Severiano Ballesteros a construit sa légende avec des coups que la plupart des golfeurs n’oseraient même pas imaginer. Mais derrière les sorties de bunker improbables, les approches inventées dans l’urgence et les célébrations devenues célèbres se cache une manière d’aborder le golf dont les amateurs peuvent encore tirer des enseignements très concrets. À condition de ne pas confondre son génie avec une invitation à prendre tous les risques. l y a une contradiction dans la manière dont les golfeurs se souviennent de Seve Ballesteros. Ils admirent ses coups de récupération, son toucher autour des greens et cette capacité à transformer une situation désespérée en occasion de birdie. Pourtant, lorsqu’ils se retrouvent eux-mêmes derrière un arbre, dans un bunker difficile ou face à une approche délicate, beaucoup cherchent à reproduire le résultat spectaculaire plutôt que le raisonnement qui pourrait leur permettre de sauver leur score.
C’est probablement la moins bonne façon de s’inspirer de l’Espagnol. Ballesteros possédait une habileté exceptionnelle, construite à travers des milliers d’heures de pratique et une exploration permanente des possibilités offertes par ses clubs. Ce qui ressemblait à de l’improvisation était souvent le résultat d’une expérience considérable. Il avait appris à reconnaître les trajectoires possibles, à adapter son geste aux contraintes du terrain et à rester compétitif même lorsque son grand jeu le plaçait dans des situations compliquées. Cinq victoires en majeurs, dont trois Open Championships et deux Masters, ont consacré cette approche singulière du golf. Mais ses résultats ne suffisent pas à expliquer pourquoi son jeu demeure aussi fascinant. Pour comprendre ce que Ballesteros peut apporter à un amateur aujourd’hui, il faut revenir à la manière dont il a développé son toucher, examiner ses décisions sur le parcours et regarder aussi ses difficultés. Car le champion espagnol n’était pas seulement un virtuose du petit jeu : il était également un joueur capable de douter, de manquer des coups importants et, parfois, de se perdre dans sa propre technique.

La créativité de Ballesteros n’est pas née dans un centre d’entraînement
L’histoire commence à Pedreña, un village de Cantabrie situé sur la côte nord de l’Espagne. Né en 1957 dans une famille où le golf occupait déjà une place importante, Severiano Ballesteros découvre le jeu avec des moyens très éloignés de ceux dont disposent aujourd’hui les jeunes joueurs prometteurs. Il s’exerce notamment sur la plage avec un fer 3, un club particulièrement exigeant pour un enfant et peu adapté, en apparence, à l’apprentissage des approches courtes.
Cette contrainte va pourtant devenir une partie de sa formation. Avec un seul club, il doit apprendre à produire des trajectoires différentes, à modifier la hauteur de ses coups, à doser leur longueur et à s’adapter aux conditions du sol. Un fer 3 ne permet pas de jouer naturellement toutes les situations. Pour obtenir le résultat recherché, il faut donc expérimenter, modifier sa manière de présenter la face à la balle et découvrir progressivement ce qui fonctionne.
Il serait excessif d’affirmer que ces séances sur la plage expliquent à elles seules le génie de Ballesteros. Son environnement familial, son travail, son expérience de cadet et ses années de compétition ont également contribué à sa progression. Elles révèlent néanmoins un aspect essentiel de son apprentissage : Seve n’a pas seulement cherché à répéter un geste correct. Il a développé la capacité à trouver plusieurs solutions pour atteindre une même cible.
Cette distinction mérite l’attention des amateurs. Beaucoup organisent leur entraînement autour de la reproduction d’un mouvement : même club, même distance, même position de balle, même objectif. Une telle pratique peut améliorer la régularité, mais elle ne prépare pas nécessairement aux situations rencontrées sur le parcours. Un green surélevé, un lie en pente, une balle enfoncée dans le rough ou un obstacle placé entre la balle et le drapeau exigent autre chose qu’un geste appris dans des conditions idéales.
L’héritage de Ballesteros invite donc à diversifier les problèmes plutôt qu’à multiplier mécaniquement les balles frappées. Avec un wedge de 56 degrés, un amateur peut chercher à produire une balle basse qui roule longtemps, une trajectoire intermédiaire, une approche plus haute et deux distances différentes en conservant le même club. L’objectif n’est pas de devenir un artiste du petit jeu en une séance, mais de comprendre comment la position de balle, l’ouverture de la face, l’amplitude et la vitesse du mouvement influencent le résultat.
