnRoll conventionnel de 34 pouces à deux configurations arm-lock de 39 pouces. Il rapporte une vitesse de fermeture de la face d’environ -44°/s avec le putter conventionnel, contre -31 à -24°/s avec l’arm-lock classique et -22°/s avec un grip Midlock. Dans son protocole, la rotation de la face était donc sensiblement réduite.

Ces résultats doivent cependant être replacés dans leur contexte. Le rapport a été réalisé par Quintic Consultancy et non publié dans une revue scientifique à comité de lecture. Surtout, Paul Hurrion était lui-même le sujet de l’expérience, comme il le précise dans son compte rendu. Il avait consacré plusieurs heures à l’apprentissage de l’arm-lock avant les mesures. Les putters testés présentaient également des caractéristiques différentes, notamment en matière de longueur et de loft. Il s’agit donc d’une observation instrumentée sur un seul joueur, et non d’une démonstration généralisable.

L’expérience établit qu’une modification mécanique mesurable peut accompagner l’adoption de l’arm-lock. Elle ne démontre ni que tous les golfeurs obtiendront la même réduction de rotation, ni que cette réduction se traduira automatiquement par davantage de putts réussis.

Pour un joueur dont les mesures montrent effectivement une activité excessive des mains ou une face difficile à contrôler, l’arm-lock constitue donc une hypothèse de fitting crédible. Sans ce diagnostic préalable, la réduction de la rotation n’est pas en elle-même un objectif universel.

Face instable : attention au raccourci « plus lourd égale plus stable »

Le contrebalancement est souvent associé à l’idée de stabilité. Une étude présentée en 2014 à l’International Conference of Biomechanics in Sports permet cependant de nuancer sérieusement cette affirmation. Wu et ses collègues ont comparé douze golfeurs expérimentés, d’index moyen 3,9, utilisant un putter conventionnel de 34 pouces et 355 grammes ou un modèle contrebalancé de 36 pouces, 395 grammes, tenu deux pouces plus bas. Les mouvements étaient enregistrés avec un SAM PuttLab.

Le résultat n’est pas celui qu’une lecture marketing du contrebalancement laisserait nécessairement attendre. Sur des putts de deux mètres, le taux de réussite n’était pratiquement pas différent : 87,5 % avec le putter standard contre 88,2 % avec le contrebalancé. En revanche, plusieurs caractéristiques du mouvement changeaient. Le mouvement vers l’avant était plus long et certaines mesures de rotation étaient même supérieures avec le contrebalancé. Les auteurs concluaient que leur travail ne permettait pas d’établir que cette configuration soit bénéfique aux bons joueurs.

L’étude reste petite — douze joueurs seulement — et les deux clubs différaient également par leur longueur et leur masse totale. Elle suffit néanmoins à remettre en question un raccourci : ajouter de la masse et contrebalancer un putter ne signifie pas automatiquement réduire la rotation de la face.

Pour le fitting, le contrebalancement doit donc être considéré comme une modification des caractéristiques dynamiques du club et des sensations du joueur, et non comme une ordonnance universelle contre l’instabilité.

Yips, tremblements et pression : commencer par distinguer les problèmes

C’est probablement ici que le diagnostic devient le plus important. Le mot « yips » est fréquemment utilisé pour décrire n’importe quel putt court joué avec appréhension. Les travaux menés notamment à la Mayo Clinic montrent pourtant une réalité beaucoup plus complexe.

Aynsley Smith, Charles Adler et leurs collègues ont proposé de considérer les yips comme un continuum pouvant aller d’un trouble neurologique de type dystonique jusqu’au « choking », c’est-à-dire une dégradation du geste fortement liée à la pression et à l’anxiété. Les manifestations décrites comprennent notamment des secousses, tremblements ou blocages des mains et des avant-bras. Dans une étude multidisciplinaire antérieure, les joueurs concernés perdaient environ 4,7 coups par parcours de 18 trous et présentaient davantage d’activité électromyographique dans les avant-bras ainsi qu’une anxiété compétitive supérieure.

Autrement dit, deux joueurs affirmant avoir les yips peuvent ne pas souffrir du même phénomène.

Les travaux de Martin Klämpfl et de ses collègues montrent également combien la méthode de détection influence l’estimation de la fréquence des yips. Dans une recherche publiée dans le Journal of Sports Sciences, les auteurs ont étudié deux populations distinctes. La première enquête, réalisée auprès de 1 306 golfeurs, établissait une prévalence déclarée de 22,4 %. La seconde, portant sur 186 golfeurs évalués au moyen d’un test de putting standardisé et de mesures cinématiques, aboutissait à une prévalence de 16,7 %.

