Justin Thomas sur le parcours – mieux jouer au golf grâce à la stratégieAu golf, la qualité de la décision compte parfois davantage que la qualité du swing. Justin Thomas illustre ici toute la dimension stratégique du jeu. Photo : Laurent Agostini / MyGolfMedia

Il existe au golf une manière assez étrange d’envisager la progression. Lorsque nous jouons mal, nous pensons presque immédiatement au swing. Nous cherchons une modification technique, un exercice au practice, parfois un nouveau club. Pourtant, entre le moment où nous arrivons sur le parcours et celui où nous signons notre carte, une autre variable intervient en permanence : nos décisions.

Quel club jouer ? Quelle cible choisir ? Jusqu’où prendre un risque ? Faut-il attaquer ce drapeau ? Tenter de passer au-dessus de l’eau ? Sortir le driver ? Revenir au jeu après un mauvais trou ou essayer immédiatement de récupérer le coup perdu ? Ces décisions ne produisent aucun kilomètre-heure supplémentaire et n’améliorent pas le centrage de la balle. Elles peuvent pourtant modifier le score.

Les statistiques modernes ont d’ailleurs profondément changé la manière d’aborder la stratégie. Pendant longtemps, le golf a enseigné une forme de prudence assez sommaire : trouver les fairways, éviter les bunkers, viser le milieu des greens et ne jamais prendre de risques inutiles. L’analyse statistique montre une réalité beaucoup plus subtile. Bien jouer un parcours ne signifie pas jouer systématiquement prudemment. Cela consiste surtout à choisir le risque qui possède la meilleure espérance de résultat.

Bannière du livre Penser avant de swinguer, tome 1, de Laurent Agostini, consacré à la compréhension du corps et aux meilleures décisions sur le parcours.

Le par n’est probablement pas votre bon objectif

La première erreur stratégique se trouve peut-être imprimée sur la carte de score.

Par 4.

Pour un joueur professionnel, cette information constitue une référence logique. Pour un joueur d’index 18 ou 25, elle peut devenir une mauvaise instruction.

L’USGA rappelle d’ailleurs que le Handicap Index ne représente pas le score que le joueur devrait réaliser à chaque partie, mais son potentiel démontré. Selon l’organisme américain, un joueur ne joue à son handicap qu’environ 20 à 25 % du temps.

En 2025, l’USGA a même proposé aux golfeurs de raisonner davantage en « target score », le score correspondant au niveau du joueur sur le parcours et les départs utilisés. Pour un Course Handicap de 20 sur un par 71, l’objectif devient ainsi 91 et non 71.

La différence paraît purement comptable. Elle change pourtant complètement la stratégie.

Prenons un par 4 difficile de 390 mètres avec de l’eau à droite du green. Pour le joueur qui pense que son objectif est obligatoirement le par, un mauvais drive crée immédiatement une urgence : il faut sauver le trou. Un deuxième coup de 180 mètres au-dessus ou à proximité de l’obstacle devient alors tentant.

Pour celui qui considère que ce trou lui « donne » un coup, le problème est différent. Trois coups pour atteindre le green et deux putts produisent un bogey parfaitement acceptable.

Le même joueur, avec le même swing et les mêmes clubs, peut donc jouer deux stratégies radicalement différentes simplement parce qu’il ne poursuit plus le même objectif.

C’est probablement l’une des premières règles de la gestion de parcours : jouer contre son propre niveau plutôt que contre le chiffre imprimé sur la carte.

Le golf moderne ne consiste plus simplement à trouver les fairways

Pendant des décennies, une statistique a dominé l’analyse du grand jeu : les fairways touchés.

Elle reste utile. Elle est simplement insuffisante.

Justin Thomas en fournit un exemple intéressant en 2026. Sur le PGA Tour, l’Américain affiche une distance moyenne au drive de 311,3 yards, soit environ 285 mètres, mais seulement 61,03 % de fairways touchés. Malgré cela, ses performances depuis le tee lui permettent de gagner des coups sur le champ : +0,176 stroke gained off the tee au moment où ces statistiques sont relevées.