La créativité utile au golf ne consiste pas à tenter des coups extraordinaires. Elle consiste à posséder suffisamment de solutions pour ne pas être démuni lorsque le coup habituel devient inadapté.
Le toucher n’était pas un mystère : Seve travaillait aussi la qualité du contact
La réputation de Ballesteros repose largement sur ses mains. Le terme revient régulièrement dans les descriptions de son jeu, comme si son toucher relevait d’une faculté presque impossible à enseigner. Cette lecture occulte une partie importante de son travail. Seve accordait une attention considérable aux sensations produites par le contact entre la tête de club, la balle et le sol.
En 1993, il expliquait notamment pourquoi il utilisait les bunkers de fairway dans sa préparation au Masters. Frapper des fers depuis le sable l’obligeait à contrôler précisément son point de contact. Une tête de club qui pénétrait trop tôt dans le sable perdait de l’énergie avant d’atteindre la balle. Pour réussir, il devait maintenir son équilibre, conserver un rythme régulier et présenter correctement le club à l’impact.
Cet entraînement ne visait donc pas uniquement à améliorer ses performances depuis les bunkers. Il lui permettait de travailler des compétences utiles sur l’ensemble du parcours, en particulier la qualité de frappe avec les fers. Le sable constituait un environnement exigeant, dans lequel certaines erreurs de contact devenaient immédiatement visibles.
Pour un amateur, cette approche offre une piste intéressante, même si elle demande quelques précautions. Il ne s’agit pas d’aller frapper des fers longs dans n’importe quel bunker, notamment lorsque les installations ne le permettent pas. En revanche, un bunker d’entraînement adapté peut servir à travailler des coups courts et intermédiaires, en observant la façon dont la tête de club traverse le sable et la régularité des contacts.
Le même principe peut être appliqué sur une zone d’approches en variant les lies. Une balle posée sur une herbe rase, une autre légèrement enfoncée et une troisième située sur une pente ne produiront pas les mêmes contraintes. Chercher à obtenir une trajectoire identique depuis ces trois positions oblige le joueur à identifier ce qu’il peut réellement contrôler.
Le toucher apparaît alors moins comme une qualité mystérieuse que comme une compétence construite par l’expérience. Il dépend notamment de la capacité à anticiper le comportement du club au contact du sol, à doser l’énergie transmise à la balle et à reconnaître les sensations associées à un résultat donné. Ballesteros possédait ces qualités à un niveau exceptionnel, mais les mécanismes qu’il travaillait concernent également les joueurs ordinaires.
Royal Lytham 1988 : deux coups qui résument son génie
Le dernier tour de The Open 1988, disputé à Royal Lytham & St Annes, offre une démonstration remarquable de l’efficacité de Ballesteros dans les moments décisifs. Cette édition possède une particularité historique : en raison des perturbations météorologiques, le championnat se termine un lundi, une première pour The Open. Nick Price aborde cette dernière journée en tête après 54 trous, mais l’Espagnol réalise une carte de 65 pour remporter son troisième Open Championship et son cinquième titre majeur.
Le coup qui fait basculer le tournoi intervient au 16e trou. Ballesteros frappe un fer 9 qui termine à environ trois pouces du trou, soit moins de huit centimètres. Cette précision lui permet de prendre la tête à un moment où chaque coup devient déterminant. L’épisode rappelle que son talent ne se limitait pas aux récupérations spectaculaires : il pouvait également produire une frappe d’une extrême précision avec un fer, sous la pression d’un dernier tour de majeur.
Au 18e trou, la situation est très différente. Alors que Price a atteint le green en deux coups, Ballesteros a manqué le green, long et à gauche. Sa balle repose dans un rough épais, depuis lequel il doit exécuter un chip délicat. L’Espagnol parvient à faire sortir sa balle de cette position difficile, à lui donner la bonne vitesse et à la faire passer tout près du trou. Elle s’immobilise à environ quinze centimètres, lui laissant un putt très court pour conclure sa victoire.