Ces résultats ne permettent pas de considérer qu’environ un golfeur sur cinq souffre nécessairement d’un trouble neurologique. Ils montrent au contraire que les estimations varient selon la définition et les outils de détection employés. Dans un travail publié en 2013, Klämpfl et ses collègues avaient déjà montré l’intérêt des paramètres cinématiques pour différencier les joueurs concernés, plutôt que de s’en remettre uniquement à leur perception du problème.

Cette distinction a une conséquence pratique importante. Une crispation liée à la peur de manquer un putt d’un mètre, un mouvement involontaire du poignet et un tremblement persistant ne doivent pas être automatiquement traités comme un seul et même problème de matériel.

En présence de tremblements involontaires persistants, il est préférable de consulter un professionnel de santé et, si nécessaire, un neurologue. Un putter peut modifier les contraintes mécaniques du geste ; il ne traite pas une pathologie neurologique.

Simon Fraser University : une étude prometteuse sur l’arm-lock, mais pas une preuve définitive

L’intérêt de l’arm-lock pour les joueurs confrontés aux yips a fait l’objet d’un travail de recherche mené à Simon Fraser University, au Canada, sous la direction du Dr Andy Hoffer. L’équipe a notamment présenté ses résultats au 11e World Scientific Congress of Golf, organisé à Loughborough University, au Royaume-Uni, du 10 au 12 juillet 2024.

Ce travail s’inscrit dans un programme de recherche antérieur. Dès mai 2022, Estee Leung présentait dans le SFU Undergraduate Research Symposium Journal un poster intitulé Can the arm-lock putting grip benefit golfers with focal dystonia or tremor?. Ce document décrit une expérimentation menée sur un green artificiel en laboratoire, avec des putts de 5 à 15 pieds, et une comparaison entre putter conventionnel et configuration arm-lock. Les participants réalisaient quatre parcours de 18 trous, dont deux avec chaque configuration.

Le poster de cette première phase fait état de 106 participants, tandis que l’abstract présenté au WSCG 2024 en comptabilise 104. Cette différence de deux participants n’est pas expliquée dans les éléments bibliographiques consultés. Elle mérite d’être relevée, sans pour autant invalider à elle seule les résultats présentés ultérieurement.

L’abstract WSCG répartit les 104 participants en trois groupes : 27 golfeurs déclarant souffrir de tremblements ou de yips, 50 golfeurs n’en déclarant pas et 27 non-golfeurs. Chaque participant a joué quatre parcours de putting de 18 trous en laboratoire, alternativement avec un putter lame standard de 34 pouces et sa prise habituelle, puis avec un putter lame modifié de 37 pouces utilisé en arm-lock.

Chez les golfeurs déclarant des tremblements ou des yips, l’arm-lock a nécessité en moyenne 2,7 putts de moins sur 36 trous, avec une valeur de p de 0,008. L’essentiel du gain provenait des putts de 5, 6 et 7 pieds. Mais le résultat le plus intéressant est peut-être celui du groupe opposé : les golfeurs ne déclarant ni tremblements ni yips ont réalisé en moyenne 2,3 putts de moins avec le putter standard, avec p = 0,0002.

L’expérience apporte ainsi un résultat cohérent avec une approche par problème : une contrainte mécanique susceptible d’aider certains joueurs peut devenir inutile, voire défavorable, chez d’autres.

L’équipe ne s’est pas limitée à compter les putts réussis. Des capteurs Blast Motion ont également enregistré plusieurs paramètres biomécaniques, notamment les variations des angles de la face du putter. Dans l’abstract de 2024, les auteurs rapportent des écarts significativement plus faibles entre les angles mesurés à l’adresse et à l’impact avec l’arm-lock. Ce résultat concernait 16 des 21 golfeurs avec tremblements ou yips disposant de ces mesures, mais également 28 des 36 golfeurs sans ces troubles et 10 des 17 non-golfeurs.

Cette observation rejoint, sur le plan mécanique, celle de Paul Hurrion : l’arm-lock peut modifier le contrôle de l’orientation de la face. Les deux expériences ne mesurent toutefois pas exactement le même paramètre. Hurrion s’intéressait notamment à la vitesse de fermeture de la face, tandis que l’équipe de Simon Fraser mesurait des variations angulaires entre l’adresse et l’impact. Il serait donc incorrect de considérer leurs résultats comme deux mesures identiques confirmant un même effet chiffré.

