Victor Perez et deux balles séparées de dix centimètres au 18 de l’Open d’Espagne 2026Au 18 de l’Open d’Espagne 2026, les balles de Victor Perez et Grant Forrest se sont retrouvées à une dizaine de centimètres l’une de l’autre avant le dénouement du tournoi.

Deux balles séparées d’une dizaine de centimètres sur la même butte à gauche du green, un arbitre appelé à intervenir, deux wedges et deux résultats très différents. Le dernier trou de l’Open d’Espagne 2026 a offert une situation aussi rare que passionnante. Cinq ans plus tôt, ce même 18 avait déjà décidé du titre entre Rafael Cabrera Bello et Adri Arnaus. Retour sur deux dénouements qui montrent combien quelques centimètres de lie et quelques mètres de petit jeu peuvent peser sur un tournoi — et sur les règles que tout amateur devrait connaître dans cette situation.

Deux joueurs à −13, un troisième déjà au clubhouse

Dimanche 11 octobre 2026, le Club de Campo Villa de Madrid s’apprête à connaître le vainqueur de son Open d’Espagne. Après quatre jours de compétition, trois joueurs peuvent encore prétendre au titre : l’Écossais Grant Forrest, le Français Victor Perez et l’Espagnol Eugenio Chacarra. Ce dernier a terminé sa journée quelques minutes auparavant. Auteur d’une carte de 66, construite notamment grâce à un aller bouclé en cinq coups sous le par, Chacarra a fixé la marque à −13, avec un total de 271 coups.

Forrest et Perez arrivent au départ du 18 avec le même score de −13. Tous deux savent qu’un birdie leur permettrait de gagner directement, tandis qu’un par les conduirait vers un playoff avec Chacarra. Le dernier trou ne représente donc plus simplement une possibilité de gagner un coup : il constitue la frontière entre une victoire immédiate et un départage à trois. Et la configuration particulière du 18 va donner à cette dernière mise en jeu une importance considérable.

Bannière du livre Penser avant de swinguer, tome 1, de Laurent Agostini, consacré à la compréhension du corps et aux meilleures décisions sur le parcours.

Le 18 de Madrid : un par 4 qui invite à prendre des risques

Le dernier trou du parcours noir du Club de Campo Villa de Madrid, dessiné par Javier Arana, est un par 4 relativement court que les joueurs les plus longs peuvent attaquer directement depuis le départ. Cette possibilité change complètement sa lecture stratégique. Un joueur peut chercher le green en un coup et s’offrir une possibilité d’eagle ou un birdie relativement court, mais une mise en jeu imparfaite peut aussi laisser une approche délicate autour du green.

Le dessin du trou renforce ce dilemme. Le rough a été volontairement laissé haut dans certaines zones et le relief autour du green peut transformer une balle qui manque la cible de quelques mètres en coup de petit jeu beaucoup plus complexe. Dans un tournoi qui se joue à un coup, la question n’est donc pas seulement de savoir à quelle distance du green termine la mise en jeu. La position exacte de la balle et son lie peuvent être tout aussi importants.

C’est précisément ce qui arrive à Forrest et Perez. Les deux hommes choisissent l’option offensive et leurs mises en jeu ne trouvent pas le green. Elles terminent toutes les deux sur la butte située à gauche et en avant du green, à l’endroit où ils vont devoir jouer leur deuxième coup au wedge. Mais il y a une particularité extraordinaire : leurs deux balles sont presque au même endroit.

Dix centimètres entre les deux balles

Sur la butte, les balles de Grant Forrest et Victor Perez se retrouvent séparées d’environ dix centimètres. À l’échelle d’un trou de golf, la distance est dérisoire. Pour deux joueurs qui doivent maintenant exécuter une approche au wedge avec le titre en jeu, elle devient au contraire essentielle.

La balle de Perez se trouve suffisamment proche de celle de Forrest pour gêner l’exécution du coup de l’Écossais. Un arbitre intervient et le Français marque puis relève sa balle afin de permettre à Forrest de jouer. La procédure n’a rien d’exceptionnel sur le plan réglementaire, même si la situation l’est par son contexte : deux prétendants au titre, au dernier trou, dont les balles reposent presque côte à côte avant leurs approches respectives.