Ces deux coups successifs illustrent deux dimensions complémentaires de son jeu. Au 16, il exécute avec précision un coup de fer vers une cible définie. Au 18, il adapte sa technique à une situation imparfaite, dans laquelle le comportement de la balle au contact de l’herbe devient plus difficile à prévoir. Dans les deux cas, la qualité du résultat repose sur une maîtrise du contact, de la trajectoire et de la distance.
Pour comprendre l’intérêt de cette séquence, il faut dépasser la seule beauté du geste. Sur une approche, la réussite dépend d’abord de l’identification de la zone où la balle doit atterrir. Le joueur doit ensuite anticiper la réaction au premier rebond, la quantité de roule et l’influence éventuelle de la pente. Le choix du club intervient dans ce raisonnement, mais il ne devrait pas nécessairement en constituer le point de départ.
C’est précisément sur ce point que beaucoup d’amateurs peuvent progresser. Ils arrivent près du green avec leur wedge préféré, puis cherchent à adapter le coup à ce club. Cette habitude peut fonctionner dans des situations familières, mais elle limite leurs possibilités lorsque la configuration du terrain change. Une approche avec beaucoup de green disponible devant soi ne présente pas les mêmes exigences qu’un coup au-dessus d’un bunker vers un drapeau placé près du bord.
Une méthode plus rationnelle consiste à observer d’abord la position de la balle, puis à déterminer la trajectoire réalisable, le point de chute souhaité et la distance que la balle devra parcourir en roulant. Le club est ensuite sélectionné en fonction de cette combinaison. Un fer 9, un pitching wedge ou un sand wedge peuvent parfois conduire au même résultat, mais avec des proportions de vol et de roule très différentes.
L’enseignement à retenir de Ballesteros n’est donc pas que les amateurs devraient systématiquement ouvrir la face de leur sand wedge pour produire des approches hautes. C’est qu’ils gagneraient à disposer de plusieurs trajectoires et à sélectionner celle qui correspond le mieux aux contraintes du coup.
La maîtrise du petit jeu commence avant le mouvement, lorsque le joueur comprend ce qu’il cherche à faire avec sa balle.
Le parking de 1979 : derrière le coup spectaculaire, une véritable question de stratégie
La victoire de Ballesteros à The Open 1979 reste associée à l’un des épisodes les plus célèbres de sa carrière. Au 16e trou du dernier tour, son drive termine dans un parking de délestage situé à droite du fairway. Après avoir bénéficié d’un dégagement gratuit conformément aux règles applicables, l’Espagnol joue son approche sur le green et rentre un putt d’environ six mètres pour birdie. Il remportera le championnat avec trois coups d’avance sur Jack Nicklaus et Ben Crenshaw.
Cette scène a beaucoup contribué à construire l’image d’un joueur capable de se sortir de toutes les situations. Elle a également entretenu l’idée que Ballesteros réussissait parce qu’il osait prendre des risques que les autres refusaient. Pourtant, le contexte stratégique de cette victoire mérite d’être examiné plus attentivement.
Avant le tournoi, Roberto De Vicenzo lui avait notamment fait observer que le rough de Royal Lytham était moins épais à mesure que l’on se rapprochait du green. Cette particularité du parcours donnait un intérêt supplémentaire à la distance, même lorsque les mises en jeu n’étaient pas parfaitement droites. Le raisonnement ne supprimait évidemment pas les dangers, mais il modifiait l’équilibre entre le bénéfice d’un coup long et les conséquences d’une balle égarée.
La leçon n’est pas que les golfeurs devraient systématiquement utiliser leur driver, encore moins qu’ils doivent rechercher les zones de dégagement gratuit. Elle concerne la manière d’évaluer une situation. Un obstacle impressionnant n’est pas nécessairement le plus coûteux en nombre de coups, tandis qu’une position apparemment confortable peut laisser une approche difficile. La décision dépend du parcours, de la dispersion du joueur, des possibilités de récupération et des conséquences réelles d’un échec.
Prenons un amateur qui hésite entre son driver et un bois 3 sur un par 4. Le driver lui apporte vingt mètres supplémentaires, mais augmente sensiblement le risque de terminer derrière des arbres. Si ces arbres imposent régulièrement un recentrage, le gain de distance peut disparaître immédiatement. À l’inverse, sur un trou large où le rough permet encore d’attaquer le green, renoncer systématiquement au driver peut lui coûter des opportunités sans réduire beaucoup son risque.
