À Asheville, en Caroline du Nord, des boîtes noires ont commencé à circuler dans les vestiaires du PGA Tour. À l’intérieur, de nouvelles balles Srixon que la marque ne commercialise pas encore. Une nouvelle Z-Star XV a été repérée, tout comme ce qui semble être la prochaine génération de Z-Star Diamond. Lucas Glover a participé aux essais et sa réaction, diffusée par Srixon, est évidemment celle dont rêverait n’importe quel service marketing : « Amazing ». Le joueur américain a également expliqué qu’il n’avait pas constaté une telle vitesse « depuis un moment ».
Bienvenue dans la saison 2027 du matériel de golf. Elle commence en septembre 2026. L’information pourrait se résumer à cela : Srixon prépare de nouvelles balles. Pourtant, derrière ces quelques boîtes noires aperçues au Biltmore Championship Asheville se cache une question beaucoup plus intéressante pour le golfeur : pourquoi faut-il remplacer tous les deux ans une balle qui, manifestement, fonctionne encore parfaitement ?
Car la Z-Star XV actuellement commercialisée n’est pas exactement devenue obsolète. Elle est jouée notamment par Hideki Matsuyama, Ryan Fox, Sepp Straka et Shane Lowry. Ce dernier vient encore de gagner l’Irish Open avec elle. Selon Srixon, la famille Z-Star avait déjà accumulé plus de 45 victoires dans le monde en 2025. Et la génération actuelle n’est disponible dans le commerce que depuis janvier 2025. Moins de deux ans plus tard, sa remplaçante est déjà sur le Tour. Ce n’est ni anormal, ni propre à Srixon. C’est précisément ainsi que fonctionne aujourd’hui une partie de l’industrie du matériel de golf.

Neuf générations en seize ans
La Z-Star est apparue en 2009. Le modèle lancé en janvier 2025 constituait déjà sa neuvième génération. Srixon travaille sur un cycle d’environ deux ans et la future génération actuellement testée devrait logiquement prendre la suite de celle de 2025. Le processus observé cette semaine à Asheville porte un nom : le « seeding ». Avant qu’une balle arrive dans les magasins, le fabricant distribue des prototypes aux joueurs professionnels afin de recueillir leurs réactions et de valider les derniers choix techniques.
Il ne s’agit donc pas seulement de faire photographier une boîte noire à côté d’un sac de golf. Un joueur professionnel peut détecter des différences de trajectoire, de spin ou de toucher extrêmement faibles et demander une modification. L’exemple de Sepp Straka est révélateur. En 2026, l’Autrichien a essayé la Z-Star Diamond avant de revenir à la Z-Star XV : la trajectoire plus haute de la Diamond sortait de la fenêtre de vol qu’il souhaitait voir. Avec la XV, Straka affichait cette saison 0,696 coup gagné par tour sur les approches, le plaçant alors au 15e rang du PGA Tour dans cette statistique.
Shane Lowry utilise également la XV et affichait 0,412 coup gagné par tour sur les approches, tandis que Hideki Matsuyama atteignait 0,403. Ces chiffres ne prouvent évidemment pas que leur balle est responsable de leurs performances. Ils montrent en revanche le niveau des joueurs auxquels Srixon demande de valider des différences parfois minuscules de comportement. Pour un professionnel, quelques centaines de tours par minute, une fenêtre de lancement légèrement différente ou quelques centimètres de hauteur supplémentaire au sommet de la trajectoire peuvent avoir une importance réelle. Pour un joueur d’index 18, la question est déjà différente.
Parfois, les professionnels demandent justement de ne rien changer
Un témoignage provenant de Srixon est à ce titre particulièrement instructif. Lors du développement de la génération 2025 de la Z-Star Diamond, les ingénieurs de Dunlop ont expliqué avoir légèrement diminué sa compression. Mais ils ont également révélé quelque chose de beaucoup plus intéressant : la génération précédente avait été tellement appréciée des joueurs sous contrat que plusieurs d’entre eux leur avaient demandé de ne « pas trop la changer ». Voilà tout le paradoxe.