La distinction entre contrôle mécanique et performance reste d’ailleurs essentielle. L’étude de Simon Fraser montre que des variations angulaires plus faibles ne se traduisent pas nécessairement par de meilleurs scores pour tous les joueurs. Les golfeurs sans tremblements ni yips ont globalement mieux performé avec le putter conventionnel, malgré certaines mesures de face plus favorables avec l’arm-lock.

Enfin, le niveau de preuve doit être précisé. Il s’agit d’un travail issu d’un programme de recherche universitaire comprenant des contributions étudiantes, présenté notamment sous forme de poster puis d’abstract de congrès. Les tests ont été réalisés en laboratoire avec une configuration arm-lock spécialement développée pour l’expérience. L’équipe qualifie elle-même sa méthode de nouvelle dans le poster de 2022 ; aucune déclaration d’intérêts n’a été trouvée dans l’abstract WSCG consulté.

Ces résultats constituent donc une piste expérimentale prometteuse, qui mérite d’être reproduite indépendamment sur des échantillons plus importants et dans des conditions de jeu variées. Ils ne démontrent pas que l’arm-lock constitue un traitement des yips, ni qu’il représente une solution universelle pour les golfeurs qui manquent leurs putts courts.

Le broomstick : changer l’organisation du geste plutôt que simplement le putter

Le broomstick pose un problème différent. Il modifie fortement la géométrie du putting : longueur du manche, position des mains, posture et organisation générale du mouvement. Cela peut être précisément ce que recherche un joueur qui ne parvient plus à exécuter librement son stroke conventionnel.

Il existe toutefois beaucoup moins de données expérimentales permettant d’affirmer que le broomstick constitue une réponse supérieure aux autres architectures.

Une étude publiée en 2003 par George Hung a parfois été rapprochée de cette question. Elle existe bien, mais il faut éviter de lui faire dire davantage qu’elle ne démontre. Sept joueurs novices âgés de 21 à 22 ans ont testé trois prises — conventionnelle, mains inversées et à une main — sur des putts de 3 et 9 pieds, tandis que les mouvements de la tête et des yeux étaient notamment mesurés. Il ne s’agissait donc ni d’un essai de broomsticks, ni d’une comparaison de longueurs de putters.

Cette recherche peut contribuer à montrer que modifier l’organisation des mains change certains paramètres du geste et de la coordination visuelle, mais elle ne constitue pas une preuve en faveur du broomstick.

La justification du long putter doit donc rester plus modeste : il représente une possibilité de réorganiser profondément le geste et la posture. Pour certains joueurs, cette rupture peut être utile. Pour savoir si elle l’est réellement, il faut la mesurer.

La posture : une raison légitime de tester un putter plus long, pas une promesse médicale

La longueur du putter détermine en partie la manière dont le joueur se place devant la balle. Un broomstick permet généralement une position plus verticale ; l’arm-lock impose lui aussi une géométrie particulière du manche et des bras. Un contrebalancé peut, selon sa longueur et la position des mains, rester beaucoup plus proche d’une posture conventionnelle.

Cette différence peut devenir pertinente pour un joueur qui ne se sent pas confortable avec une forte inclinaison du buste. L’USGA elle-même avait relevé, lors des discussions ayant précédé l’interdiction de l’ancrage, que certains golfeurs utilisaient des putters longs parce qu’une posture plus verticale pouvait leur permettre de continuer à jouer malgré certaines difficultés physiques. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles la règle a interdit l’ancrage plutôt que les putters longs eux-mêmes.

Cela ne permet évidemment pas d’affirmer qu’un broomstick « soigne le dos ». La seule conclusion raisonnable est qu’une longueur différente modifie la posture et peut donc être testée lorsqu’un joueur recherche une position différente devant la balle.

Et si votre putter conventionnel ne posait aucun problème ?

C’est sans doute la question la moins commerciale de ce comparatif.

Lorsqu’un joueur contrôle correctement sa ligne de départ, produit un contact suffisamment reproductible et dose convenablement ses putts, supprimer des degrés de liberté n’est pas nécessairement un progrès. Le résultat de Simon Fraser est intéressant précisément parce que les golfeurs ne déclarant ni tremblements ni yips ont mieux performé avec le putter standard qu’avec l’arm-lock testé.

Le conventionnel conserve également un avantage évident : il n’impose pas au joueur une transformation importante de sa posture et de son organisation motrice. Celui qui putte correctement n’a aucune obligation biomécanique de rechercher davantage de stabilité simplement parce qu’une nouvelle architecture promet d’en fournir.