Ballesteros avait les compétences nécessaires pour réussir des récupérations que la majorité des amateurs ne maîtrisent pas. Cette différence est fondamentale. Une décision acceptable pour un champion capable de contrôler une trajectoire basse depuis un lie difficile peut devenir déraisonnable pour un joueur qui ne réussit ce coup qu’une fois sur dix.
S’inspirer de Seve suppose donc de comprendre son raisonnement sans copier aveuglément ses choix. Le bon coup n’est pas celui qui ressemble à une image de télévision, mais celui dont le rapport entre les bénéfices attendus et les risques correspond aux capacités réelles du joueur.
St Andrews 1984 : la grinta se mesure surtout après les coups manqués
La célébration de Ballesteros au 18e trou de St Andrews, lors de The Open 1984, fait partie des images les plus célèbres de l’histoire du golf. Son putt pour birdie, suivi d’une explosion de joie, symbolise souvent son tempérament et sa volonté de gagner. Pourtant, réduire cette victoire à une manifestation de passion espagnole ferait oublier ce qui s’est produit durant les heures précédentes.
Face à Tom Watson, Ballesteros dispute un dernier tour particulièrement disputé. Il laisse passer plusieurs occasions, notamment en concédant des trois-putts aux 10e et 11e trous. Au 12, après une excellente approche, il manque à gauche un putt de birdie d’environ 1,5 m. À ce moment de la partie, sa victoire n’a rien d’inévitable. Il vient de laisser échapper plusieurs occasions et doit poursuivre son effort alors que la tension augmente.
La suite est révélatrice. Il réussit un birdie au 14, puis négocie le difficile 17 avec un par, après avoir concédé un bogey sur ce trou lors des trois premières journées. Au même 17e trou, Watson commet un bogey qui contribue à faire basculer le championnat. Le birdie de Ballesteros au 18 vient alors conclure une victoire construite autant sur sa propre résistance que sur cette erreur décisive de son adversaire.
Son dernier tour ne correspond donc pas à une succession ininterrompue de coups réussis. Il contient des erreurs, des occasions perdues et des situations dans lesquelles le résultat aurait pu lui échapper. La célèbre célébration du 18 représente l’aboutissement de cette lutte, mais elle ne raconte pas à elle seule le chemin parcouru pour arriver jusqu’au dernier green.
C’est ici que la notion de grinta devient intéressante pour un amateur. La volonté de gagner ne se manifeste pas uniquement dans l’intensité d’une célébration ou dans le courage de tenter un coup difficile. Elle se mesure aussi dans la capacité à continuer à prendre de bonnes décisions après une déception.
Un joueur qui manque un putt de deux mètres peut réagir de plusieurs manières. Il peut accélérer sa routine sur le trou suivant, chercher à récupérer immédiatement le coup perdu ou commencer à modifier sa technique au milieu de la partie. Il peut également accepter le résultat, conserver son organisation et jouer le coup suivant sans lui faire porter le poids du précédent.
Cette seconde attitude ne garantit évidemment pas la réussite. Elle évite néanmoins qu’une erreur isolée entraîne une succession de décisions dégradées. Sur dix-huit trous, la différence peut devenir considérable, particulièrement pour les joueurs dont les cartes comportent plusieurs doubles bogeys provoqués par des réactions excessives à un premier coup manqué.
Ballesteros n’était pas un modèle permanent de calme ou de détachement. Son tempérament pouvait être intense et ses émotions très visibles. Ce que sa victoire de 1984 permet d’observer, c’est sa capacité à rester dans la compétition malgré les occasions perdues.
La grinta ne consiste pas à refuser l’échec. Elle consiste à ne pas lui abandonner les coups suivants.
Quand le génie du petit jeu ne suffit plus à protéger la confiance
Pour comprendre pleinement Ballesteros, il faut aussi regarder les périodes où son jeu a cessé de fonctionner avec la même efficacité. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, ses difficultés avec le grand jeu deviennent un sujet récurrent. Son swing fait l’objet de nombreux ajustements, tandis que ses trajectoires et sa confiance suscitent des interrogations croissantes.