L’industrie doit proposer une nouvelle génération. Les ingénieurs doivent chercher des améliorations. Les services marketing devront ensuite expliquer en quoi la nouvelle balle est meilleure. Pendant ce temps, certains des meilleurs golfeurs du monde demandent aux ingénieurs de faire attention à ne pas modifier excessivement celle qu’ils possèdent déjà. Cela ne signifie évidemment pas que la recherche ne sert à rien.
Sur la génération 2025, Srixon a par exemple travaillé sur une nouvelle enveloppe très fine en uréthane utilisant de la biomasse, sur le revêtement Spin Skin+ et sur la construction du noyau. Sur la XV, les ingénieurs expliquaient avoir cherché à conserver la distance au driver tout en augmentant le spin avec les fers. Ce sont de véritables travaux de développement. Mais une question reste rarement posée au consommateur : quelle est l’ampleur réelle du progrès ?
« Plus » ne veut pas dire « beaucoup plus »
Lisez les lancements successifs de balles de golf et vous retrouverez régulièrement les mêmes promesses : plus de vitesse, davantage de distance, meilleur contrôle du spin, toucher amélioré, trajectoire plus stable. Le problème n’est pas nécessairement que ces affirmations soient fausses. Le problème est l’absence fréquente d’échelle. Si une nouvelle balle produit davantage de vitesse, combien ?
0,1 mph ? 0,5 mph ? 1 mph ?
Si elle génère davantage de spin avec un fer 7, parle-t-on de 50, 150 ou 500 tours par minute ? Si elle vole plus loin, gagne-t-elle 50 centimètres, deux mètres ou cinq mètres ? Et surtout : avec quelle vitesse de swing et quel joueur ?
Pour déterminer si une nouvelle génération constitue réellement un progrès pour un amateur, il faudrait idéalement comparer l’ancienne et la nouvelle balle dans les mêmes conditions : même joueur, même club, même vitesse, mêmes paramètres de lancement et un nombre de coups suffisant pour distinguer une évolution du produit de la dispersion naturelle du golfeur.
Or le discours commercial présente presque toujours la conclusion avant de présenter la mesure : la nouvelle génération est « améliorée ».
Le renouvellement est aussi un modèle économique
Il existe une autre raison de s’intéresser au cycle de deux ans. Elle n’est cette fois pas technique mais économique. Srixon n’est pas seul à renouveler régulièrement ses balles premium. Titleist fonctionne également sur un cycle de deux ans pour les Pro V1 et Pro V1x. Callaway et TaylorMade suivent eux aussi généralement des rythmes comparables sur leurs gammes premium. Et presque simultanément aux mystérieuses Srixon d’Asheville, de nouvelles Pro V1 et Pro V1x portant un marquage « Split Arrow » sont apparues sur la liste des balles conformes de l’USGA. Là encore, tout indique que Titleist prépare la génération suivante après les modèles lancés début 2025.
Ce fonctionnement n’est d’ailleurs pas caché. Dans son rapport annuel 2025 destiné aux investisseurs, Acushnet, propriétaire de Titleist, explique que ses nouveaux modèles de balles sont généralement lancés selon un cycle de deux ans. Le document précise également que les ventes d’une nouvelle balle sont plus importantes pendant l’année de son lancement que pendant sa deuxième année de commercialisation.
C’est une information essentielle pour comprendre le marché. Une nouvelle génération constitue à la fois un projet d’ingénierie et un événement commercial. Les comptes d’Acushnet permettent même d’en mesurer l’importance : le groupe a réalisé 2,559 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025. Les produits consommables — essentiellement balles et gants — représentaient près de 40 % des ventes du groupe. Acushnet indique également que les balles personnalisées représentent en moyenne entre 25 et 30 % de ses ventes mondiales de balles. Le lancement permanent n’est donc pas un détail de communication. Il participe au fonctionnement économique du secteur.
Le plus étonnant : la balle actuelle est déjà extraordinairement proche de ses limites réglementaires
Il existe enfin un paradoxe plus large. Pendant que les fabricants travaillent à produire des balles toujours plus performantes, les organismes qui administrent les règles du golf cherchent depuis plusieurs années à contenir l’augmentation des distances. En 2025, la distance moyenne au drive atteignait 302,8 yards sur le PGA Tour, soit environ 277 mètres. Elle montait même à 308,4 yards sur le Korn Ferry Tour. Sur le DP World Tour, la moyenne était de 297,8 yards. Le problème est suffisamment sérieux pour que l’USGA et le R&A travaillent depuis plusieurs années sur l’Overall Distance Standard, la norme réglementant notamment la distance maximale d’une balle.