Évidemment, un amateur ne doit pas chercher à reproduire le jeu de Justin Thomas. Sa vitesse, son contrôle de balle et sa capacité à sortir du rough n’ont pratiquement rien à voir avec ceux du golfeur moyen.

Mais son exemple permet de comprendre quelque chose : rater un fairway n’est pas automatiquement une mauvaise décision.

La véritable question est de savoir où finit la balle et quelles conséquences produit le coup.

Un drive de 220 mètres légèrement dans le rough peut laisser 130 mètres jusqu’au green. Un hybride parfaitement placé à 180 mètres peut en laisser 170. Le premier coup a « raté » le fairway ; le second l’a trouvé. Pourtant, la situation créée par le premier peut rester statistiquement plus favorable.

À l’inverse, si le même driver fait entrer en jeu un hors-limites, un obstacle pénalisant ou une zone depuis laquelle le green devient inaccessible, l’équation change complètement.

La stratégie ne consiste donc pas à choisir entre agressivité et prudence. Elle consiste à mettre en relation le gain potentiel et la gravité du mauvais résultat.

Votre dispersion compte davantage que votre meilleur coup

C’est probablement ici que les amateurs commettent leur erreur la plus coûteuse.

Ils choisissent leur stratégie à partir du coup qu’ils savent réussir.

Un joueur a déjà frappé son fer 7 à 150 mètres. Il considère donc que son fer 7 est son club de 150 mètres. Il a déjà réussi un bois 3 de 200 mètres : lorsque 195 mètres le séparent du green, il estime que le coup existe.

Techniquement, c’est vrai.

Statistiquement, cela peut être très différent.

Un golfeur ne devrait pas construire sa stratégie uniquement autour de la moyenne de ses meilleurs coups mais autour de sa distribution réelle : coups courts, longs, à gauche, à droite et mal contactés.

Imaginez un joueur dont les dix derniers drives ont terminé entre 175 et 225 mètres, dans une zone de 55 mètres de largeur. Son problème stratégique n’est pas de savoir où envoyer son drive idéal de 225 mètres. Il est de placer cette zone de dispersion là où les conséquences seront les moins graves.

Cette manière de raisonner rapproche le golf d’une logique probabiliste.

Le créateur du système DECADE, Scott Fawcett, a construit sa méthode de gestion de parcours en analysant notamment d’importantes quantités de données de strokes gained et de coups du PGA Tour. Son principe fondamental n’est pas de chercher systématiquement le coup le plus prudent, mais de construire des cibles tenant compte de la dispersion et des pénalités possibles.

Cela conduit parfois à une conclusion surprenante : jouer vers le milieu d’un green peut être agressif au bon sens du terme, tandis qu’attaquer un drapeau placé près d’un obstacle constitue simplement une mauvaise utilisation de sa dispersion.

Supposons un green large de 30 mètres avec un drapeau situé à quatre mètres du bord droit et un bunker profond juste derrière.

Si votre dispersion habituelle avec le club choisi représente une vingtaine de mètres, viser directement le drapeau signifie qu’une partie normale de vos coups terminera mécaniquement dans la mauvaise zone. Vous n’avez pas nécessairement exécuté un mauvais swing. Vous avez simplement placé votre dispersion au mauvais endroit.

C’est une distinction fondamentale.

Nous jugeons souvent nos décisions après avoir vu le résultat. Au golf, il faudrait apprendre à les juger avant.

Une bonne décision peut produire un bogey

C’est sans doute la notion la plus difficile à accepter.

Vous pouvez prendre une excellente décision et faire bogey.

Vous pouvez également prendre une décision absurde et réussir un birdie.

Un joueur placé à 190 mètres d’un green protégé par de l’eau peut sortir son bois 3, réussir le meilleur coup de sa journée et déposer la balle à trois mètres du trou. Le résultat est magnifique.

Cela ne prouve absolument pas que la décision était bonne.

Si ce même joueur réussit ce coup deux fois sur dix, tombe cinq fois dans l’eau et termine trois fois dans une situation difficile, le birdie obtenu cette fois-là ne transforme pas soudainement l’option en stratégie rationnelle.

Le golf possède cette particularité : le résultat immédiat récompense parfois les mauvaises décisions et punit parfois les bonnes.