Dans une enquête publiée en 1990, le journaliste Jaime Diaz recueille notamment les analyses de Gary Player, Johnny Miller et David Leadbetter. Leurs explications diffèrent, mais elles révèlent la complexité des difficultés rencontrées par Ballesteros. Johnny Miller l’invitait à oublier ses pensées techniques pour retrouver un jeu intuitif, tandis que Gary Player parlait de « paralysie par l’analyse ». Pour Player, la multiplication des changements avait progressivement entamé la confiance de l’Espagnol, au point de lui faire perdre ses certitudes sur les fondamentaux de son swing.
L’enquête contient également un aveu particulièrement éclairant de Ballesteros. Il reconnaît avoir essayé de modifier trop de choses simultanément, notamment son grip, sa position de balle et le début de son backswing. À force de rechercher des solutions dans plusieurs directions, il avait fini par éprouver de la confusion et une véritable fatigue mentale. Le joueur qui avait développé sa créativité en expérimentant différentes trajectoires se retrouvait confronté aux limites d’une expérimentation technique devenue difficile à maîtriser.
Ce témoignage donne une dimension supplémentaire à son parcours. L’homme capable d’inventer des coups extraordinaires depuis les positions les plus improbables pouvait perdre confiance devant une balle parfaitement placée sur un tee. Sa maîtrise exceptionnelle du petit jeu ne suffisait plus à lui garantir la régularité nécessaire pour rivaliser avec les meilleurs sur l’ensemble des dix-huit trous.
Pour l’amateur, le parallèle est instructif. Certains joueurs multiplient les ajustements techniques dès qu’une séance se déroule mal. Ils modifient leur grip après quelques balles à droite, déplacent leur position de balle après deux contacts médiocres, puis tentent de corriger leur chemin de club avant même d’avoir identifié l’origine de leurs erreurs. Cette accumulation rend difficile l’évaluation de chaque changement et peut installer une incertitude permanente.
À l’inverse, il serait tout aussi dangereux de tirer de l’histoire de Seve une condamnation générale de l’enseignement technique. Les corrections sont parfois indispensables, notamment lorsqu’un défaut récurrent limite la progression. L’enjeu consiste à distinguer une modification construite autour d’un problème identifié d’une succession de changements improvisés pour retrouver immédiatement de bonnes sensations.
L’expérience de Ballesteros invite ainsi à préserver une forme de cohérence dans l’apprentissage. Un joueur qui travaille son grip doit pouvoir mesurer les conséquences de cette modification avant d’en introduire plusieurs autres. Il peut également réserver les recherches techniques à ses séances d’entraînement, puis consacrer ses parties à l’exécution des coups et à la gestion du parcours.
La carrière de Ballesteros rappelle qu’il existe une différence entre posséder une technique efficace et vouloir contrôler consciemment chaque élément de son swing. Son expérience montre surtout qu’une recherche permanente de solutions peut devenir contre-productive lorsque le joueur ne sait plus ce qu’il cherche précisément à corriger.
Comment s’entraîner à penser comme Seve en trente minutes
L’intérêt de cet héritage serait limité si l’on se contentait d’admirer les exploits du champion espagnol. Pour qu’il soit utile aux amateurs, il faut le traduire en situations d’entraînement mesurables. La séance suivante n’est pas une méthode officiellement enseignée par Ballesteros, mais une proposition construite à partir des qualités qui caractérisaient son jeu : variété des trajectoires, contrôle des distances, adaptation au lie et capacité à jouer avec un seul essai.
Les dix premières minutes peuvent être consacrées à la variété des trajectoires. Depuis une zone d’approches, le joueur choisit une cible située à une quinzaine ou une vingtaine de mètres et conserve le même wedge. Il tente successivement des balles basses, intermédiaires et hautes, en observant leur point de chute et leur roule. Le but n’est pas de réussir immédiatement chaque tentative, mais de vérifier si les modifications apportées au geste produisent effectivement les différences recherchées.
Les dix minutes suivantes portent sur l’adaptation aux situations. Le joueur sélectionne trois emplacements différents autour du green : une zone d’herbe rase, un lie moins favorable et une position nécessitant de franchir un obstacle. Avant chaque coup, il identifie la trajectoire envisageable, le point de chute et la marge d’erreur acceptable. Il peut changer de club si cela facilite la tâche. Cette partie de la séance vise à développer le raisonnement autant que l’exécution.