Le protocole actuel utilise notamment une vitesse de tête de club de 120 mph. Le projet initial prévoyait de porter cette vitesse de test à 125 mph, avec un lancement à 11 degrés et 2 220 tours/minute, tout en conservant une distance limite de 317 yards assortie d’une tolérance de trois yards. Selon les estimations initiales de l’USGA et du R&A, l’effet aurait été inférieur à cinq yards pour de nombreux amateurs concernés, mais de 9 à 11 yards pour les joueurs professionnels masculins et jusqu’à 13 à 15 yards pour les joueurs les plus longs.
Seulement, le dossier a encore évolué.
En juin 2026, l’USGA, le R&A, le PGA Tour et le DP World Tour ont reconnu ensemble que la distance continuait d’augmenter au niveau professionnel. Mais ils ont également décidé qu’aucune modification du protocole ODS n’interviendrait avant janvier 2030, le temps d’étudier d’autres solutions.
Nous sommes donc dans une situation assez singulière. Les fabricants dépensent de l’argent pour trouver quelques gains supplémentaires. Les meilleurs joueurs cherchent eux-mêmes quelques fractions de performance. Et les instances dirigeantes cherchent simultanément comment empêcher ces gains cumulés de continuer à transformer les parcours.
Une nouvelle balle n’est pas nécessairement une balle dont vous avez besoin
Tout cela ne signifie pas que la future Z-Star sera identique à celle de 2025. Elle sera peut-être objectivement meilleure. Le commentaire de Lucas Glover sur la vitesse de la nouvelle Diamond mérite d’ailleurs notre attention. Et la phase de validation qui commence permettra peut-être de découvrir des différences techniques importantes lorsque Srixon communiquera les caractéristiques définitives. Mais il existe au moins trois définitions différentes du mot « meilleure ».
Une balle peut être meilleure dans un laboratoire. Elle peut être meilleure pour Lucas Glover. Et elle peut être meilleure pour vous. Ces trois affirmations ne sont pas équivalentes. Un professionnel capable de répéter extrêmement précisément son contact peut exploiter une modification de trajectoire ou de spin qu’un amateur ne parviendra jamais à distinguer de sa propre dispersion. À l’inverse, un changement de toucher, de hauteur de vol ou de spin peut réellement convenir à certains amateurs et moins à d’autres. C’est pourquoi le premier réflexe face à chaque nouvelle génération ne devrait probablement plus être : « Est-elle meilleure que l’ancienne ? »
La question utile serait plutôt : « Qu’est-ce qui a réellement changé, de combien, et est-ce que cette différence correspond à mon jeu ? »
La nouveauté n’est pas une mesure de la performance
C’est l’un des sujets que nous développons dans Penser avant de swinguer – Tome 2 : le marché du matériel de golf fonctionne nécessairement grâce à la nouveauté. Une marque ne peut pas présenter tous les deux ans une nouvelle balle en expliquant simplement que l’ancienne était déjà excellente et que la majorité des golfeurs peuvent parfaitement continuer à la jouer. Pourtant, dans certains cas, c’est probablement le conseil le plus rationnel.
La future Srixon Z-Star mérite donc que nous nous y intéressions. Nous chercherons à la tester lorsque le produit définitif sera disponible et, surtout, à mesurer les différences avec la génération précédente. Pas uniquement pour savoir si elle est meilleure.
Mais pour savoir de combien elle est meilleure, pour quel joueur, et à partir de quel niveau de jeu cette différence devient réellement perceptible. Car après neuf générations de Z-Star depuis 2009, le véritable enjeu n’est peut-être plus de savoir si les ingénieurs peuvent encore améliorer une balle de golf. Ils le peuvent probablement. Le véritable enjeu est de savoir si le golfeur qui l’achète pourra, lui, mesurer cette amélioration sur sa carte de score.