Un putt manqué n’est pas encore un diagnostic. Avant de changer de putter, il faut identifier la nature du problème, vérifier qu’il se répète et déterminer si le matériel peut réellement contribuer à le résoudre.

[Lien interne MyGolfMedia : notre méthode pour diagnostiquer les problèmes de putting]

Quel putter pour quel problème ? Des hypothèses, pas des prescriptions

Le tableau suivant ne constitue pas un classement des quatre architectures. Il propose des hypothèses de fitting à vérifier individuellement.

Problème identifiéConventionnelContrebalancéArm-lockBroomstick
Mains ou poignets objectivement trop actifsRéférence à comparerÀ testerHypothèse forte à testerÀ tester
Variabilité importante de la face à l’impactRéférence à mesurerÀ mesurer, sans présumer d’un gainHypothèse crédibleÀ mesurer
Tremblements ou yips moteursNe pas conclure sans diagnosticDonnées insuffisantesDonnées préliminaires intéressantesDonnées insuffisantes
Crispation uniquement sous pressionTravail mental à considérerÀ testerPeut modifier le geste, sans traiter la causePeut créer une rupture motrice
Inconfort dans une posture très penchéeDépend de la longueurModification modérée possiblePosture différenteHypothèse particulièrement pertinente
Bon putting sans problème mesurableSolution de référenceAucun motif automatique de changerAucun motif automatique de changerAucun motif automatique de changer
Difficultés de dosage sur les longs puttsRéférenceÀ testerNécessite adaptationNécessite adaptation

Le mot important est partout le même : tester.

Ce tableau ne dit pas qu’un joueur aux mains actives doit jouer arm-lock, pas plus qu’un joueur gêné dans sa posture doit passer au broomstick. Il indique quelles configurations peuvent logiquement être introduites dans un fitting lorsque le problème correspondant a d’abord été objectivé. La validation vient ensuite des résultats du joueur.

Un protocole simple pour savoir si le changement résout réellement le problème

Comparer quatre putters en frappant trois balles avec chacun dans un magasin renseigne surtout sur la nouveauté ressentie. Une comparaison utile devrait conserver la même balle, la même surface et les mêmes zones de départ, puis répéter suffisamment de putts pour faire apparaître des tendances.

Une première série de putts courts, entre un et un mètre cinquante, peut mesurer le taux de réussite et surtout les erreurs de ligne de départ. Une deuxième série autour de trois mètres permet d’observer simultanément direction et dosage. Une troisième entre huit et dix mètres doit davantage s’intéresser à la dispersion en profondeur et à la distance restante après le premier putt.

Lorsque l’outil est disponible, mesurer la face à l’impact, sa variabilité, la qualité du contact et éventuellement les caractéristiques du mouvement devient beaucoup plus instructif que compter seulement les putts rentrés. L’étude ISBS sur le contrebalancement en donne une bonne illustration : deux configurations peuvent produire presque exactement le même taux de réussite tout en générant des cinématiques différentes.

[Lien interne MyGolfMedia : notre guide du fitting de putter]

Il faut enfin alterner les configurations plutôt que terminer cinquante putts avec l’une avant de passer à la suivante. Sinon, apprentissage, fatigue et adaptation risquent d’être confondus avec l’effet du matériel.

Le résultat recherché n’est pas nécessairement le putter qui produit le meilleur score sur une courte série. Il faut déterminer celui qui améliore précisément le paramètre ayant justifié le test : variabilité de la face, qualité du contact, dispersion, contrôle de distance ou reproductibilité sous pression. C’est ce qui permet de revenir à la question initiale : le changement de matériel a-t-il réellement corrigé le problème que nous avions identifié ?

La stabilité n’est pas une fin en soi

Arm-lock, broomstick et contrebalancement proposent trois manières très différentes de modifier la relation entre le joueur et son putter. Aucune des études disponibles ne permet aujourd’hui d’établir une hiérarchie universelle entre ces solutions.

Les données disponibles suggèrent quelque chose de plus utile. L’arm-lock peut effectivement réduire certains mouvements de la face chez un joueur donné. Une étude préliminaire suggère qu’il pourrait également aider certains golfeurs déclarant des tremblements ou des yips, alors que des joueurs n’ayant pas ce problème ont mieux performé avec une configuration conventionnelle. Le contrebalancement modifie mesurablement la cinématique, mais les données disponibles ne démontrent pas qu’il la rende systématiquement meilleure. Quant au broomstick, sa principale justification reste aujourd’hui la transformation importante qu’il permet d’apporter à l’organisation du geste et à la posture, davantage qu’une supériorité démontrée expérimentalement.