La règle 15.3b prévoit précisément cette situation. Lorsqu’une balle appartenant à un autre joueur risque raisonnablement de gêner le jeu, le joueur peut demander qu’elle soit marquée puis relevée. Et contrairement à une idée assez répandue chez les amateurs, cette possibilité n’est pas réservée au putting-green : elle existe partout sur le parcours.

La scène permet alors de regarder autrement les deux coups qui vont suivre. Forrest et Perez ne jouent pas deux approches vaguement comparables depuis deux secteurs différents du parcours. Ils jouent au wedge depuis pratiquement le même endroit, sur la même butte, leurs balles n’ayant été séparées que d’une dizaine de centimètres.

Le problème du lie : dix centimètres ne signifient pas le même coup

C’est ici que la situation devient particulièrement intéressante. Lorsque Perez replace sa balle après le coup de Forrest, celle-ci paraît reposer un peu plus profondément dans l’herbe. Cette impression visuelle ne suffit pas à établir que son lie a été détérioré ni qu’une procédure incorrecte a été appliquée. Perez ne réclame pas, à notre connaissance, un autre emplacement et rien ne permet d’accuser l’arbitrage d’avoir influencé le résultat.

Mais la situation illustre parfaitement une subtilité des Règles de golf. Une balle relevée doit normalement être replacée à son emplacement d’origine. Si son lie a réellement été modifié pendant qu’elle était relevée, la règle 14.2d prévoit une procédure différente : ailleurs que dans le sable, le joueur doit trouver l’emplacement le plus proche offrant un lie aussi similaire que possible au lie d’origine, à une longueur de club au maximum, dans la même zone du parcours et sans se rapprocher du trou.

La nuance est essentielle. La règle n’autorise évidemment pas Perez, ou n’importe quel joueur, à rechercher un meilleur lie simplement parce que sa balle repose mal. Elle vise à empêcher qu’un joueur soit désavantagé parce que les conditions dans lesquelles sa balle reposait ont changé pendant qu’une procédure réglementaire l’obligeait à la relever.

Et surtout, deux balles séparées de dix centimètres peuvent offrir deux coups très différents. Quelques brins d’herbe supplémentaires derrière la balle, une balle légèrement plus enfoncée ou une orientation différente du rough suffisent à modifier le contact, la quantité d’herbe susceptible de s’intercaler entre la face du wedge et la balle, la hauteur de sortie et le contrôle de la roule.

Il n’est donc pas nécessaire de chercher une controverse pour que la scène soit intéressante. Sa valeur est ailleurs : elle montre de façon presque expérimentale qu’en petit jeu, la proximité géographique de deux balles ne signifie pas que les deux joueurs disposent exactement du même coup.

Forrest joue en premier : un wedge qui lui laisse le birdie de la victoire

Une fois la balle de Perez relevée, Forrest peut jouer. Depuis la butte située à gauche et devant le green, il sort son wedge et doit doser une approche dont l’objectif est évident : se donner un putt suffisamment court pour transformer le 18 en birdie et prendre seul la tête à −14.

L’Écossais réussit son coup. Son wedge envoie la balle sur le green et celle-ci s’immobilise à courte distance du trou. Les estimations varient légèrement selon les comptes rendus, mais on peut retenir entre 90 centimètres et 1,20 mètre. À cet instant, Forrest n’a évidemment encore rien gagné, mais il vient de transformer une approche délicate depuis la butte en une véritable occasion de birdie.

Perez replace ensuite sa balle et joue pratiquement le même type de coup, lui aussi au wedge depuis la butte. Son approche n’est pas catastrophique : elle trouve le green et lui laisse encore une possibilité de birdie. Mais elle est moins précise. Sa balle termine plus loin du trou, autour de trois mètres.

Cette différence est le véritable basculement sportif de la scène. Dix centimètres environ séparaient les deux balles avant les approches. Après deux coups de wedge, l’un des joueurs dispose d’un putt d’environ un mètre et l’autre d’un putt environ trois fois plus long.

