TaylorMade P790 2025 et évolution des cinq générations de fers P790 depuis 2017Du premier P790 de 2017 au modèle 2025, TaylorMade a fait évoluer son fer players distance pendant cinq générations. Mais quelle part de ces innovations représente un progrès réellement perceptible pour le golfeur ?

En 2017, le TaylorMade P790 avait quelque chose de réellement nouveau à proposer. Il ressemblait à un fer destiné aux bons joueurs, mais cachait sous ses lignes relativement compactes une construction creuse, une face fine et du SpeedFoam. L’objectif était alors assez facile à comprendre : produire la vitesse et la tolérance d’un fer moderne sans imposer au joueur la silhouette volumineuse d’un club d’amélioration du jeu.

Huit ans plus tard, TaylorMade en est à la cinquième génération.

Entre-temps, la face s’est affinée, le tungstène a changé de place, le SpeedFoam est devenu SpeedFoam Air, le centre de gravité a été déplacé, puis individualisé selon les fers, la zone efficace de la face a grandi et, en 2025, un nouvel acier 4340M est venu remplacer le matériau utilisé précédemment.

À lire les présentations successives de TaylorMade, le P790 n’a donc jamais cessé de progresser.

Mais une autre question nous intéresse davantage : de combien le golfeur a-t-il réellement progressé avec lui ?

C’est une question très différente.

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En 2017, l’innovation était facile à identifier

Il serait injuste de réduire l’histoire du P790 à une succession de campagnes marketing.

Le modèle original associait une construction creuse, une face forgée relativement fine, du tungstène, un Speed Pocket et surtout le SpeedFoam injecté à l’intérieur de la tête. TaylorMade cherchait ainsi à résoudre une contradiction : obtenir davantage de vitesse et de tolérance tout en conservant l’apparence et les sensations attendues d’un fer de joueur.

Le concept a suffisamment marqué son époque pour contribuer à installer durablement une catégorie aujourd’hui banale dans les catalogues : celle des « players distance irons ».

Le P790 n’était pas une lame. Ce n’était pas non plus un fer traditionnel d’amélioration du jeu.

C’était précisément son intérêt.

Un test réalisé à l’époque par Golf Monthly donnait une bonne illustration de cette orientation : avec un fer 7 ouvert à 30,5 degrés, le journaliste obtenait 181 yards de carry en moyenne sur GCQuad, avec 4 669 tr/min de spin.

La distance était spectaculaire.

Mais elle soulevait déjà une question qui reste essentielle aujourd’hui : quelle part provenait réellement de la technologie de la tête et quelle part provenait simplement de la géométrie du club, notamment de son loft ?

2019 : améliorer un concept qui fonctionnait déjà

Deux ans seulement après le lancement, TaylorMade présente une deuxième génération.

Cette fois, la face est annoncée 7 % plus fine, la masse de tungstène augmente de 15 %, le centre de gravité descend et la géométrie de la tête évolue. La marque introduit également sa Progressive Inverted Cone Technology afin d’améliorer les performances sur une plus grande partie de la face.

C’est déjà un changement intéressant dans la nature du progrès.

Le problème fondamental avait été résolu en 2017. Il ne s’agissait plus d’inventer le P790, mais de l’optimiser.

Et cette logique va ensuite caractériser pratiquement toutes les générations suivantes.

2021 : 69 % plus léger, mais pas 69 % meilleur

La troisième génération fournit probablement le meilleur exemple de la difficulté à interpréter les chiffres utilisés dans la communication sur le matériel.

TaylorMade remplace le SpeedFoam par le SpeedFoam Air, annoncé comme 69 % moins dense.

69 % est considérable.

Le gain de masse réel est pourtant d’environ 3,5 grammes par tête. Ces quelques grammes, associés à d’autres modifications de construction, permettent notamment d’augmenter fortement la quantité de tungstène et de déplacer le centre de gravité. Sur certains fers, TaylorMade indique être passé de 13,8 à 31 grammes de tungstène.

La marque annonce également un sweet spot jusqu’à 60 % plus grand que sur le P790 original.

Il ne faut pas en conclure que les chiffres sont faux.

Il faut comprendre ce qu’ils mesurent.

« 69 % plus léger » décrit ici une caractéristique d’un matériau. Cela ne signifie évidemment ni 69 % de distance supplémentaire, ni 69 % de tolérance supplémentaire, encore moins 69 % de coups gagnés sur un parcours.

C’est précisément à cet endroit que caractéristique technique et bénéfice pour le golfeur commencent parfois à se confondre.