Cela ramène finalement le choix du putter à une question beaucoup plus exigeante que « long ou court ? » ou « arm-lock ou conventionnel ? ».

Qu’est-ce qui, dans votre putting actuel, nécessite réellement d’être corrigé ?

Tant que cette question n’a pas de réponse, changer de putter revient surtout à changer de solution avant d’avoir identifié le problème.

Sources

1. Paul Hurrion / Quintic Consultancy (2021). Arm Lock Putting. Rapport technique publié le 4 juin 2021. Comparaison instrumentée de différentes configurations de putters EvnRoll, avec Paul Hurrion comme sujet de l’expérience.

Consulter le rapport Quintic de Paul Hurrion

2. Wu, Y.-L., Huang, C.-F., Liu, Y.-C., Marquart, C. et Chen, P.-C. (2014). Leveraging Sporting Equipment Balance and Weight Distribution Influence on Putting Kinematics – A Study on Counter-Balanced Putter Design. 32e conférence de l’International Society of Biomechanics in Sports.

La notice officielle des actes indique « Christian Marquart ». Cette graphie est conservée ici conformément à la référence publiée, même si le spécialiste de Science & Motion est connu sous le nom de Christian Marquardt.

Consulter l’étude ISBS 2014

3. Smith, A. M. et al. (2000). A Multidisciplinary Study of the “Yips” Phenomenon in Golf: An Exploratory Analysis. Sports Medicine, 30(6), 423-437. Recherche multidisciplinaire menée notamment par des chercheurs de la Mayo Clinic.

Consulter la publication Mayo Clinic

4. Smith, A. M., Adler, C. H. et al. (2003). The “Yips” in Golf: A Continuum Between a Focal Dystonia and Choking. Sports Medicine, 33(1), 13-31. Analyse des dimensions neurologiques et psychologiques des yips.

Consulter l’étude sur le continuum des yips

5. Klämpfl, M. K., Lobinger, B. H. et Raab, M. (2013). How to Detect the Yips in Golf. Human Movement Science, 32(6), 1270-1287. Étude consacrée aux méthodes de détection des yips.

Consulter l’étude Klämpfl de 2013

6. Klämpfl, M. K., Philippen, P. B. et Lobinger, B. H. (2015). Self-report vs. Kinematic Screening Test: Prevalence, Demographics, and Sports Biography of Yips-Affected Golfers. Journal of Sports Sciences, 33(7), 655-664. Deux études portant respectivement sur 1 306 et 186 golfeurs.

Consulter l’étude Klämpfl sur la prévalence des yips

7. Leung, E. et al. (2022). Can the Arm-Lock Putting Grip Benefit Golfers with Focal Dystonia or Tremor? SFU Undergraduate Research Symposium Journal, volume 3. Poster universitaire présenté par Estee Leung sous la supervision du Dr Andy Hoffer.

Consulter la présentation SFU de 2022

Consulter le poster SFU original

8. Leung, E., Siebenga, A., Sotoodeh, A. et al. (2024). Arm-Lock Grip Improves Putting Performance by Golfers with Tremors or Yips. Abstract présenté au 11e World Scientific Congress of Golf, Loughborough University, Royaume-Uni, du 10 au 12 juillet 2024. Recherche menée à Simon Fraser University sous la direction de J. A. Hoffer.

Consulter l’abstract WSCG 2024

9. Hung, G. K. (2003). Effect of Putting Grip on Eye and Head Movements During the Golf Putting Stroke. The Scientific World Journal, volume 3, pages 122-137. DOI : 10.1100/tsw.2003.14. Étude portant sur sept joueurs novices et trois prises de putting.

Consulter l’article intégral de Hung

10. USGA / R&A (2023). Anchoring the Club – Understanding Rule 10.1b. Document officiel expliquant les formes d’ancrage interdites et les techniques autorisées, notamment l’arm-lock et l’utilisation d’un long putter sans ancrage.

Consulter le document officiel sur l’ancrage

Par Laurent Agostini

**Laurent Agostini** Journaliste spécialisé dans le golf depuis 2010, fondateur de MyGolfMedia et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au golf, dont *Penser avant de swinguer*. Il analyse l'actualité, les technologies, le matériel et les méthodes de progression avec une approche indépendante, fondée sur les faits, les données et les témoignages de professionnels.

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