Les grandes légendes du sport ne se forgent pas seulement dans la victoire, mais dans l’adversité. C’est dans ces instants où tout semble perdu que les champions révèlent leur vraie nature. Le 28 août 1994, un jeune homme de 18 ans, au swing fluide et à la détermination inébranlable, réalisa une performance qui allait changer à jamais le visage du golf mondial. Tiger Woods, déjà triple vainqueur du U.S. Junior Amateur, s’attaquait à l’U.S. Amateur, l’épreuve la plus prestigieuse du golf amateur. Son objectif : devenir le plus jeune champion de l’histoire. Mais pour y parvenir, il allait devoir surmonter un obstacle colossal – Trip Kuehne, un joueur expérimenté qui, après une matinée exceptionnelle, semblait avoir scellé le sort de cette finale.
Lorsque Woods sortit du club-house du TPC Sawgrass pour entamer les 18 derniers trous de cette finale en 36 trous, il était 4 trous derrière. Quelques heures plus tôt, il était même 6 trous derrière après 13 trous du matin, la plus grande remontée jamais réalisée dans l’histoire de la compétition semblait hors de portée. Mais ce jour-là, le monde allait assister à la naissance d’une légende.
Un départ cauchemardesque et une matinée à oublier
Dès les premières heures de cette finale, Trip Kuehne imposa son jeu. Loin d’être un inconnu, Kuehne, 22 ans, était un golfeur confirmé, un étudiant d’Oklahoma State, membre d’une famille de golfeurs accomplis. Ce matin-là, il joua un golf étincelant, signant un 66 (-6) magistral.
Il enchaîna sept birdies sur les 13 premiers trous, un niveau de jeu que même des professionnels auraient eu du mal à suivre.
Woods, lui, peinait à trouver son rythme. Ses mises en jeu étaient trop souvent imprécises, l’obligeant à batailler depuis les sous-bois ou les roughs épais du Stadium Course.