Perez doit désormais rentrer le sien pour atteindre −14. Il ne le convertit pas. Forrest se présente ensuite sur son putt court et réussit le birdie. Son 70 du dimanche lui donne un total de 270, soit −14, un coup devant Perez et Chacarra. La retransmission conclut d’ailleurs le tournoi en rappelant explicitement que Forrest s’impose d’un coup grâce à ce birdie au dernier trou.

En 2021, le même trou avait déjà décidé du titre

L’histoire du 18 de Madrid ne commence pas en 2026. Cinq ans auparavant, le 10 octobre 2021, Rafael Cabrera Bello et Adri Arnaus avaient déjà offert au public espagnol un dénouement spectaculaire. Les deux joueurs terminaient les 72 trous à −19. Cabrera Bello, qui avait commencé la dernière journée avec deux coups d’avance, avait immédiatement perdu son avantage en commettant un double bogey au premier trou.

Il avait ensuite reconstruit sa partie, notamment grâce à trois birdies consécutifs aux 13, 14 et 15. Arnaus avait répondu avec deux eagles au cours de sa dernière journée, sur les par 5 des trous 7 et 14. Arrivés au 18 à égalité, les deux Espagnols avaient chacun eu leur occasion : Arnaus n’avait pas converti son putt pour gagner, tandis que Cabrera Bello avait réussi un remarquable sauvetage de par depuis le sable. Il fallait donc rejouer le 18 en playoff.

Lors de ce premier trou supplémentaire, leurs mises en jeu avaient toutes deux terminé à gauche. Cette fois, le compte rendu du tournoi précisait explicitement que Cabrera Bello bénéficiait d’un meilleur lie. L’Espagnol avait exploité cette situation en plaçant son approche à environ onze pieds, soit 3,35 mètres, avant de rentrer le putt de birdie qui lui donnait le titre.

Le parallèle avec 2026 devient alors particulièrement intéressant. En 2021, deux mises en jeu dans le même secteur avaient produit des lies dont la différence avait été explicitement rapportée. En 2026, Forrest et Perez se sont retrouvés à seulement dix centimètres l’un de l’autre, mais rien ne permet d’établir objectivement qu’un des deux disposait initialement d’un meilleur lie. Cette distinction est importante : elle permet d’expliquer le rôle du lie sans fabriquer une polémique qui n’existe pas.

Deux éditions, deux scénarios, une même exigence

ÉlémentOpen d’Espagne 2021Open d’Espagne 2026
Joueurs concernésCabrera Bello et ArnausForrest, Perez et Chacarra
Score de référence−19−13 avant le birdie gagnant
Situation au 18Égalité entre deux joueursTrois joueurs encore concernés
Moment décisifPlayoff sur le 18Dernier trou réglementaire
Mise en jeuDeux balles à gaucheForrest et Perez sur la butte à gauche devant le green
LieAvantage Cabrera Bello rapportéPas de différence objectivement établie
Coup décisifApproche à 3,35 m puis birdieWedge à environ 1 m puis birdie
RésultatCabrera Bello vainqueurForrest vainqueur à −14

La comparaison montre deux façons très différentes pour un même trou de décider d’un tournoi. En 2021, Arnaus avait eu l’occasion de gagner avant le playoff, puis Cabrera Bello avait profité de son deuxième passage au 18 pour produire le birdie décisif. En 2026, Forrest devait faire birdie immédiatement sous peine de rejoindre Perez et Chacarra dans un départage. Son wedge lui a offert cette possibilité, puis son putter a terminé le travail.

On peut être tenté d’en faire « le trou qui décide l’Open d’Espagne », mais deux éditions spectaculaires ne suffisent pas à constituer une démonstration statistique. Il faudrait connaître, sur plusieurs années, sa moyenne de score, son taux de birdies, la dispersion des mises en jeu et surtout les résultats des joueurs arrivant au 18 encore en position de gagner. Ce que 2021 et 2026 établissent en revanche parfaitement, c’est la capacité de ce par 4 attaquable à créer des décisions et des situations de petit jeu sous une pression maximale.