C’est pourquoi la gestion du parcours demande une forme de discipline intellectuelle.

Après un coup, il faudrait idéalement séparer deux questions :

Ai-je choisi le bon coup ?

et

Ai-je correctement exécuté ce coup ?

Confondre les deux entraîne une quantité considérable de mauvaises conclusions.

Un fer 7 parfaitement exécuté vers une cible mal choisie reste une mauvaise décision. Un fer 7 légèrement gratté vers une cible intelligente peut rester une bonne décision mal exécutée.

Cette distinction permet également de sortir du cycle émotionnel qui détruit tant de cartes.

Le coup précédent ne doit pas choisir le suivant

Vous venez de faire double bogey.

Au départ suivant, un par 5 apparaît. Immédiatement, une pensée surgit : « Il faut que je récupère un coup. »

Pourquoi ?

Le parcours ne sait pas que vous venez de faire double bogey.

Le trou suivant n’a pas changé de longueur. Le bunker n’a pas bougé. Votre dispersion au driver non plus.

Pourtant, votre stratégie change.

C’est l’un des pièges classiques du golf : nous transformons une information passée, qui ne peut plus être modifiée, en paramètre d’une décision future.

Après un mauvais trou, certains joueurs deviennent plus agressifs. Après deux birdies, d’autres deviennent excessivement prudents parce qu’ils veulent « protéger leur carte ». Dans les deux cas, l’émotion modifie une décision qui devrait d’abord dépendre de la situation présente.

Le bon coup sur le départ du 12 devrait théoriquement être le même après un birdie ou après un triple bogey au 11.

Évidemment, nous ne sommes pas des machines. La confiance, la fatigue et l’état émotionnel modifient réellement notre capacité à exécuter un coup. Il serait donc absurde de les ignorer.

Mais il existe une différence entre intégrer son état du moment et essayer de négocier avec le passé.

Une carte de golf n’a pas besoin d’être réparée.

Elle doit être poursuivie.

Les professionnels ratent énormément de coups

L’image télévisuelle déforme considérablement notre perception du golf.

Nous voyons les drives de 300 mètres, les fers déposés près du drapeau et les putts de huit mètres qui tombent. Les réalisateurs montrent rarement pendant plusieurs minutes un joueur qui vise raisonnablement le centre d’un green et réalise deux putts.

Pourtant, même les meilleurs joueurs du monde vivent dans un univers de dispersion.

Justin Thomas, encore lui, touchait 63,55 % des greens en régulation dans les statistiques PGA Tour 2026 consultées pour cet article. Autrement dit, même un vainqueur de majeur doté d’une qualité de frappe inaccessible à l’immense majorité des amateurs manque plus d’un green sur trois dans cette statistique. Sa proximité moyenne au drapeau était de 38 pieds 7 pouces, soit environ 11,8 mètres.

Ces chiffres sont intéressants précisément parce qu’ils semblent beaucoup moins extraordinaires que les images télévisées.

Ils rappellent que le golf n’est pas un concours de coups parfaits.

C’est un jeu dans lequel il faut organiser les conséquences de coups imparfaits.

Pour un amateur, cette idée devrait être libératrice. Si votre stratégie nécessite trois coups exceptionnels successifs pour produire le score espéré, le problème ne vient peut-être pas seulement de votre swing. Il vient du scénario que vous lui imposez.

Le parcours vous donne déjà des informations : utilisez-les

Longueur du trou, largeur des zones de réception, bunkers, eau, hors-limites, dimensions du green, profondeur du rough : la difficulté d’un trou n’est pas abstraite.

L’USGA explique d’ailleurs que son Course Rating prend notamment en compte la longueur, les obstacles influençant le score, la proximité des zones à pénalité, les dimensions du green, la présence et la profondeur des bunkers ou encore la hauteur du rough.

Ce sont précisément les éléments qu’un joueur devrait observer avant de choisir sa cible.

Sur un par 4 de 330 mètres très étroit, driver n’est pas automatiquement une erreur. Sur un trou de 400 mètres très large, jouer systématiquement un fer pour « assurer » n’est pas automatiquement intelligent.