Les dix dernières minutes introduisent une dimension de score. Le joueur choisit cinq situations autour du green et utilise une seule balle. À chaque emplacement, il joue son approche, puis termine le trou au putter. Il note son nombre total de coups, avec un objectif de dix coups pour cinq situations, soit cinq approches suivies chacune d’un seul putt. Selon la difficulté des emplacements et le niveau du joueur, ce résultat sera plus ou moins accessible.
L’intérêt de ce dernier exercice réside dans l’impossibilité de recommencer immédiatement un coup raté. Lorsqu’une approche termine à quatre mètres, il faut encore rentrer le putt ou accepter un coup supplémentaire. Cette contrainte rapproche l’entraînement de la réalité du parcours, où la qualité d’une décision se mesure aussi à ses conséquences sur le score.
Pour suivre sa progression, le joueur peut conserver les mêmes cinq situations pendant plusieurs semaines et comparer ses résultats. Une amélioration de douze à dix coups constitue un indicateur concret, même si elle ne permet pas à elle seule de conclure à une progression générale du petit jeu. Il est également utile de relever les erreurs récurrentes : approches systématiquement courtes, mauvais choix de point de chute ou difficulté particulière depuis certains lies.
Cette démarche prolonge l’une des grandes qualités de Ballesteros : apprendre à reconnaître les problèmes que le parcours impose, plutôt que chercher à imposer toujours le même coup au parcours.
Ce que Seve Ballesteros peut réellement changer dans votre golf
Severiano Ballesteros restera l’un des joueurs les plus spectaculaires de l’histoire. Ses récupérations impossibles, ses sorties de bunker et ses victoires dans les moments les plus tendus continueront d’alimenter les images d’archives. Mais pour un amateur qui cherche à améliorer son score, ce spectacle constitue une source d’inspiration plus qu’un modèle technique à reproduire.
Son héritage le plus utile se trouve dans la diversité des coups qu’il avait appris à jouer, dans l’attention portée aux contraintes du terrain et dans sa capacité à poursuivre la compétition après des erreurs. Il rappelle aussi, à travers ses propres difficultés, que le talent, la confiance et la qualité du petit jeu ne dispensent jamais d’entretenir une technique suffisamment fiable.
Il n’est pas nécessaire de posséder son toucher pour retenir ces enseignements. Un golfeur peut progresser en apprenant trois trajectoires avec un wedge plutôt qu’une seule, en choisissant une récupération moins risquée ou en refusant de transformer un bogey en triple bogey par impatience. Ces décisions n’ont rien de spectaculaire, mais elles peuvent modifier durablement une carte de score.
Seve savait réussir des coups que presque personne d’autre ne pouvait envisager. L’amateur n’a pas besoin de lui ressembler pour apprendre de lui. Il doit surtout comprendre pourquoi, devant une balle mal placée, le premier travail consiste à identifier les possibilités réelles avant de choisir comment jouer.
C’est peut-être là que commence la véritable créativité au golf : non pas dans l’envie de réaliser l’impossible, mais dans la capacité à trouver une solution lorsque le coup idéal n’existe plus.
Sources et références
- The R&A – The Open Championship, archives officielles du 108e Open Championship, Royal Lytham & St Annes, 1979. Consulter les archives.
- The R&A – The Open Championship, récit de la victoire de Ballesteros en 1979 et de l’influence de Roberto De Vicenzo. How De Vicenzo’s guidance helped Seve secure glory.
- Golf Digest, Peter Dobereiner, The Enigma of Seve Ballesteros, 1980. Consulter l’article.
- The National, Philip Parkin, Seve was the king of clubs, 2010. Consulter le témoignage.
- Golf Digest, conseils d’entraînement de Ballesteros dans les bunkers avant le Masters, propos initialement publiés en 1993. Consulter l’article.
- The R&A – The Open Championship, archives et récit de l’Open 1988 à Royal Lytham & St Annes. Consulter les archives de 1988.
- The R&A – The Open Championship, récit du duel Ballesteros–Watson à St Andrews en 1984. Seve and Watson’s battle to savour.
- Golf Digest, Jaime Diaz, In Search of Seve, 1990. Consulter l’enquête.
- GOLF.com, conseils de Ballesteros sur les pitches et les trajectoires courtes. Seve Ballesteros’ simple keys for hitting masterful pitch shots.
- Golf Digest, exercice de petit jeu proposé par Cameron McCormick. Master the short game basics.