Ce que l’amateur peut retenir : trois règles utiles autour du green

La scène entre Forrest et Perez n’est pas réservée aux professionnels. Elle peut parfaitement se produire lors d’une compétition de club : deux joueurs manquent un green dans la même zone et une balle gêne l’exécution du coup de l’autre. Trois principes méritent alors d’être connus, car une mauvaise compréhension de la procédure peut transformer une situation parfaitement normale en problème de règles.

1. Vous pouvez demander qu’une balle gênante soit relevée, même en dehors du green. La règle 15.3b s’applique partout sur le parcours. Si la balle d’un autre joueur risque raisonnablement de gêner votre stance, votre swing ou votre ligne de jeu, vous pouvez demander qu’elle soit relevée. En stroke play, le joueur à qui appartient cette balle peut également choisir de la jouer en premier plutôt que de la relever.

2. La balle doit être marquée avant d’être relevée. Son emplacement doit être identifié avec précision avant de la prendre. Lorsqu’une balle est relevée uniquement parce qu’elle gêne le jeu, elle ne peut pas être nettoyée, sauf lorsqu’elle se trouvait sur le putting-green. C’est un détail souvent méconnu : avoir le droit de relever sa balle ne signifie pas automatiquement avoir le droit de la nettoyer.

3. Si le lie a été modifié, replacer la balle au même point ne suffit pas nécessairement. Lorsque le lie d’origine a effectivement été modifié pendant que la balle était relevée, la règle 14.2d prévoit, hors du sable, de trouver l’emplacement le plus proche offrant un lie aussi similaire que possible. Cet emplacement doit rester dans la même zone du parcours, à une longueur de club au maximum et ne pas être plus près du trou.

Ce dernier point ne constitue jamais un droit à améliorer sa position. Un joueur dont la balle reposait mal ne peut pas profiter de son relevage pour se fabriquer un meilleur lie. La règle vise uniquement à restituer aussi fidèlement que possible les conditions qui existaient avant le relevage. En compétition, lorsqu’un doute existe sur la modification du lie, l’intervention d’un arbitre est évidemment la meilleure solution.

Dix centimètres avant les wedges, un coup au classement

Le dernier trou de l’Open d’Espagne 2026 offre finalement une image presque parfaite de ce qui rend le petit jeu si difficile à analyser uniquement à partir d’une carte de scores. Forrest et Perez arrivent dans la même zone après leur mise en jeu. Leurs balles sont séparées d’une dizaine de centimètres. Ils utilisent tous les deux un wedge depuis la même butte, à gauche et devant le green. Pourtant, quelques secondes plus tard, leurs situations ne se ressemblent plus.

Forrest a placé sa balle à environ un mètre. Perez l’a laissée autour de trois mètres. Le premier a transformé son birdie ; le second n’a pas converti le sien. Il n’est pas nécessaire d’ajouter une controverse réglementaire à cette séquence pour qu’elle soit remarquable : elle montre à quel point la qualité d’une seule approche peut modifier les probabilités de réussite lorsque le tournoi se joue sur un coup.

Cinq ans auparavant, le 18 avait déjà départagé Cabrera Bello et Arnaus après deux mises en jeu dans la même partie gauche du trou et une différence de lie explicitement relevée. En 2026, il l’a fait d’une autre manière : deux balles presque côte à côte, deux wedges et deux résultats différents.

À Madrid, les balles de Grant Forrest et Victor Perez étaient séparées d’environ dix centimètres avant leur dernière approche. Au classement final, un coup les a séparés. Entre ces deux chiffres, Forrest a réussi le wedge qui lui a donné le putt de la victoire.

Sources

Par Laurent Agostini

**Laurent Agostini** Journaliste spécialisé dans le golf depuis 2010, fondateur de MyGolfMedia et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au golf, dont *Penser avant de swinguer*. Il analyse l'actualité, les technologies, le matériel et les méthodes de progression avec une approche indépendante, fondée sur les faits, les données et les témoignages de professionnels.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!