Il faut regarder ce que chaque option ouvre et ce qu’elle ferme.

Si le driver apporte 40 mètres supplémentaires sans faire entrer une pénalité sévère dans votre dispersion habituelle, la distance possède une valeur considérable.

Si ces mêmes 40 mètres font entrer un hors-limites dans une zone où terminent régulièrement vos mauvais coups, la situation devient différente.

Même raisonnement vers les greens. Un drapeau situé au fond à gauche derrière un bunker ne constitue pas nécessairement votre cible. La cible peut être quinze mètres à droite du drapeau parce que cette zone maximise vos chances de jouer le coup suivant dans de bonnes conditions.

Le golf stratégique commence lorsque l’on cesse de confondre le drapeau avec la cible.

Avant chaque coup, quatre questions peuvent suffire

La stratégie peut devenir extraordinairement complexe. Elle n’a pourtant pas besoin de l’être pour un amateur.

Avant un coup important, quatre questions permettent déjà de modifier profondément la manière de jouer :

  1. Quel est mon résultat normal avec ce club, et non mon meilleur résultat ?
  2. Où se trouve la faute réellement coûteuse ?
  3. Quelle cible laisse ma dispersion dans la plus grande zone acceptable ?
  4. Si je rate normalement ce coup, quelle sera ma situation suivante ?

La dernière question est probablement la plus intéressante.

Nous choisissons généralement un coup en imaginant sa réussite.

Essayez de faire l’inverse.

Imaginez votre raté habituel.

Pas le socket exceptionnel. Pas la balle envoyée cinquante mètres dans les bois une fois tous les deux mois. Votre raté normal.

Si ce raté laisse encore un coup raisonnable, votre stratégie possède probablement une certaine robustesse.

S’il transforme immédiatement le trou en double ou triple bogey, demandez-vous ce que vous achetez réellement en prenant ce risque.

Peut-être existe-t-il des coups à gagner sans changer votre swing

Nous consacrons beaucoup de temps à améliorer le mouvement. C’est légitime. Un meilleur contact, davantage de vitesse, une face mieux contrôlée et un petit jeu plus précis permettent évidemment de mieux scorer.

Mais la technique possède une caractéristique frustrante : elle demande du temps.

La décision peut changer dès demain matin.

Cela ne signifie pas qu’une stratégie intelligente fera passer instantanément un joueur de 18 à 10 d’index. Les données ne permettent pas de promettre sérieusement un nombre universel de coups gagnés. Tout dépend du niveau, des erreurs habituelles et du parcours.

Elle peut en revanche supprimer certains coups qui n’avaient aucune raison d’exister.

Le deuxième coup héroïque après un drive raté.

Le drapeau attaqué depuis 165 mètres alors que le centre du green était disponible.

Le driver sorti automatiquement parce que le trou est un par 4.

Le lay-up joué automatiquement parce que « c’est plus prudent ».

Le putt de quatre mètres agressé après un double bogey parce qu’il faut absolument faire birdie.

Le club choisi selon sa distance maximale plutôt que sa distance habituelle.

Tous ces coups ont quelque chose en commun : ils ne sont pas nécessairement causés par un mauvais swing.

Ils commencent quelques secondes avant.

Dans notre manière de regarder le trou.

Le golf restera toujours un sport d’exécution. Mais entre deux joueurs possédant exactement le même swing, les mêmes distances et la même dispersion, celui qui place mieux ses erreurs peut finir par rendre une carte différente.

Et c’est peut-être la forme de progression la plus accessible qui soit : avant d’essayer de frapper de meilleurs coups, commencer par donner à ses mauvais coups de meilleurs endroits où terminer.

Couverture du livre Penser avant de swinguer Tome 2 de Laurent Agostini, consacré au choix du matériel de golf, disponible le 2 octobre 2026.

Par Laurent Agostini

**Laurent Agostini** Journaliste spécialisé dans le golf depuis 2010, fondateur de MyGolfMedia et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au golf, dont *Penser avant de swinguer*. Il analyse l'actualité, les technologies, le matériel et les méthodes de progression avec une approche indépendante, fondée sur les faits, les données et les témoignages de professionnels.

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