2023 : la distance n’est déjà plus vraiment le sujet

La quatrième génération est intéressante parce que TaylorMade commence à travailler de manière plus explicite sur la cohérence de la série.

Le FLTD CG apparaît. Le centre de gravité est placé très bas dans les longs fers puis remonte progressivement dans les fers courts. L’objectif est logique : faciliter lancement et tolérance dans le haut du sac tout en privilégiant trajectoire et contrôle avec les clubs de scoring.

La face forgée en 4140 atteint alors 1,56 mm dans sa partie la plus fine. Une nouvelle architecture interne et une barre de stabilisation acoustique apparaissent également.

Le P790 devient ainsi un produit révélateur de la maturité atteinte par cette catégorie.

On ne cherche plus seulement à faire partir la balle plus vite.

On travaille sur l’endroit où se trouve le centre de gravité, la conservation de la vitesse sur les frappes imparfaites, les écarts entre clubs, le son, les sensations et la trajectoire.

Autrement dit, les progrès deviennent plus subtils.

Puis arrive le P790 2025 et son chiffre de 24 %

Pour la cinquième génération, TaylorMade introduit une face forgée en 4340M, un matériau que la marque annonce 20 % plus résistant que celui des générations précédentes.

Cette résistance supplémentaire permet d’affiner la face. TaylorMade annonce davantage de vitesse et de distance ainsi qu’une zone efficace pouvant être jusqu’à 24 % plus grande que celle du fer 7 P790 2023. La marque précise que ses affirmations concernant vitesse et distance proviennent de tests joueurs comparant les deux générations.

Tout cela constitue un progrès technique parfaitement plausible.

Mais observons attentivement la chaîne de causalité :

matériau 20 % plus résistant → face potentiellement plus fine → davantage de flexion → potentiel de vitesse supérieur → éventuel gain de distance.

Les 20 % ne mesurent donc pas le gain du golfeur.

Pas davantage que les 24 % supplémentaires de « sweet spot ».

Cette dernière valeur pose d’ailleurs immédiatement une autre question : comment TaylorMade définit-il exactement la frontière de ce sweet spot ?

La communication publique consultée précise la comparaison — fer 7 2025 contre fer 7 2023 — mais ne fournit pas suffisamment d’éléments pour transformer ces 24 % en mètres gagnés ou en dispersion économisée pour un joueur donné.

Et c’est précisément cette information qui serait la plus intéressante pour le golfeur.

Les tests indépendants racontent une histoire beaucoup moins spectaculaire

Avec plus d’un an de recul sur le P790 2025, les essais disponibles permettent désormais de sortir du seul discours de lancement.

Et leurs conclusions sont instructives.

Golf Monthly, après avoir alterné les frappes entre les versions 2023 et 2025, considère que les progrès apparaissent davantage dans les subtilités que dans les données brutes du launch monitor. Le journaliste souligne surtout la conservation de vitesse sur les impacts décentrés, l’amélioration des sensations et le travail effectué sur la semelle.

Un autre test comparatif publié par Golfstead mesure environ 1 mph de vitesse de balle supplémentaire en moyenne face au modèle 2023, avec des niveaux de spin proches. Son auteur estime en revanche que les pertes de vitesse et de stabilité sur les frappes décentrées restent assez similaires entre les deux générations.

Ce ne sont évidemment pas des résultats universels. Un testeur, un shaft, une balle et une vitesse de swing ne représentent pas l’ensemble des golfeurs.

Mais ils donnent une échelle au progrès.

Nous sommes loin d’une révolution.

Et ce n’est pas nécessairement une critique du P790.

Le loft a lui aussi continué son travail

Un détail permet également de remettre la recherche de distance en perspective.

Le fer 7 P790 2023 affichait 30,5 degrés. Celui de 2025 est passé à 30 degrés. Le fer 8 est passé de 35 à 34 degrés, le fer 9 de 40 à 39 degrés et le pitching wedge de 45 à 44 degrés.

Un demi-degré sur un fer 7 ne suffit évidemment pas à expliquer l’ensemble d’une différence de performance.

Mais il rappelle une règle essentielle lorsqu’on compare deux clubs : le numéro inscrit sous la semelle ne constitue pas une unité de mesure.

Comparer deux fers 7 sans regarder leurs lofts, leurs longueurs, leurs shafts et leurs caractéristiques de masse peut conduire à attribuer à une technologie un gain dont une partie provient simplement de la configuration du club.

C’était vrai en 2017.

Cela reste vrai en 2026.

Alors, huit ans de progrès pour quoi ?

C’est probablement ici que l’histoire du P790 devient beaucoup plus intéressante que le traditionnel débat « nouveau modèle contre ancien modèle ».

Le progrès existe.

Mais il a changé de nature.

Entre 2017 et 2025, TaylorMade a successivement travaillé sur la finesse de la face, la répartition des masses, la quantité et la position du tungstène, la densité de la mousse interne, la localisation du centre de gravité, la conservation de vitesse sur les impacts décentrés, l’étagement des trajectoires, le son, les sensations, la semelle et enfin le matériau de la face.

Additionner toutes les améliorations annoncées serait pourtant absurde.

Un sweet spot annoncé 60 % plus grand en 2021 que celui de 2017, puis jusqu’à 24 % plus grand en 2025 que celui de 2023, ne permet pas de calculer une quelconque progression globale du joueur.

Ces pourcentages ne mesurent pas la même chose que son score.

C’est l’une des distinctions essentielles que nous développons dans Penser avant de swinguer – Tome 2 : un progrès technique n’est pas nécessairement un gain mesuré ; un gain mesuré n’est pas nécessairement un bénéfice pour un joueur ; et ce bénéfice ne se transforme pas automatiquement en amélioration du score.

Faut-il remplacer un ancien P790 par le modèle 2025 ?

Posée ainsi, la question n’a pas de réponse universelle.

Un joueur utilisant encore un P790 de première génération peut légitimement trouver dans le modèle actuel une accumulation de petites améliorations suffisamment importante pour justifier un essai.

Pour le propriétaire d’un P790 2023, la situation est très différente.

Les données disponibles suggèrent davantage un raffinement qu’une rupture. Un testeur ayant comparé directement les deux générations les juge même très proches en distance, tolérance et trajectoire, les différences les plus sensibles concernant surtout les sensations et l’esthétique.

Cela ne signifie pas qu’un joueur particulier ne gagnera rien.

Cela signifie qu’il faut le mesurer.

Et le protocole est relativement simple : même balle, conditions comparables et, autant que possible, shafts adaptés. Puis comparer non pas le meilleur coup de chaque série, mais le carry moyen, la dispersion, la perte de distance sur les impacts imparfaits, la hauteur, le spin et surtout les écarts entre les clubs.

La question n’est alors plus :

« Le P790 2025 est-il meilleur ? »

Elle devient :

« Est-il suffisamment meilleur pour moi pour justifier de changer ? »

Le P790 raconte finalement l’histoire du matériel moderne

Le plus intéressant dans ces huit années n’est peut-être pas de déterminer quelle génération du P790 est la meilleure.

C’est d’observer ce qui arrive à un produit lorsqu’un concept initialement très innovant arrive progressivement à maturité.

En 2017, TaylorMade pouvait modifier l’architecture même du fer.

En 2025, les ingénieurs travaillent sur quelques grammes déplacés, quelques dixièmes de degré, une nouvelle nuance d’acier, une face encore affinée, une semelle redessinée ou une zone efficace agrandie.

Ces améliorations peuvent être réelles. Certaines peuvent même être remarquablement sophistiquées.

Mais l’industrie doit ensuite accomplir un exercice beaucoup plus difficile : transformer une amélioration d’ingénierie parfois marginale en raison suffisamment forte pour acheter une nouvelle série.

C’est là que commence le marketing de la révolution permanente. Dans une industrie où les marges de progression deviennent progressivement plus étroites, le travail de l’ingénieur consiste à produire une différence. Celui du marketing consiste à rendre cette différence désirable.

Au golfeur revient une troisième tâche : déterminer si cette différence lui est réellement utile.

Après cinq générations, c’est probablement la meilleure façon de regarder le TaylorMade P790.

Non pas en demandant si le modèle 2025 est technologiquement supérieur à celui de 2017 — il l’est sur de nombreux points mesurables — mais en séparant quatre questions : le club est-il techniquement différent ? Le gain est-il mesurable ? Ce gain répond-il à un problème réel du joueur ? Et a-t-il une chance raisonnable d’améliorer son jeu sur le parcours ?

Huit ans après le premier P790, la réponse à la première question est clairement oui.

Pour les trois suivantes, le launch monitor — et le golfeur — ont encore leur mot à dire.

Par Laurent Agostini

**Laurent Agostini** Journaliste spécialisé dans le golf depuis 2010, fondateur de MyGolfMedia et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au golf, dont *Penser avant de swinguer*. Il analyse l'actualité, les technologies, le matériel et les méthodes de progression avec une approche indépendante, fondée sur les faits, les données et les témoignages de professionnels.

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